Brève réflexion sur la “responsabilité” quand on laisse sortir un terroriste

Comment est-ce possible que les co-détenus de Benjamin Herman, auteur de la tuerie à Liège, le jugeaient violent et dangereux, mais que le Ministre de la Justice affirme qu’il entrait dans les conditions de congé pénitentiaire, et qu’il soit “normal” que la prison le lui ait accordé… alors que quelques heures après, il tuait 2 policières et 1 jeune homme, en criant Allahu Akbar !

Ces propos du Ministre témoignent d’une naïveté “scientiste” et du plus haut fétichisme bureaucratique !

Je m’explique…

Interrogé sur Radio Première, Koen Geens (Ministre de la Justice) explique que le tueur “entrait vraiment dans les conditions” (d’octroi d’un congé pénitentiaire). Ce à quoi on devrait répondre, de manière très sensée, “Ca, on s’en fout” ! Peut-être que dans la grille d’évaluation qui a été créée pour juger les demandes de congé pénitentiaire, Benjamin Herman remplissait tous les critères, dont celui de ne pas “risquer de commettre de nouvelles infractions graves”. Sauf que dans la réalité, il a bel et bien commis de nouvelles infractions graves.

Alors, certains diront évidemment que les critères d’évaluation du risque ne doivent pas être bons, et qu’il faut affiner ces critères. Mais personne ne remettra en cause le fait de juger la réalité à partir d’une grille d’évaluation, de critères standardisés, etc. Et pourtant, je pense que le problème est bien là.

Voici un exemple – beaucoup moins tragique. Lorsque j’étais enseignant, je coordonnais les stages, et donc les défenses de stage, dans ma section. Mes collègues et moi étions censés évaluer la présentation de chaque élève. Et pour cela – dans le but d’être “objectifs”, nous avions des “critères”. Bien sûr, chaque année, d’un enseignant à l’autre, les notes pouvaient varier énormément. Sur le même critère, l’un mettait une cote de 9/10, alors que l’autre mettait 2/10. Comment était-ce possible, alors que nous jugions la même présentation ? Peut-être que les critères étaient mal définis ? Ou que certains étaient trop “subjectifs” ? Dans un cas comme dans l’autre, nous nous disions chaque année qu’il faudrait “revoir nos critères”. Après tout, si nous divisions davantage les critères, nous aboutirions bien à quelque chose de “vraiment objectif”, non ? Par exemple, au lieu d’avoir un critère “présentation générale” sur 6 points, nous divisions en 3 critères :

  • Tenue vestimentaire : 2 points
  • Introduction (A-t-il dit bonjour ? Etc…) : 2 points
  • Langage : 2 points

… Sauf que ça n’allait toujours pas, des divergences persistaient. Alors, on se disait : “Divisons encore plus les critères ! ‘Présentation générale’, c’est trop subjectif”. Et on divisait :

  • Cravate (pour un homme) : Il a une cravate -> 1 point. Il n’a pas de cravate -> 0 point
  • Se tenir droit : Oui -> 1 point. Non -> 0 point

Et ainsi de suite. Avec cette illusion tout à fait bureaucratique qu’à un moment, nous pourrions juger comme des “automates” : OUI/NON. Et quoi de plus objectif et rationnel qu’un automate ?

… Sauf qu’un problème émergeait souvent : un élève pouvait remplir tous les critères (il portait une cravate, il parlait comme il fallait, il avait cité tous les points importants, son powerpoint était comme demandé, etc.)… et pourtant, l’impression générale était que sa présentation était… nulle. Si nous avions été des employeurs et avions dû l’embaucher, personne ne l’aurait pris. Et pourtant, il remplissait tous les critères “objectifs” de notre grille d’évaluation “objective”.

Inversement, il arrivait qu’un élève nous ait laissé une très bonne impression générale… alors qu’objectivement, critère par critère, il fallait bien avouer qu’il avait oublié sa cravate, qu’il ne s’était pas présenté avec les formules de politesse convenues en commençant, etc. Si nous avions été employeurs, nous l’aurions engagé sur le champ… mais nous devions lui mettre de mauvaises notes…

… et nous décidions donc de revoir nos critères pour les défenses de stage de l’année suivante.

