Brève réflexion sur le débat à propos du burkini

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OK, s’il avait fallu inventer une actualité pour illustrer la nécessité d’une approche centrée sur la notion d’‪#‎Empowerment‬, on n’aurait pas pu imaginer mieux que celui du burkini…

Une des choses qui distinguent encore et toujours l’homme et la femme – pratiquement partout dans le monde ! – c’est que le corps de la femme reste l’OBJET de débats. C’est pourquoi la notion d’Empowerment s’est beaucoup développée dans les mouvements d’émancipation des femmes, luttant pour se réapproprier leur corps, c’est-à-dire la possibilité d’être des “Sujets”.

Ca dépasse de loin l’idée de “corps-objet” dans la pub, etc., c’est plus largement l’idée que le corps de la femme est l’objet de débats, de discussions, d’interdictions, etc. Débats politiques, débats éthiques, débats religieux, débats culturels. Le corps de l’homme, lui, ne l’est pas.

Le corps d’un homme lui appartient. Le corps d’une femme appartient encore à la société. C’est cela, la domination.

Être “Sujet” de son corps, c’est en être pleinement maître. C’est le fait que son corps ne soit pas “objet” de débats et de jugements (positifs ou négatifs). Il suffit d’aller sur une plage, au bord d’un terrain de foot… ou dans une salle Crossfit, pour se rendre compte que la plupart des hommes ne se demandent pas s’ils sont assez minces, ou assez musclés, ou assez bronzés, ou assez épilés, ou assez poilus, ou assez tout ce qu’on veut, pour se mettre torse nu. S’ils ont chaud, ils se mettent torse nu. Point. Et toute la différence est là.

Défendre le burkini, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Défendre la nudité féminine, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Ces questions n’ont aucun sens.

Pour celles qui “vivent” ces questions (port du voile, burkini, mini-jupe, harcèlement de rue, etc.), les débats politiques traditionnels (gauche, droite, centre, République, laïcité, etc.) n’apportent rien. Au contraire, ils désapproprient les femmes du droit d’être sujet de leur corps, en faisant de celui-ci l’objet de leurs débats.

Il faut de nouvelles catégories de pensée, construites par la volonté des individus et des peuples d’être “Sujets” de leur développement. L’Empowerment, c’est exactement ça, et c’est pour cela que je bosse là-dessus.

Merci à Vincent Lahouze d’avoir partagé cette image qui illustre parfaitement ce que je veux dire !

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Brève réflexion sur notre désappropriation alimentaire

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Dans une perspective historique, ça ne fait pas très longtemps que notre alimentation s’est dégradée. Nos grands-parents ou arrières-grands-parents étaient, pour l’essentiel, capables de se nourrir par eux-mêmes : un potager, des poules, des lapins, quelques bêtes (souvent un cochon), des produits issus des fermes locales, de saison, pas de pesticides, etc. Ils mangeaient comme pas mal de gens voudraient arriver à re-manger actuellement.

Ce n’est qu’à la fin des années ’50 qu’on a commencé à se dire qu’on pourrait à la fois se décharger de la production de notre alimentation, et se libérer des contraintes de la nature, en déléguant toute notre alimentation à une minorité de producteurs, qui produiraient n’importe quel aliment, n’importe où, à n’importe quel moment de l’année, pour tout le monde. Et on s’est dit que c’était normal d’acheter des tomates cultivées en serres, à 3000 km, qui auront pris l’avion avant d’arriver dans nos assiettes en plein hiver… Toute la société a participé à cette erreur : producteurs, consommateurs, agriculteurs, distributeurs, vendeurs, industriels. Parce que c’était moderne, parce que c’était pratique, parce que c’était une belle promesse, parce que ça rapportait de l’argent. Mais toute un ensemble de maladies liées à l’alimentation ont grimpé en flèche, les terres agricoles se sont appauvries, la planète s’est réchauffée, et il y a un milliard d’êtres humains qui souffrent de malnutrition.

