Le Point Beccaria : le moment où la peine de mort surgit dans un débat sur la démocratie participative

Vous connaissez certainement le “Point Godwin”, ce moment vers lequel tend toute discussion sur internet, où un intervenant fait référence au nazisme, généralement pour traiter son interlocuteur de “nazi” ou l’assimiler à Hitler (aussi appelé “reductio ad Hitlerum”).
 
Je propose le “Point Beccaria” : le moment de toute discussion sur la démocratie participative, la souveraineté du peuple, les référendums, la démocratie directe, la consultation populaire, etc., où un intervenant utilise l’argument “Oui, mais si on avait laissé le peuple décider, la peine de mort serait toujours appliquée”. Argument qu’on pourrait aussi appeler “reductio ad ultimum supplicium”.
 
Bien sûr, cet argument est fallacieux. C’est un “sophisme”, un argument qui ne se base que sur de l’apparence :
 
1) Ce qu’on appelle l’ “opinion publique” dans un système représentatif n’a plus ou moins rien à voir avec les décisions que prendrait une population dans un système participatif. L’opinion publique est une construction (des instituts de sondage), un artefact, qui additionne des opinions individuelles*. La participation implique une délibération, c’est-à-dire la construction commune d’une opinion collective. Toute personne qui a déjà mené ou participé à des processus participatifs sait que des décisions qui se prennent ensemble, autour d’une table, ne sont pas identiques au résultat d’un simple vote, sans discussion, délibération, confrontation, etc.
 
2) Quand on s’intéresse aux faits historiques relatifs à l’abolition de la peine de mort, en France par exemple, on se rend compte qu’on est quand même loin d’une opposition entre des élites éclairées et désintéressées, et un peuple guidé par ses pulsions de mort. Je vous invite à lire le très bon article de Julie Le Quang Sang, “L’abrogation de la peine de mort en France : une étude de sociologie législative (1976-1981)“, paru dans la revue “Déviance et société”, 2000, 24-3, pp. 275-296 (Lien : https://goo.gl/VWAAra). On y voit à quel point l’abolition de la peine de mort en France a été liée à des stratégies politiques, et à des jeux de pouvoir et de places au sein de la magistrature, le tout sur fond d’arrivée au pouvoir de Mitterand.
 
Je précise que je ne suis pas pour la peine de mort. Je pense juste qu’on ne peut pas systématiquement utiliser cet argument pour discréditer toute proposition de participation citoyenne.
 
Cet argument relève à mon sens de la “démocratie à géométrie variable”, qui consiste à dire : “je suis pour la participation citoyenne… tant que les citoyens sont d’accord avec moi. Sinon, je suis pour que les élites (dirigeants, experts) – avec lesquels je suis d’accord – décident contre l’avis de la population”.
 
Exemple :
 
  • “Plus personne ne veut du glyphosate, mais comment est-ce possible que les dirigeants ne l’interdisent pas complètement ?? C’est un déni de démocratie !”
 
mais…
 
  • “Bon, d’accord, personne ne veut qu’il y ait des éoliennes à tel endroit, mais le Ministre a décidé d’en implanter là, et il faut l’accepter, c’est ça la démocratie !”
 
Vous voyez la géométrie variable ? Ce sont celles et ceux qui sont “pour la démocratie……. mais avec des limites quand même, parce que, bon, vous comprenez ….. (air embêté)… etc. “.
 
Le problème, c’est que la plupart des dictateurs du monde avaient probablement cette sincère conviction qu’ils étaient de bons démocrates qui, simplement, parfois, décidaient contre leur peuple…. mais TOUJOURS pour le bien de ce peuple !! Ca, c’est important ! 🙂
 
Bref, je crois que si on est pour la démocratie, et en particulier lorsqu’il s’agit de démocratie participative (mais n’est-ce pas un pléonasme ?), il faut l’être jusqu’au bout, sans limites. Et l’assumer. On ne peut pas l’être juste quand on est d’accord avec ce qui semble être l’ “opinion publique”. Ou, autrement dit, on ne peut pas critiquer le système représentatif uniquement lorsqu’on n’est pas d’accord avec le gouvernement, et l’encenser lorsqu’on est d’accord avec ce même gouvernement.  
 
Et pourquoi Beccaria ? Parce que Cesare Beccaria était un juriste, philosophe et homme de lettres italien, de la période des Lumières, qui fut l’un de premiers à venir avec un argumentaire contre la peine de mort. Les abolitionnistes français de 1981 s’en sont, entre autres, inspirés.
 