Sans comprendre que :

  1. Le “tout” est plus que la somme des parties ( = l’image qu’on a de quelqu’un ne peut pas se réduire à une somme de critères)
  2. Il y a une différence entre un jugement pur, déconnecté de la réalité et sans conséquences (évaluer parce qu’il faut évaluer) et un jugement pratique, qui aura des conséquences (juger qui on va engager dans notre entreprise, juger à qui on va confier nos enfants pour une soirée, etc.)

La question est celle du “skin in the game” et de la responsabilité dans un cadre bureaucratique.

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Brève réflexion sur un sondage de YouGov et sur la montée des totalitarismes d’Hannah Arendt

Le mois dernier, YouGov* publiait un sondage sur les enjeux principaux auxquels l’Europe était confrontée. Et dans quasi tous les pays, c’est l’immigration qui arrive en tête !
… Autrement dit, dans chaque pays, les habitants pensent que le problème principal de l’Europe actuellement, c’est l’immigration.

Il y a un livre qu’il faudrait absolument relire à l’heure actuelle, c’est “Les origines du totalitarisme” de Hannah Arendt, ouvrage initialement publié en 1951, dans lequel la philosophe allemande essaye d’analyser les conditions qui ont amené les totalitarismes du 20ème siècle et leurs conséquences dramatiques.

L’un des thèmes sous-jacents est que les totalitarismes sont apparus dans des contextes de crise de légitimité des systèmes en place. Elle décrit :

  • Des masses de population qui ne se reconnaissent plus dans aucun parti (p. 311)**, ni dans la classe dirigeante (pp. 312-313) qu’elles perçoivent comme corrompue (p. 353) et décadente (p. 468).
  • Des masses d’individus isolés, atomisés (p. 323) qui ne composent plus un groupe solidaire, et qui sont généralement insatisfaits et sans réel espoir (p. 315).

Dans ces conditions-là, les masses vont avoir tendance d’une part à se tourner vers des “leaders forts” à qui ils vont accorder toute leur confiance, et d’autre part à orienter leur rancoeur vers celles et ceux que ces leaders leur indiquent comme responsables de cette situation décadente (le fait que ce ne soit plus comme avant). En l’occurence à l’époque, les Juifs, principalement.

  • Pensez aux leaders européens (et mondiaux) qui sont en train d’arriver au pouvoir, et aux discours qu’ils ont, quasi systématiquement orientés contre l’immigration.
  • … Et voyez les chiffres ci-dessous de YouGov qui confirment que l’immigration est déjà perçue comme le problème principal.
  • Pensez à quelle classe dirigeante installée, et généralement perçue comme déconnectée (et parfois corrompue) s’opposent quasi systématiquement ces leaders forts.
  • … Et voyez cette population toujours plus grande qui ne se reconnaît plus dans cette classe dirigeante et dans ses institutions.

Beaucoup de conditions qui ont été propices à la montée des totalitarismes selon Arendt sont déjà présentes…

La question est : Comment est-ce qu’on peut se servir de cette analyse majeure de ce qui est arrivé le siècle passé, comme d’une mise en garde ?

Sans ça, je crois qu’on court droit à la catastrophe. Les collapsologues de tous bords devraient aussi relire Hannah Arendt.

Une phrase-clé des 500 pages de l’ouvrage est, à mon sens, celle-ci :

“Les masses détestent la société dont elles se sentent exclues, autant que les parlements dans lesquels elles ne sont pas représentées” (p. 107).

Aujourd’hui, la participation est très certainement une dimension fondamentale pour éviter la montée des totalitarismes.

Ne pas nier la préoccupation de la population vis-à-vis de l’immigration (ce qu’a tendance à faire une certaine frange “bobo” de la population), mais s’attaquer aux conditions qui amènent à considérer l’Autre (qu’il soit Juif, migrant, Arabe…) comme la cause du déclin de notre système.

Il faut un nouveau paradigme de société, et non pas un abandon dans des solutions faciles qui ne pourront conduire qu’à d’autres catastrophes.

