Les pesticides, ça nuit d’abord à la santé des agriculteurs et agricultrices

La revue “Environmental Science and Pollution Research” a très récemment publié (novembre 2018) un article faisant le point sur l’impact des pesticides sur la santé des agriculteurs, aux Etats-Unis, en Inde et en Afrique.

Bien sûr les réglementations sont quelque peu différentes dans l’agriculture européenne, mais certains pesticides, ou certains types de pesticides, décrits dans l’étude, sont employés chez nous également, comme ceux de la classe des organophosphates (à lire pour la Belgique, l’avis du Conseil supérieur de la santé n°8717 : https://goo.gl/oXPX9H).

Cet article, très complet, montre surtout que la plupart du temps, les agriculteurs ne sont pas conscients que la hausse des maladies ou des problèmes chroniques parmi eux est due aux pesticides.

(Personnellement, j’ai discuté avec plein d’agriculteurs qui, à pas d’âge, développent des douleurs chroniques, et des inflammations permanentes, qui sont autant de signes de perturbations au niveau du système nerveux, ou des défenses immunitaires).

L’impact sur le système nerveux, ainsi que les liens entre inflammations, douleurs et fonctions cérébrales, sont tels que certaines études font également le lien entre l’utilisation des pesticides et le taux tout à fait anormal de suicides parmi les agriculteurs. Pour info, le taux de suicide chez les agriculteurs français est 20 à 30% supérieur par rapport autres catégories professionnelles. Bien sûr, les conditions de travail, la pression, et l’endettement peuvent expliquer ce taux de suicide. Mais cette étude conclut qu’”il est hautement probable que l’état dépressif dû aux pesticides ait pu les pousser à ce geste extrême“.

Les pesticides agissent au niveau des caspases, des enzymes essentielles dans les phénomènes inflammatoires, dont ils perturbent l’action. Les caspases interviennent entre autres dans l’apoptose, c’est-à-dire la mort programmée des cellules. Une apoptose insuffisante est un des principaux facteurs de développement des tumeurs, ainsi que des maladies auto-immunes. A l’inverse, une trop grande activité à ce niveau-là peut provoquer le développement de la maladie d’Alzheimer.

De très nombreuses études ont également montré un lien direct entre l’exposition aux pesticides, même à faible dose, et des inflammations du système nerveux central, des problèmes cutanés (irritation de la peau, psoriasis), des problèmes de vision, des problèmes respiratoires, des problèmes intestinaux, des crampes musculaires, des problèmes de fertilité.

Tout pesticide est inflammatoire

Il faut bien comprendre que tout pesticide est inflammatoire. Les pesticides organophosphates (OP), par exemple, induisent des dégradations de l’ADN et augmentent les niveaux d’inflammation. (1)

Au niveau du système nerveux, les pesticides agissent au niveau du synapse et de l’axone (le prolongement du neurone). Beaucoup de pesticides provoquent des maladies dégénératives comme Alzheimer, Parkinson, ou d’autres problèmes moteurs (2).

Les pesticides peuvent entrer dans le corps de différentes manières : inhalation, ingestion, contact cutané. Ils entrent dans le sang, dans les liquides lymphatiques et dans les liquides interstitiels (qui entourent les cellules). C’est comme cela qu’ils atteignent les différents organes.

Le corps reconnaît les intrus, se défend, et déclenche des réactions immunitaires via les cytokines inflammatoires, ce qui endommage les tissus.

On retrouve également des perturbations au niveau des hormones mâles et femelles chez les agriculteurs et agricultrices.

La thyroïde est un organe particulièrement touché, puisque les pesticides (dont le glyphosate en particulier) peuvent provoquer aussi bien de l’hyperthyroïdie que de l’hypothyroïdie. (3 & 4)

Et on pourrait encore rajouter : allergies chroniques, ostéoporose, problèmes rénaux, diabètes (5), sclérose latérale amyotrophie, myélomes (6) et cancers. Des études ont même montré que des femmes d’agriculteurs ont développé des cancers du sein, probablement par simple contact avec les vêtements de leur mari (7).

“Les individus, qui luttent pour mettre de la nourriture dans nos assiettes, méritent indéniablement que leur vie soit mieux considérée” (les auteurs de l’étude)

Bref, à une période où on parle beaucoup des pesticides, de leur impact sur les sols, sur la biodiversité et bien sûr sur notre santé, il faut se rappeler que les premiers impactés sont les agriculteurs et agricultrices eux-mêmes.

Du coup, toutes les demi-mesures n’ont aucun sens. Ne pas pulvériser à moins de 50 mètres d’une école, lors des heures scolaires, ne résout en rien le problème.

Si les pouvoirs publics veulent jouer leur rôle, c’est de protéger les agriculteurs de ces substances, en mettant tout en oeuvre, collectivement, pour que celles et ceux qui nourrissent l’ensemble de la population ne soient pas obligés d’utiliser ces produits qui les tuent d’abord eux-mêmes.

La plupart des agriculteurs et agricultrices aiment la terre, le terroir, la nature. Ce n’est pas par choix ou par avarice qu’ils jouent aux petits chimistes en mettant en danger leur santé, celle de leur famille, et celle de l’ensemble de la population.

Il n’y a pas d’autre choix politique censé que le ZÉRO PHYTO.

Références :

(1) Taghavian F, Vaezi G, Abdollahi M, Malekirad AA (2016) Comparative toxicological study between exposed and non-exposed farmers to organophosphorus pesticides. Cell J 18:89–96

(2) Reeve A, Simcox E, Turnbull D (2014) Ageing and Parkinson’s disease: why is advancing age the biggest risk factor? Ageing Res Rev 14: 19–30.

(3) Goldner WS, Sandler DP, Yu F, Hoppin JA, Kamel F, LeVan TD (2010) Pesticide use and thyroid disease among women in the Agricultural Health Study. Am J Epidemiol 171:455–464.

(4) Goldner WS, Sandler DP, Yu F, Shostrom V, Hoppin JA, Kamel F, LeVan TD (2013) Hypothyroidism and pesticide use among male private pesticide applicators in the agricultural health study. J Occup Environ Med 55:1171–1178.

(5) Jenny L, Ajjan R, King R, Thiel S, Schroeder V (2015) Plasma levels of mannan-binding lectin-associated serine proteases MASP-1 and MASP-2 are elevated in type 1 diabetes and correlate with glycaemic control. Clin Exp Immunol 180:227–232.

(6) Landgren O, Kyle RA, Hoppin JA, Beane Freeman LE, Cerhan JR, Katzmann JA, Rajkumar SV, Alavanja MC (2009) Pesticide expo- sure and risk of monoclonal gammopathy of undetermined signifi- cance in the Agricultural Health Study. Blood 113:6386–6391.

(7) Engel LS (2005) Pesticide use and breast cancer risk among farmers’ wives in the agricultural health study. Am J Epidemiol 161:121– 135.

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