Mais 70 ans, c’est une toute petite erreur à l’échelle de notre Histoire. Si on fait le calcul depuis les premières sociétés sédentarisées (donc depuis qu’on n’est plus chasseurs-cueilleurs), ça fait moins d’1% de notre histoire ! En gros, c’est comme rater une sortie d’autoroute lorsqu’on part en vacances, c’est moins de 5 minutes sur un trajet de 8 heures ! C’est quoi 5 minutes ? Il est facile de retrouver la bonne route – elle n’est qu’à quelques minutes derrière nous ! – et ça n’a pas d’impact majeur sur le trajet…

… Bien sûr, c’est dans le cas où on se rend compte assez tôt qu’on fait fausse route, et qu’on cherche à retrouver le bon chemin. Si on s’obstine à poursuivre sur la route qu’on a prise en se trompant de sortie, les conséquences risquent d’être plus graves, et on arrivera moins vite, plus difficilement, ou pas du tout à destination…

Si vous voulez aller plus moi, cette réflexion rejoint ces 2 chapitres du livre en cours d’écriture :
Reprendre en main son alimentation et sa santé
Fuck this shit !! I’m gonna eat my own food !!

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Autosuffisance alimentaire et conservation

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En fait, la difficulté principale de l’autosuffisance alimentaire n’est pas de produire assez, mais plutôt d’arriver à conserver. A cette saison-ci de l’année, un potager, même de taille moyenne, produit bien plus que ce qu’une famille de quatre personnes peut manger comme légumes. Tout l’enjeu est d’arriver à conserver les surplus maintenant pour avoir à manger en hiver, lorsque le jardin produit beaucoup moins…

(C’est d’ailleurs ça qui explique la place des céréales dans l’Histoire de nos sociétés : les céréales sont ce qui se conserve le plus facilement, en grande quantité, sans congélation, sans conserve, etc. Du coup, certains en ont conservé plus que d’autres, les céréales sont devenues une forme de richesse, à la base des premières divisions en classes sociales. Par rapport à la période paléolithique – où on ne les cultivait pas – les céréales ont représenté à la fois un appauvrissement de la qualité nutritive de notre alimentation, et l’émergence des inégalités sociales, que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ne connaissaient pratiquement pas. Il faut lire “The Worst Mistake in the History of the Human Race“, de Jared Diamond, disponible en ligne…)

Bref, quelles sont vos méthodes de conservation ? Congélation ? Saumures ? Conserves faites maison ? Séchage ? Si vous avez des conseils, n’hésitez pas ! 😉

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Brève réflexion sur les tueurs de masse

Terrible-attentat-a-Nice-sur-la-promenade-des-Anglais-apres-le-feu-dartifice-lors-de-la-fete-nation_exact1024x768_lJe suis convaincu qu’on se trompe en cherchant systématiquement à savoir si les tueries de masse relèvent d’un fou furieux ou d’un fou de dieu, comme s’il s’agissait de deux choses différentes, qui s’expliqueraient différemment. Savoir si le tueur “s’était radicalisé”, en quelques années, ou quelques jours, n’a aucun sens, et n’explique rien. Ca laisse juste dans l’incompréhension.

Regardons :

  • Massacre de Columbine : 12 morts. Dylan Klebold : dépressif et suicidaire; Eric Harris : Psychopathe. Se sentant tous les deux persécutés par les autres élèves.
  • Andreas Behring Breivnik : 77 morts. Schizophrène. D’extrême-droite.
  • Andreas Lubitz : Se suicide en crashant son avion. 150 morts. Dépressif, en burnout, tendance suicidaire, se sent victime d’injustice.
  • Attentats de Paris : 130 morts. Attentats de Bruxelles : 32 morts. Des petits délinquants, au passé de petite criminalité, désocialisés, parfois déscolarisés et sans emploi, vivant dans les quartiers les plus paupérisés. Sentiment de ne plus pouvoir vivre ici en Occident.
  • Tuerie d’Orlando: 49 morts. Omar Mateen : instable, violent, bipolaire, raciste, homophobe. Prête allégeance à l’Etat islamique quelques heures avant l’attentat.
  • Tuerie de Nice : 84 morts. Mohamed Lahoueij-Bouhlel : dépressif, solitaire, isolé. “Radicalisé en quelques jours”.
  • Tuerie de Munich : 9 morts. 5 ans, jour pour jour après Breivnik. Auteur : dépressif. Pas de lien avec l’Etat islamique.
  • Attentat de Ansbach (Allemagne) : 15 blessés. Auteur : réfugié syrien, 2 tentatives de suicide dans le passé, séjour en clinique psychiatrique. Revendiqué par l’Etat islamique.