A lire :

* On peut tout à fait se méfier de YouGov, aussi bien vis-à-vis de ses méthodes d’enquête (en ligne), que vis-à-vis d’une certaine proximité avec les Conservateurs anglais, mais au même titre que tout institut de sondage.

** Les numéros de page correspondent à l’édition anglaise à laquelle je me réfère : “Arendt, H. 1962. “The Origins of Totalitarism”, Cleveland and New-York : Meridian Books.

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Brève réflexion sur “la politique” (et sa définition très restrictive)

On entend très régulièrement dire que “les gens” ne s’intéressent plus à “la politique”. Mais de quoi parle-t-on ?

Simplifions les choses :

  1. Nous vivons en société, et développons au sein de cette société, un ensemble de choses tous ensemble : le travail, le transport, l’enseignement, la santé, la sécurité, l’économie, l’énergie, la culture, etc. Ca, c’est le point de départ, si on veut. Nous vivons en société.
  2. Cela implique que nous ayons à prendre des décisions tous ensemble. Il faut donc qu’on se mette d’accord sur certains principes, qu’on sache comment décider et comment valider ces décisions pour qu’elles soient acceptées par tout le monde. Ca, c’est la deuxième étape : un système politique.
  3. Comme nous sommes trop nombreux pour décider tous ensemble de tout, il faut se choisir des représentants, à qui on déléguera le soin de décider pour nous. Ca, c’est le dernière étape : le système électoral, donc : les élections.

Ces 3 étapes se retrouvent directement dans les 3 origines du mot “politique” :

  • Politikos : la société (organisée), la civilité, la vie en commun.
  • Politeia : l’organisation de la société, sa gestion, son mode de fonctionnement, son gouvernement (au sens du fait de gouverner quelque chose).
  • Politikè : le sens le plus restreint, la pratique du pouvoir et ses luttes politiques.

Ces 3 origines du terme s’enchaînent l’une à l’autre dans une suite logique : pas de “politikè”, sans “politeia”, et pas de “politeia” sans “politikos”. C’est évident : pas besoin d’élections s’il n’y a pas une forme d’organisation de la société, et pas besoin d’organisation de la société, s’il n’y a pas de société.

Le problème, à mon sens, est qu’à l’heure actuelle, toute la politique semble se résumer à son sens le plus restreint, de “politikè” : qui sera sur quelle liste, et fera quelle alliance avec quel parti pour atteindre le pouvoir ou s’y maintenir ? Regardez les “émissions politiques” à la télévision, écoutez les “interviews politiques” à la radio… et surtout lisez les débats sur Twitter !

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Brève réflexion sur l’AFSCA, les scandales alimentaires et la gestion du risque

“On ne peut plus être aussi oppressant pour les petits artisans et petites PME alors que le système était laxiste pour la grande industrie” – Ministre René Collin (CDH) à propos de l’AFSCA.
 

A quelques mois d’intervalle, l’Agence fédérale (belge) pour la sécurité de la chaîne alimentaire (#AFSCA) a montré, à l’occasion de deux scandales, son incapacité à assurer la sécurité de la chaîne alimentaire.

Je le répète, comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois : ce n’est pas tant un problème organisationnel (un inspecteur qui aurait failli dans sa mission de contrôle), qu’un réel problème structurel : on ne sécurise pas la chaîne alimentaire en favorisant l’alimentation industrielle et en pénalisant l’alimentation artisanale.

Il y a une distinction fondamentale qui doit être faite en matière de gestion du risque : entre un producteur qui produit 40.000 tonnes de viande par an, et 1000 producteurs qui produisent 40 tonnes, le risque d’intoxication n’est pas le même.
 
C’est un peu cette vieille idée qu’on peut tromper 1 fois mille personnes, mais on ne peut pas tromper 1000 fois 1 personne (tout le monde se rappelle de La Cité de la peur ?) 😀 Un petit producteur ne pourra provoquer une intoxication qu’à un petit nombre de consommateurs, et il ne le fera qu’une fois. Il sera ensuite probablement obligé de fermer (il ne pourra pas recommencer à intoxiquer ses consommateurs plusieurs fois de suite).
 