* Bourdieu, P. 1984. “L’opinion publique n’existe pas”, in Questions de sociologie, Paris : Editions de Minuit, pp. 222-235.
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La charte officielle des gilets jaunes

(Je copie ici la Charte officielle des gilets jaunes et ses 25 propositions. Non pas que je sois d’accord avec chacune de ces propositions, mais parce que je pense qu’il y a un énorme travail d’écoute à faire, de la part de celles et ceux qui tentent de comprendre le monde actuel : en particulier un travail d’écoute de ces revendications qui dépassent toutes les catégories politiques institutionnalisées… Et comme je ne trouvais pas cette charte en version texte ailleurs, je l’ai recopiée ci-dessous).

I – ECONOMIE / TRAVAIL

  1. ÉTATS GÉNÉRAUX de la fiscalité. Inscrire dans la Constitution l’impossibilité pour l’Etat de prélever plus de 25% de la richesse des citoyens.
  2. AUGMENTATION immédiate du SMIC, des retraites et des minima sociaux de 40%.
  3. EMBAUCHE MASSIVE de fonctionnaires pour rétablir la qualité des services publics avant la RGPP* : gares, hôpitaux, écoles, postes.
  4. LOGEMENTS : plan de construction de 5 millions de HLM afin de faire baisser les loyers, le foncier et redynamiser l’économie par l’embauche. Punir lourdement les préfets et maires qui laissent des SDF dormir dehors.
  5. BANQUES : les rendre plus petites afin de se protéger des crises, casser les monopoles, séparer le spéculatif du dépôt et interdire le renflouement public.
  6. ANNULER LA DETTE : celle-ci n’a pas lieu d’être, elle a déjà été remboursée plusieurs fois.

II – POLITIQUE

  1. CONSTITUANTE : Réécrire une Constitution par le peuple et pour les intérêts du peuple souverain. Mise en place des référendums d’initiative populaire.
  2. INTERDICTION DES LOBBYS et autres réseaux d’influence. Exclusion définitive de la vie politique de tout élu ayant un casier judiciaire, mettre fin au cumul des mandats.
  3. FREXIT : sortie de l’UE afin de regagner nos souverainetés politique, monétaire et économique (respect du référendum de 2005), regagner notre droit de battre monnaie en sortant de l’article 123 du traité de Lisbonne (50 milliards d’euros d’économies par an).
  4. ÉVASIONS FISCALES : récupérer les 80 milliards d’euros abandonnés par l’État chaque année au CAC 40.
  5. ARRÊT IMMÉDIAT DES PRIVATISATIONS et récupération des biens publics : autoroutes, aéroports, parkings, SNCF…
  6. RADARS ET VERBALISATIONS : retrait des radars inutiles et de la verbalisation vidéo qui n’est rien d’autre qu’une taxe déguisée.
  7. ÉDUCATION NATIONALE : exclure toute idéologie de ce ministère et mettre à plat les techniques éducatives destructrices (méthode globale…)
  8. JUSTICE : quadrupler son budget et limiter dans la loi les durées des procédures. Simplifier et rendre la justice totalement gratuite et accessible à tous.
  9. MEDIA : casser les monopoles et le copinage médiatico-politique. Rendre les médias accessibles aux citoyens et garantir la pluralité d’opinion. Mettre un terme à la propagande des éditocrates. Retirer la subvention publique des médias (2 milliards par an) ainsi que les niches fiscales des journalistes.
  10. GARANTIR LA LIBERTÉ des citoyens et inscrire dans la Constitution l’interdiction à l’État de s’ingérer dans l’enseignement, l’éducation, la santé, la famille…

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Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1

Ecrire sur un présent qui est en train de se dérouler devant nos yeux n’est jamais facile. On manque de recul. On risque de donner de l’importance à des faits qui sont artificiellement gonflés par les médias, et que l’Histoire renverra au statut d’anecdotes. Et on risque d’être guidé par l’émotion, plus que par l’observation rigoureuse des faits.

Bref, c’est casse-gueule.

Mais en même temps, si on ne le fait pas, on laisse la place à celles et ceux que ça ne gêne pas d’écrire dans l’instant, dans l’émotion (et souvent d’ailleurs, dans le but de susciter l’émotion).