Si on passe son temps à chercher le lien avec l’Etat islamique, on passe à côté de ce qui pourrait, dans notre société, produire de tels profils.

Dans “Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?“, j’ai écrit : “La question est : comment est-ce possible que des jeunes élevés ici aient développé une telle haine envers notre société ? (…) Je pense qu’on est plus proche de la réalité sociologique en disant que certains “enragés” se sont islamisés, plutôt qu’en disant que l’islam s’est “enragée”, ce qui ne correspond pas à la réalité des millions de musulmans en Occident. Le problème est qu’à cette haine islamisée, va répondre une haine de l’islam. On commence très clairement à le voir. (…) La jeunesse sans avenir a pu expérimenter son ‘no future’ sous de nombreuses formes : conduites para-suicidaires, comportements à risque (drogues, mise en danger de soi), auto-destruction (de soi ou de son lieu de vie, lorsqu’on brûle son propre quartier), décrochage, abandon, vie dans la rue, rejet, galère, etc.

Je rajouterais que mettre l’accent sur le caractère islamiste des tueurs de masse revient à faire le jeu de l’Etat islamique : tous les dépressifs, suicidaires, perçus comme des rebus de la société, peuvent en se laissant pousser la barbe quelques jours (comme le tueur de Nice), mourrir non pas dans l’anonymat et l’insignifiance, mais comme des “soldats du Califat”…

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Vidéo de ma conférence à l’ONS – Juin 2016

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Colloque annuel de l’Observatoire National de la Sophrologie. Thème : “La sophrologie dans notre assiette : l’alimentation au coeur du biologique, du psychologique et du social“.

J’ai eu la chance d’être invité au colloque annuel de l’Observatoire National de la Sophrologie, pour intervenir sur l’alimentation dans notre société, en me focalisant sur l’idée d'”empowerment”, c’est-à-dire la réappropriation, par les individus et par les collectivités, de leur alimentation.

Et j’ai essayé de réinscrire ces mouvements liés à l’alimentation dans les mouvements sociaux émergents, comme je le fais souvent…

Cette conférence reprend :

J’y développe aussi 3 idées spécifiques. Se réapproprier son alimentation, c’est :

  • se reconnecter avec ce qui fait de nous des humains (« Cooking made us humans ») (16:34)
  • s’affirmer comme « adultes » (au sens de Kant) (17:54)
  • jouer pleinement notre rôle de citoyens. (20:11)

Et j’essaie d’être davantage visuel sur la métaphore du bateau qui coule et des logiques d’action qui en découlent, que l’on peut retrouver en matière d’alimentation, mais aussi en politique, ou dans le monde du travail… (9:50)

Merci de la partager et de la commenter, si elle vous intéresse ! 😉

De ce colloque, seule ma conférence est en accès public, les autres sont réservées aux membres de l’Observatoire national de la Sophrologie. Si vous êtes sophrologues ou intéressé(e)s par la sophrologie, je vous conseille vivement de vous faire membre de cet observatoire, non seulement pour avoir accès à l’ensemble des conférences du colloque, mais aussi pour bénéficier de l’ensemble des avantages des membres et aider au développement de la sophrologie.

Parmi les conférences, je vous conseille en particulier celle de Marie-Andrée Auquier, médecin, sophrologue, qui a fait une conférence sur l’intérêt, pour le sophrologue, d’aborder l’alimentation. Elle y présente des séances types, qui aident la personne à reprendre son alimentation en main, mais aussi de prendre conscience de son microbiote, ces milliards de bactéries qui jouent un rôle central dans notre alimentation et notre santé. Il y avait beaucoup de liens avec mon intervention. Sa conférence était fascinante !

Pour s’inscrire à l’ONS, c’est par ici ! Et toutes les infos sur l’ONS sont sur leur site : http://www.observatoire-sophrologie.fr/

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Pour une démocratie participative, concrète et réelle. Créons ensemble notre outil numérique

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– Proposition concrète pour le débat sur la démocratie, du 1er Juin 2016, Place de la République, Paris –

Les actualités politiques récentes, en France, en Belgique, et en Europe, semblent presque toujours opposer la population à ses dirigeants, les représentants à celles et ceux qu’ils sont censés représenter. Dans le domaine du travail, de la santé, de l’environnement, les dirigeants prennent des décisions qui ne sont pas souhaitées par la majorité de la population, confortant la thèse, partout commentée et répétée, de la « crise de la représentativité », et du fossé grandissant entre les électeurs et leurs élus.