Les ministres Denis Ducarme (MR – Mouvement Réformateur) et Collin (CDH – Centre Démocrate Humaniste) et le député wallon Dimitri Fourny (CDH) demandent un audit, une reforme, une refonte complète de l’AFSCA (à mon sens, c’est un démantèlement complet qui serait nécessaire, mais bon…). Je leur propose de réfléchir à ceci, dans leur réforme :
 
Il y a une différence entre la “probabilité d’ensemble” et la “probabilité de temps” : 1 personne qui lance 100 fois un dé, et 100 personnes qui lancent 1 fois un dé, ce n’est pas tout à fait la même chose. Blaise Pascal et Pierre de Fermat se prenaient déjà la tête là-dessus au 17ème siècle dans leurs correspondances. Alors que la probabilité de tomber sur un 6 est toujours de 1/6, quels que soient les résultats précédents, la probabilité que le lanceur unique tombe sur un 6 sur ses 100 lancers de dé est évidemment bien supérieure à 1/6.
 
La logique de l’AFSCA est celle du contrôle. Du coup, ça paraît logique de favoriser la centralisation de la production (on favorise les gros acteurs alimentaires et on pénalise les petits producteurs) : il est plus facile de contrôler un producteur que de contrôler 1000 producteurs… Mais ce faisant, on soumet la chaîne alimentaire à un risque bien plus grand. Toute intoxication, peut-être moins fréquente qu’avec des petits producteurs, touchera par contre davantage de consommateurs (ici en l’occurence 30% de la viande en magasin).
 
Au final, le bilan, c’est une fragilisation de la chaîne alimentaire et non une sécurisation (tout comme un territoire, où tout l’emploi serait centralisé chez un seul gros employeur, serait bien fragile si cet employeur licenciait ou délocalisait).
 
Dans La Libre Belgique, Francis Van de Woestyne appelle une réponse citoyenne. La voici : les citoyens veulent une alimentation à échelle humaine, locale et décentralisée. C’est aussi la meilleure manière de gérer le risque, parce que celui-ci est réparti sur un ensemble de producteurs (d’où la probabilité d’ensemble), et non sur un seul producteur parce que cela augmente le risque au fur et à mesure du temps (d’où la probabilité de temps). En fait, le sens commun comprend bien cette idée que les institutions ne comprennent pas : “on ne met pas tous ses oeufs dans le même panier”… et on ne joue pas à la roulette russe 6 fois de suite avec le même révolver… 😉
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Brève réflexion sur la corruption politique (suite)

Suite à mon post précédent, je voudrais encore extraire un élément de la thèse, très intéressante, de Cristina Rosillo López: “La corruption à la fin de la République romaine (IIe-Ier s. Av. J.-C.) : Aspects politiques et financiers”. (Université de Neuchâtel).

Elle écrit : “Il faut souligner (…) que les Romains avaient reconnu les failles du système qui donnaient lieu à la corruption et avaient établi des mesures préventives…“. Parmi celles-ci, il y avait la “non-itération des postes“, c’est-à-dire le fait de ne pas répéter plusieurs mandats successifs !

Ainsi, en 46 av. JC., César avait identifié l’itération des magistratures comme un “problème clé” de la République : l’itération offrait des possibilités aux gouverneurs de s’enrichir et d’enraciner leur pouvoir personnel dans leur province.

En gros, les Romains avaient remarqué que plus on restait longtemps en poste, plus il y avait d’opportunités de frauder le trésor public.

Parmi les mesures précises ? Des mandats très courts, parfois de 6 mois à 2 ans, et un intervalle de 2 ans entre chaque magistrature (lex Villia annalis). Ils avaient effectivement remarqué que ça empêchait que certains utilisent de l’argent lié à leur mandat pour préparer leur réélection ! (tiens, tiens…. !)