Ce que je vais écrire ici se base sur ce quoi je travaille depuis 6 ans : les mouvements qui émergent dans un contexte de crise des institutions auxquelles on a délégué, durant des décennies, le pouvoir de décider à notre place ; ce que j’ai appelé « la crise de la délégation ». En 6 ans, ça m’a permis d’observer l’émergence et l’échec de certains de ces mouvements. Je pense par exemple aux Printemps arabes, au mouvement Nuit Debout, etc. J’ai pu observer les causes de leur émergence… et les conséquences, parfois, de leur échec.

Aucune théorie ne permet de prévoir l’avenir. Je ne sais pas sur quoi va déboucher la mobilisation des « gilets jaunes ». Mais j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de nouveau qui est en train de se passer.

Je suis convaincu qu’une théorie est avant tout un outil pour observer le réel. On pourrait prendre l’image de lunettes : si vos lunettes ne vous permettent plus de voir les obstacles sur votre chemin, et que vous vous cassez constamment la gueule, c’est que vos lunettes ne sont plus adaptées. A l’inverse, si vous avez l’impression d’y voir très clair, du moindre détail jusqu’à la « big picture », c’est probablement que vos lunettes sont bien adaptées.

Dernière précaution : je vais appeler ce texte « Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1 », pour pouvoir éventuellement le retravailler au fur et à mesure des événements.

Et maintenant, rentrons dans le vif du sujet…

La faillite des corps intermédiaires = On ne veut plus « déléguer »

Ce qui saute le plus aux yeux est le fait que les manifestations des gilets jaunes constituent une mobilisation qui n’est pas organisée par un parti politique ou une organisation syndicale. Plus encore, ils rejettent globalement le rattachement à tout parti ou tout syndicat. Ils se posent également comme très méfiants vis-à-vis des médias traditionnels. Continue reading Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1

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Twitter : les perles de la “police de la pensée”

Un débat anime actuellement le petit monde de Twitter (en Belgique) : une chroniqueuse-journaliste “aurait” été virée de la chaîne de télévision RTL-TVi suite à des propos politiques. Honnêtement, personne n’en sait rien, la chaîne a démenti toute pression politique, et tout cela ressemble fort au siècle dernier, quand “la politique” se limitait à ce qu’il se passait dans les partis et sur les plateaux de télévision.

Mais le débat agite Twitter et ça permet de récolter quelques perles de la “police de la pensée”, comme ci-dessus…

Alors, en fait, OUI, la liberté d’expression protège aussi le mensonge (et encore plus la propagande évidemment !). Les seules limites à la liberté d’expression sont l’incitation à la haine raciale, à la discrimination et la violence, ainsi que la diffamation (c’est-à-dire porter préjudice à quelqu’un en l’accusant d’un fait sans en avoir la preuve).

A l’exception de ces cas-là, on a le droit de tout dire, même des choses fausses, même des conneries, même des mensonges. L’inverse serait compliqué : ça impliquerait qu’on puisse déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est intelligent et ce qui est très con. Par exemple, quelqu’un a le droit de dire que la terre est plate. C’est con, c’est faux… c’est un mensonge. Mais il a le droit de le dire.

En France, dans un arrêt du 10 avril 2013, la Cour de cassation a rappelé que “la liberté d’expression est un droit dont l’exercice ne revêt un caractère abusif que dans les cas spécialement déterminés par la loi, et que les propos reproduits, fussent-ils mensongers, n’entrent dans aucun de ces cas”. La Cour de cassation a effectivement estimé que condamner quelqu’un pour “mensonge” constituait une violation de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Bref, c’est immoral de mentir, mais la liberté d’expression le permet.

Déjà Kant, qui n’était pas chaud-chaud d’admettre le mensonge, vu que ça allait à l’encontre de la “vertu”, accordait quand même que le mensonge était acceptable tant qu’il ne portait pas atteinte à autrui (ce qui rejoint bien l’idée de “diffamation”).

On pourrait également citer John Stuart Mill qui expliquait admirablement bien que c’est précisément la liberté d’expression qui permet l’émergence de la vérité. Ce n’est pas que la liberté d’expression empêche le mensonge, c’est que l’absence de liberté d’expression empêche la vérité.

Mon conseil : je me méfie toujours le plus des gens qui veulent en empêcher d’autres d’exprimer leurs opinions. Je suis convaincu (et je reprends cette idée à Nassim Nicholas Taleb) que la meilleure manière de reconnaître un fasciste (qu’il soit de gauche, de droite, du centre, ou d’en face) est sa propension à vouloir limiter la liberté d’expression des autres… Méfiez-vous de toutes celles et ceux qui veulent en faire taire d’autres.