300 ans avant, Aristote (qui n’était quand même pas un idiot !) avait identifié le même problème ! Dans le célèbre “Politique”, qui est l’un des plus anciens traités de philosophie politique de la Grèce antique, on trouve cette phrase :

“Quand on reste peu de temps en fonctions, il n’est pas aussi facile d’y faire le mal que quand on demeure longtemps. C’est uniquement la durée prolongée du pouvoir qui amène la tyrannie dans les Etats oligarchiques et démocratiques” (Livre VIII, chapitre VII, § 4).

Une proposition (basée sur les textes anciens) : Interdiction de deux mandats successifs. Autrement dit : possibilité de faire autant de mandats que son espérance de vie le permet… mais jamais deux à la suite.

On aurait des mandataires qui ne devraient jamais s’accrocher à tout prix à leur poste, et un renouvellent permanent dans les postes de pouvoir.

A côté de Cumuleo, de Transparencia, d’ANTICOR et bientôt de Cabineto, qui font un travail formidable pour dénoncer le cumul des mandats, le népotisme, etc., pourquoi pas un “Iteratio” qui dénoncerait l’enracinement en politique, c’est-à-dire celles et ceux qui répètent (itération) des mandats toute leur vie ? 

[Peinture : L’Ecole d’Athènes, de Raphaël (1510)]

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Brève réflexion sur la corruption politique

La Belgique se découvre une fois de plus des élus corrompus, qui ont, durant des années, détourné ou dilapidé de l’argent public (Samu social, GIAL, Publifin, ISPPC, etc…) Et une fois de plus, on va avoir droit aux interminables discussions sur la “bonne gouvernance”, l’ “éthique”, sur ce qui est “légal” et ne l’est pas, etc…

Pour rendre un système efficient, il n’y a rien de mieux que le temps, les essais, les erreurs et les ajustements successifs. En terme de démocratie, nos ancêtres grecs et romains ont eu plus de 500 ans pour affiner la “démocratie antique” (du 6ème-5ème siècle av. JC jusque plus ou moins à la mort de Jules César, en 44 av. JC). Nos “démocraties modernes” ont à peine plus de 200 ans (depuis les révolutions françaises et américaines ).

Autrement dit, il nous reste PLEIN DE CHOSES À RÉINVENTER !

Le droit romain, par exemple, prévoyait le crime de “PÉCULAT” (peculatus) : le vol de l’argent public… OU sa dilapidation ! Voyez comme nos ancêtres étaient futés : ils avaient mis sous le même crime le fait de détourner l’argent public et le fait de le dilapider (par exemple avec des consultants grassement payés durant des décennies… pour coller à l’actualité !)

De plus, ils avaient encore affiné un peu l’idée, certainement pour que le droit colle davantage à la réalité des cas, en distinguant le crime de “peculatus“, du crime de “pecunia residua” : détourner l’argent dont on avait la charge !

Ces actes étaient considérés comme des crimes et relevaient donc du droit criminel. Le fait de voler son peuple, pour un représentant, était d’ailleurs l’un des crimes les plus détestables pour les Romains. D’où les peines lourdes ! Le châtiment est cité dans la lex Iulia Peculatus (formulée par César ou par Auguste) : l’interdiction de l’eau et du feu (aquae et ignis interdictio), c’est-à-dire la mise au ban de la société.

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Brève réflexion sur la proposition de Théo Francken sur l’arrestation des étrangers en séjour illégal

Aujourd’hui, se pose en Belgique la question de savoir si la Police peut pénétrer dans un domicile privé pour arrêter un étranger en séjour illégal, dans le domicile de l’étranger en question, ou dans le domicile des personnes qui l’hébergent. Les magistrats refusent : cette mesure impliquerait une intervention judiciaire (avec juge d’instruction) pour des personnes qui font l’objet d’une procédure administrative, et pas judiciaire.

… En fait, cette question s’est déjà posée, à Bruxelles, dans des termes très similaires. C’était en 1942.

L’occupant allemand exige effectivement que la police bruxelloise procède aux arrestations de Juifs qui n’ont pas répondu à la convocation à comparaître à la visite médicale ou au bureau d’embauchage. Jules Coelst, Bourgmestre de Bruxelles faisant fonction à l’époque, refuse l’ordre de l’occupant allemand et écrit, dans une lettre du 6 juin 1942 : “Je me fais un devoir de vous informer, ainsi que je l’ai déjà écrit auparavant à une autre autorité allemande, que la police communale en Belgique est purement administrative et créée uniquement pour maintenir l’ordre public. (…) Si l’arrestation doit avoir lieu pour crime ou délit, c’est à la police judiciaire d’intervenir, qui, elle, est sous la direction de M. le Procureur du Roi”.

Coelst argumente son refus en disant que dans ce cas précis, il n’est pas responsable car l’ordre public n’est pas menacé.

Finalement, ce sont les Allemands eux-mêmes qui exécuteront la plupart des rafles de 1942 à Bruxelles.

[Extrait] : “Ce 3.9.42, vers 20,30 heures, des nombreux policiers allemands ont établi un barrage r/Blaes-Miroir, Tanneurs, rue de la Querelle, Vanderhaegen, terreNeuve, boulevard du Midi. D’autres se sont répandus dans les rues se trouvant dans cet îlot. Ils se sont introduits dans les maisons et y ont arrêté toutes les personnes juives sans distinction d’âge ni de sexe. Ces personnes ont été embarquées et conduites par des camions allemands vers un endroit ignoré”. Les policiers bruxellois ne sont pas intervenus “activement” dans les arrestations.

Source : Majerus, B. (2003). Logiques administratives et persécution anti-juive. La police bruxelloise et les arrestations de 1942, Cahiers d’histoire du temps présent, n° 12, pp. 181-217.
A lire ici : http://www.cegesoma.be/…/cht…/chtp12_006_Dossier_Majerus.pdf

Photo : Rafle opérée en 1943 dans le cadre de la lutte contre le marché noir par la police de Bruxelles dans le quartier des Marolles. (Photo CEGES)

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Brève réflexion sur le Glyphosate

En plus de révéler que les décideurs européens suivent davantage l’avis des lobbies phytosanitaires que celui des citoyens, le débat actuel sur le Glyphosate montre que ces décideurs (et les pseudo-organismes scientifiques comme l'”European Food Safety Authority” et l'”European Chemicals Agency” ne comprennent même pas les principes de base du raisonnement scientifique.

Laissez-moi résumer ça simplement :

On ne peut pas prendre l’absence de preuve pour la preuve de l’absence.

C’est la base de la connaissance : L’induction (généraliser à partir des faits singuliers) n’amène aucune certitude. Et lorsqu’on parle de santé, mieux vaut avoir des certitudes.

Prenons un exemple simple : mettons 999 boules noires dans un sac, et 1 boule blanche. Je tire, une à une, 500 boules. Elle sont toutes noires. Si à partir de mes observations, j’en induis que toutes les boules du sac sont noires, je me trompe !

Probablement que chaque nouveau tirage d’une boule noire renforcera ma certitude : “toutes les boules sont noires”… jusqu’à ce que la boule blanche apparaisse, venant définitivement me donner tort !

Lorsque l’European Food Safety Authority affirme que le “poids des preuves indique que le glyphosate n’est pas un perturbateur endocrinien”, cet organisme tombe dans cette erreur naïve.

En prévention des cancers, on parle de “NED” (No Evidence of Disease) lorsqu’on ne trouve plus de tumeurs chez un patient anciennement atteint de cancer. Mais tout médecin dira qu’on ne peut pas, pour autant, parler d’Evidence of No Disease, c’est à dire que l’absence de preuve d’une tumeur n’est pas la preuve d’absence de tumeurs.

DONC : On pourrait faire faire 10.000 tests sur le Glyphosate, ça ne prouvera pas que sur l’ensemble des individus, sur un temps long, ça n’aura pas de conséquences dramatiques en terme de santé.

L’absence de preuve n’est jamais une preuve d’absence. Dit autrement, l’absence de quelque chose ne prouve jamais rien. Si je vois une homme tuer quelqu’un, je peux dire que c’est un meurtrier. Si je ne vois pas cet homme tuer quelqu’un, ce n’est peut-être pas un meurtrier, ou peut-être que si… Je n’en sais rien !