Il n’y a pas de meilleur indicateur que quelqu’un est un vrai démocrate que sa propension à accepter que d’autres expriment des avis totalement contraires aux siens.

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Les pesticides, ça nuit d’abord à la santé des agriculteurs et agricultrices

La revue “Environmental Science and Pollution Research” a très récemment publié (novembre 2018) un article faisant le point sur l’impact des pesticides sur la santé des agriculteurs, aux Etats-Unis, en Inde et en Afrique.

Bien sûr les réglementations sont quelque peu différentes dans l’agriculture européenne, mais certains pesticides, ou certains types de pesticides, décrits dans l’étude, sont employés chez nous également, comme ceux de la classe des organophosphates (à lire pour la Belgique, l’avis du Conseil supérieur de la santé n°8717 : https://goo.gl/oXPX9H).

Cet article, très complet, montre surtout que la plupart du temps, les agriculteurs ne sont pas conscients que la hausse des maladies ou des problèmes chroniques parmi eux est due aux pesticides.

(Personnellement, j’ai discuté avec plein d’agriculteurs qui, à pas d’âge, développent des douleurs chroniques, et des inflammations permanentes, qui sont autant de signes de perturbations au niveau du système nerveux, ou des défenses immunitaires).

L’impact sur le système nerveux, ainsi que les liens entre inflammations, douleurs et fonctions cérébrales, sont tels que certaines études font également le lien entre l’utilisation des pesticides et le taux tout à fait anormal de suicides parmi les agriculteurs. Pour info, le taux de suicide chez les agriculteurs français est 20 à 30% supérieur par rapport autres catégories professionnelles. Bien sûr, les conditions de travail, la pression, et l’endettement peuvent expliquer ce taux de suicide. Mais cette étude conclut qu’”il est hautement probable que l’état dépressif dû aux pesticides ait pu les pousser à ce geste extrême“.

Les pesticides agissent au niveau des caspases, des enzymes essentielles dans les phénomènes inflammatoires, dont ils perturbent l’action. Les caspases interviennent entre autres dans l’apoptose, c’est-à-dire la mort programmée des cellules. Une apoptose insuffisante est un des principaux facteurs de développement des tumeurs, ainsi que des maladies auto-immunes. A l’inverse, une trop grande activité à ce niveau-là peut provoquer le développement de la maladie d’Alzheimer. Continue reading Les pesticides, ça nuit d’abord à la santé des agriculteurs et agricultrices

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Ceux “qui disent” et ceux “à qui on dit”…

Aujourd’hui, une des lignes de fracture de la société (ou peut-être “LA” ligne de fracture) est celle qui oppose celles et ceux “qui disent” et celles et ceux “à qui on dit”.

Les amoureux du verbe auront remarqué que cette ligne de fracture oppose une forme “active” (ceux qui disent), et une forme “passive” (ceux à qui on dit). Ce serait la même chose en anglais entre “those who tell” et “those who are told”…

Celles et ceux à qui “on dit” sont de loin les plus nombreux. On leur a dit d’acheter des voitures Diesel, puis on leur a dit que l’essence était moins polluante. On leur a dit d’utiliser tels ou tels produits phytosanitaires, puis on leur a dit que c’était dangereux pour la santé et la planète. On leur a dit de se former pour bosser dans tel secteur, puis on leur a dit que ce secteur n’avait aucun avenir. On leur a dit d’enseigner de telle manière, puis on leur a dit qu’on allait réformer l’enseignement. On leur a dit de manger des céréales à chaque repas, puis on leur a dit que leurs troubles de santé étaient dus au gluten. On leur a dit d’épargner, puis on leur a dit que l’épargne ne rapportait rien. On leur a dit d’attendre leur retraite, puis on leur a dit que leur retraite n’était pas tout à fait assurée… Je continue ? 

Vous l’avez compris, ce sont celles et ceux qui subissent les décisions qui viennent d’en haut, des “experts”, des “dirigeants”. En grammaire, dans la forme passive, le sujet subit toujours l’action… Celles et ceux “à qui on dit” subissent les nouvelles réglementations, les nouvelles directives, les nouvelles circulaires, les nouvelles consignes… qui viennent de celles et ceux qui ont le pouvoir, le “pouvoir de dire”. De dire ce qui est “Bien”, ce qui est “Mal”, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.

Réacquérir du pouvoir d’agir, c’est redevenir “actif” au sens grammatical du terme, c’est être à nouveau le “sujet de l’action”. C’est retrouver de la capacité d’agir, c’est de l’encapacitation, de l’Empowerment en anglais.