Cette erreur a fait l’objet d’innombrables analyses depuis… plus ou moins 2000 ans ! 

  • Sextus Empiricus, au 2ème siècle, dans les “Hypotyposes” (Livre II)
  • Au 18ème siècle, David Hume dans son “Traité de la nature humaine” (1739)
  • Au début du 20ème siècle :
    • Bertrand Russell, dans ses “Problems of Philosophy” (1912)
    • Karl Popper, dans “Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance” (1979)

Alors, qu’on tombe dans cette erreur naïve d’induction dans des recherches sur des sujets peu importants (disons dans les études de marché, les prévisions électorales ou des études d’audimat), ce n’est pas si grave, mais qu’on le fasse sur la question des perturbateurs endocriniens ou de substances potentiellement cancérigènes, ça c’est très très grave !! 

Ce qui devrait prévaloir, à tous les coups, c’est une prudence extrême !! … le principe de précaution, en fait. Si un jour, on découvre des cas de maladies dues au Glyphosate (ce qu’il semble qu’on est déjà en train de découvrir), le poids des évidences des études pro-Glyphosates tombera d’un seul coup… mais il sera trop tard !

Allez, un dernier témoignage pour finir :

“De toute mon expérience, je n’ai jamais été (pris) dans un accident (de bateau) (…) Je n’ai jamais fait de naufrage, ni n’ai été dans une situation qui aurait menacé de finir en désastre d’aucune sorte” (Capitaine du Titanic, 5 ans avant le naufrage le plus célèbre de l’Histoire)* 😉

* Témoignage repris à Nassim Nicholas Taleb, “The Black Swan”, p.42.
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Brève réflexion sur la contamination des oeufs et le rôle de l’AFSCA

Illustration : Les Humeurs d’Oli

Dans un article de L’Echo, Philippe Baret, professeur à la faculté des bio ingénieurs de l’UCL explique : “L’Afsca (…) va avoir tendance à venir contrôler un petit producteur et à faire confiance a priori aux acteurs historiques de l’agro-industrie.

De fait :

  • l’AFSCA déverse du détergent sur des tartes faites par les habitants d’un village lors d’une fête locale… parce qu’il y a “de la poussière et des araignées”.
  • l’AFSCA fait couper une haie d’aubépines quasi centenaire pour “un risque potentiel de feu bactérien pour les vergers voisins”.
  • l’AFSCA fait interdire l’utilisation de petits fruits sauvages par une maraichère bio, parce qu’ils ne sont pas “traçables”.
  • l’AFSCA fait fermer un frigo solidaire à Namur.
  • l’AFSCA interdit à des cuisiniers de boire de l’eau en cuisine en pleine canicule.

… Mais l’AFSCA ferme les yeux sur la contamination au Fipronil, un insecticide interdit !

Observation #1 : La meilleure manière de diminuer les risques alimentaires est de favoriser une alimentation décentralisée, locale, bio, à petite échelle et ancestrale.
-> Fournir des oeufs à 100 personnes génère moins de risques que de fournir des oeufs à 100.000 personnes.
-> On a survécu des millions d’années avec des araignées, de la poussière, et des fruits non-traçables. On connaît par contre peu l’impact du Fibronil sur la santé à long terme.
-> l’AFSCA favorise le modèle alimentaire le plus risqué.

Observation #2 : l’AFSCA fait partie de ces institutions “iatrogènes”. En voulant éliminer tout risque alimentaire à coups de réglementation, l’institution favorise les grosses industries qui ont les moyens financiers et humains de répondre à toutes ces réglementations, alors même que ces grosses industries vendent majoritairement des produits de moins bonne qualité nutritionnelle, lorsqu’ils ne sont pas carrément néfastes pour la santé, et à la base de tout un ensemble de troubles de santé hautement plus dangereux : diabète, hyperinsulinémie, hypertension, athérosclérose, inflammation chronique, certaines formes de cancer, etc. Au final, Mac Do et Coca-Cola ont beaucoup moins de chances d’être pénalisés par l’AFSCA qu’un petit maraîcher bio.