La démocratie participative, ça passe par le fait qu’il n’y ait pas de différence entre celles et ceux qui disent et celles et ceux qui subissent : les enseignants doivent pouvoir décider de l’enseignement, les agriculteurs de l’agriculture, les travailleurs du travail, les usagers de la route de l’usage de la route, les mangeurs de ce qu’ils mangent, les médecins de la médecine, etc., etc., etc…

La participation, c’est permettre aux gens de se mêler de ce qui les regarde !

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Think outside of the box ! … sauf en Politique !!

Tout le monde est d’accord quant au fait qu’il faut “penser hors de boîte”… “Think outside of the box”, relier les 9 points, #toutça…..

…………………. SAUF EN POLITIQUE !!!! Là, tu es “de Gauche”, “du Centre”, ou “de Droite”, et c’est tout !!! Et si t’es pas de Gauche, c’est que tu es de Droite ! Et si t’es pas de Droite, c’est que tu es de Gauche, mon ami !! Parce qu’il n’y a rien d’autre, tu comprends !! RIEN D’AUTRE !!! TU COMPRENDS !!!! RIEN !!!!!! 😀

On ne construira jamais rien de nouveau en restant enfermé dans des idéologies des 19ème et 20ème siècles…

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Brève réflexion sur les débats politiques et la participation citoyenne

Ce lundi, j’ai eu la chance de modérer le débat préélectoral à Genappe (pour cause de désistement à la dernière minute du journaliste qui devait modérer).

L’expérience a été intéressante et je remercie les organisateurs de m’avoir proposé cette modération.

J’ai envie de donner mon “point de vue”, qui est forcément celui de quelqu’un qui voyait le public de face, puisque j’étais sur scène avec les candidats, pour modérer.

Je me suis demandé, à plusieurs reprises, à quoi pouvait bien servir ce genre de débat. Ca peut paraître bizarre de dire ça – et je ne veux pas du tout cracher dans la soupe ! Je m’explique : en connaissant pas mal de monde à Genappe, j’avais l’impression de pouvoir identifier clairement les groupes politiques dans le public. Pas mal de #CréonsDemain, dispersés en 2 groupes principaux, les PluS au fond, les MR-CDH au milieu (et quelques-uns debout derrière), et Ensemble devant. Et puis quelques citoyens engagés, qui ne sont pas rattachés explicitement à une formation politique, mais qui, par leur engagement dans la commune, sont bien au fait de tout ce qu’il se passe.

Du coup, ma question est : est-ce qu’il y a vraiment beaucoup d’habitants qui sont venus s’informer lors de ce débat ? Alors, j’en ai déjà discuté avec certains, et il semble que oui, il y avait des habitants qui étaient venus pour s’informer. Mais j’ai l’impression qu’ils étaient très minoritaires. Quand les candidats, qui étaient à côté de moi, parlaient, je voyais les réactions dans la salle, et donc je voyais les groupes politiques opiner du chef lorsque leur candidat parlait, et grincer des dents (ou rigoler) lorsque les autres candidats prenaient la parole. Bref, ça donnait l’impression que le public était davantage là pour “supporter” un candidat que pour s’informer.

Je pense que c’est la limite de ce genre de dispositif. En même temps, on ne peut pas se passer de ce genre de débat, parce que la démocratie, c’est débattre, c’est confronter les idées, etc. Mais est-ce que ce type de dispositif permet cela ? Et si pas, quel serait le bon dispositif pour permettre un réel échange d’idées ? Continue reading Brève réflexion sur les débats politiques et la participation citoyenne

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Parution de la 4ème (et dernière) partie de ma série sur la radicalisation

La parution du dernier volet de ma série sur la radicalisation, dans la revue de la Fondation Ceci n’est pas une crise, tombe à point nommé, puisque j’y abordais la question de la radicalisation à l’extrême-droite, en miroir de la radicalisation islamiste.

  • A point nommé, parce qu’en France, il n’y a pas une semaine sans qu’il y ait une polémique d’ordre identitaire.
  • A point nommé parce qu’en Belgique, un mouvement étudiant d’extrême-droite, “Schild & Vrienden”, a récemment fait la Une des journaux… Et Lalibre.be annonçait hier qu’un quart des jeunes électeurs flamands souhaite un régime autoritaire en Flandre.