La solution n’est pas dans un changement de fonctionnement de l’AFSCA. La solution est dans un nouveau modèle de société.

Article de L’Echo : http://www.lecho.be/dossier/choixredac/Philippe-Baret-UCL-L-Afsca-se-cache-derriere-ses-controles/9921482

Un lien : le groupe Facebook Protégeons nos produits artisanaux de l’AFSCA

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Brève réflexion sur le renouvellement de la classe politique (à partir de l’Ostracisme de la démocratie athénienne)

Nos ancêtres grecs ont inventé une démocratie beaucoup plus complexe que celle que nous connaissons aujourd’hui. En aucune manière, nos Etats bureaucratiques ne témoignent de la finesse des procédures antiques.

Ainsi existait la procédure d’OSTRACISME (ἐξοστρακίζω) : une fois par an, le peuple était invité à décider s’il fallait écarter pour 10 ans, un dirigeant dont on craignait les ambitions. Il s’agissait de diminuer “une autorité trop fière d’elle-même”, “une puissance dont le poids était trop lourd” (Plutarque, “La Vie d’Aristide“). Aristote, dans “La Constitution d’Athènes“, décrira cette procédure comme étant “contre les chefs de parti trop puissants“.

En somme, il s’agissait d’une élection à l’envers : au lieu d’élire de nouveaux dirigeants, on votait pour écarter les dirigeants qui semblaient trop guidés par des intérêts personnels. Ca ne visait donc pas des illégalités commises mais plutôt des prétentions (réelles ou supposées). La Grèce antique avait donc prévu un mécanisme pour écarter ceux qui, bien que restant dans la légalité, étaient les auteurs d’actes peu éthiques, ou contraire à l’intérêt général.

Cette procédure avait lieu chaque année entre janvier et mars, au moment où les paysans venaient à Athènes pour vendre leurs produits (huile, blé, vin), afin de s’assurer qu’un maximum de personnes puissent voter. C’est d’ailleurs l’une des seules procédures qui ne passait pas par la Boulè, l’assemblée restreinte de citoyens chargés des lois de la cité, l’équivalent d’un Sénat actuel. C’était vraiment une décision du peuple.

Elle se déroulait en 2 temps : 1. L’épicheirotonie (dont le sens rejoint “à main levée”) : un vote en silence, sans débat, juste pour savoir s’il y avait lieu de condamner quelqu’un à l’ostracisme, sans citer de nom. 2. L’ostrachoporie : le vote définitif, dont la procédure consistait à écrire le nom de la personne à “ostraciser” sur des tessons ou des disques en céramique (photo ci-dessus) rappelant des coquilles d’huître (d’où l’origine du mot : “ostrakon”, coquille d’huître).

Il fallait 6000 votes pour que l’ostracisme soit décrété (soit 50% de la population des citoyens athéniens à l’époque).

L’ostracisme n’était qu’un éloignement temporaire (contrairement à l’exil définitif) : le dirigeant exclu restait un citoyen, et ne perdait pas ses biens. Il pouvait revenir à l’issue de sa période d’écartement. Il n’y avait rien d’irréparable.

Je vous laisse le soin d’imaginer l’intérêt actuel d’une procédure pour écarter du pouvoir durant 10 ans, les dirigeants trop assoiffés de puissance, ou trop guidés par leur intérêt personnel, même s’ils n’ont rien commis d’illégal au sens strict…

… l’intérêt aussi de pouvoir voter, une fois par an, pour retirer certains du pouvoir, lorsqu’ils s’y sont trop installés (“via négativa”), plutôt que de devoir attendre tous les 4 ou 5 ans pour uniquement faire accéder certains au pouvoir (“via positiva”)…

… l’intelligence, enfin, de laisser une telle procédure de destitution au peuple, et non aux élus, qui seraient amenés à se destituer les uns, les autres (ce qui amènerait au moins 2 risques : de basses stratégies, ou au contraire, une espèce d’inertie : aucun élu n’en destituant un autre, de peur d’être ensuite lui-même victime d’une telle destitution)…

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