Je rejoins Anne-Emmanuelle Bourgaux (Ecole de Droit UMONS ULB) qui disait hier, sur La Première – RTBF, qu’il y a une URGENCE DÉMOCRATIQUE, au même titre qu’une urgence écologique.

[Extrait] : “Depuis les années 80, tout comme on a laissé se développer une réponse salafiste à la crise d’identité et
à la recherche de radicalité d’une partie de la jeunesse d’origine immigrée, on a laissé se développer des groupuscules identitaires auprès d’une jeunesse plus autochtone, tout autant en recherche d’identité, et de radicalité.”

Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment, en 2018, une société comme la nôtre se retrouve avec des jeunes, élevés ici, qui partent en Syrie, et d’autres jeunes (au profil sociologique très proche), qui s’engagent dans des groupuscules néo-nazis.

… Comment en est-on arrivé là ??

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Brève réflexion sur les partis “citoyens” (en réponse à un article du Soir)

J’avais envie de réagir à l’article du journal Le Soir intitulé “Les listes citoyennes: des listes ‘déguisées’?” … Je crois que le journaliste passe à côté de l’essentiel : ce n’est pas en regardant QUI est sur une liste qu’on peut dire si elle est “citoyenne” ou pas.
 
1. Parce que ça amène à des discussions interminables sur la définition de “citoyen”. Qui sont les “citoyens” ? Et par conséquent, qui ne l’est pas (ou ne l’est plus) ? Quelqu’un qui a déjà un mandat est-il encore un citoyen ? Oui, non, pourquoi ? Bref, aborder la question sous cet angle-là, c’est transformer la citoyenneté en une identité : certains le seraient, d’autres ne le seraient pas. Et c’est la course à la liste qui compte le plus de “citoyens”…
 
2. Parce qu’aux élections communales, les partis, même les plus traditionnels, doivent toujours remplir leur liste avec des personnes qui sont tout à fait nouvelles en politique. Soyons honnêtes, au quotidien, dans certaines communes, les locales des partis (même du PS, du MR, du CDH ou d’Ecolo, et d’autant plus s’ils sont dans l’opposition) ne comptent pas plus de 7 à 10 personnes actives, qui participent aux réunions, préparent les conseils communaux, alimentent le site et la page Facebook de la locale, etc. Du coup, s’ils doivent constituer une liste complète, ces partis doivent y intégrer de nombreux habitants de la commune, tout à fait novices en politique qui, pour beaucoup, ne faisaient pas partie du parti quelques mois auparavant. Ca a toujours été comme ça. Ca n’en fait pas une liste “citoyenne”. Ca s’appelle juste “trouver assez de personnes pour proposer une liste complète”…
 
NON, à mon sens, et c’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans cette carte blanche, dans Lalibre.be, “Les partis ‘citoyens’ sont-ils bien sincères?“, un parti est “citoyen” s’il permet à l’ensemble de la population d’exercer son rôle de citoyen.
 
C’est-à-dire : ce n’est pas parce qu’il y a 5, 10 ou 15 “citoyens” au sens de “personnes qui n’ont jamais fait de politique” sur la liste, que c’est un parti “citoyen”. C’est un parti “citoyen”, si ce parti permet à 100% des habitants de la commune de jouer leur rôle de citoyens…
 
Donc, les questions à se poser sont : comment ce parti propose-t-il de gouverner ? Que met-il en place (avant même les élections !) en matière de participation citoyenne ? Comment propose-t-il de consulter la population ? A quelle fréquence ? Quels sont les dispositifs de participation citoyenne qui sont mis en place : ateliers urbains, budget participatif, conseils consultatifs, comités d’accompagnement, commissions de rénovation, comités de quartiers, maisons de la participation, échevins de la participation, etc….
 
Demandez-vous : qui va décider après les élections dans votre commune ?
 
▪️ le collège tout seul ? 👉 ce n’est pas un parti citoyen.
 
▪️ les ministres régionaux et fédéraux du même parti que la majorité ? 👉 ce n’est pas un parti citoyen.
 
▪️ le président du parti de la majorité ? 👉 ce n’est pas un parti citoyen.
 
▪️ l’ensemble des habitants de la commune ? 👉 Bingo ! Il y a des chances que ce soit un parti citoyen !
 
En somme, c’est dans la mesure où un parti s’engage à permettre à l’ensemble des habitants de reprendre en main les commandes de leur commune, grâce à des processus participatifs au quotidien, que ce parti peut réellement mettre en avant l’aspect “citoyen” de sa démarche…
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