En Belgique, le gouvernement décide du prolongement de centrales nucléaires que l’on sait pourtant vétustes. En France, le gouvernement recourt à l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer le projet de loi “travail” auquel une partie importante de la population s’oppose. En Europe, on risque de réautoriser l’utilisation du glyphosate, pourtant classé par l’OMS comme “cancérigène probable pour l’homme”.

Comment ces décisions sont-elles possibles ? Tout comme le média est le message, je crois que la décision est déjà dans la prise de décision. Dit autrement, ce sont les modalités de la prise de décision politique qui déterminent la nature des décisions prises. Et cela implique donc que si l’on change de modèle de prise de décision politique, on changera immédiatement la nature de tout un ensemble de décisions. On changera la société, en changeant la manière dont on décide de cette société.

C’est ce point de départ qui m’a amené à réfléchir à un autre modèle, et la trame du texte sera celle que j’ai suivie. Je vous invite à me suivre, à votre tour, dans ce raisonnement…

Tout un ensemble de décisions sont liées au fait qu’elles ont été prises par une minorité à qui on a délégué le pouvoir de prendre des décisions. Une minorité qui s’est instituée, qui s’est professionnalisée, qui s’est “autonomisée” dirait-on en sociologie. Continue reading Pour une démocratie participative, concrète et réelle. Créons ensemble notre outil numérique

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INTERVEW sur Ucp Muscu (FR)

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Très très fier d’avoir été interviewé pour le site UCPmuscu !! Des questions vraiment intéressantes, qui invitent à prendre le temps de répondre (longuement, ce que j’ai fait !) : CrossFit, alimentation paléo, empowerment, projet O-Food, j’y parle des sujets qui m’intéressent le plus, et que je développe habituellement sur ce blog ! Merci à eux de m’avoir laissé cette occasion !

L’intérêt de ce genre d’interviews, c’est à mon sens, de lancer des discussions, n’hésitez pas si vous avez des questions à poser, des réflexions à partager, via ce blog, via ma page Facebook, ou par mail (yvespatte (at) gmail.com)…

Bonne lecture  ! 😉 http://www.ucpmuscu.com/yves-patte

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Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?

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Ce chapitre est une version de travail d’un chapitre du livre en cours d’écriture “Anti-délégation. La société de l’Empowerment”. Je la diffuse pour toute personne intéressée à enrichir la réflexion. Lisez, commentez, partagez, discutONS-en, discutEZ-en.. Que toute personne intéressée à participer à la réflexion se sente autorisée à le faire !!

Bonne lecture !!

——————————- Début de l’article ——————————-

“Quand l’intérêt général s’en va, arrive le trader suivi du gourou. Quand l’Etat s’effondre, restent deux gagnants : les sectes et les mafias. Les banquiers d’affaires d’un côté et les hallucinés de l’autre. Quand l’idée de service est ridiculisée, ne reste plus qu’à se servir soi-même. Le cynisme engendre à la fois le fanatisme et la tricherie.” Régis Debray (2015 :17)

“Que cherchent tous ces jeunes à la dérive qui se suicident à l’aide d’un islam extrême ou à coups de canettes de bière suralcoolisées et de spliffs dix fois trop chargés ?” Abd al Malik (2004 :128-129)

Il est toujours plus facile d’avoir la mémoire courte. Les attentats récents en Europe mettent au devant de la scène, le phénomène de la radicalisation religieuse. D’un coup, on se rend compte que des jeunes sont prêts à aller mourir pour la cause djihadiste. Et des jeunes « de chez nous » – pas des jeunes Afghans formés dans d’obscures écoles coraniques pakistanaises. Non, des jeunes de nos quartiers, de nos banlieues, qui ont été dans nos écoles. Dans nos prisons aussi.

Tout autant qu’on est surpris que des jeunes puissent adopter une vision fondamentaliste de la religion musulmane, telle que le salafisme, on se surprend de voir d’autres jeunes embrasser le nationalisme et rejoindre les mouvements d’extrême-droite.

Oui, dans la deuxième décennie du 21ème siècle, des jeunes sont salafistes, des jeunes sont d’extrême-droite, des jeunes sont contre les droits de la femme, des jeunes sont racistes, antisémites, islamophobes, homophobes, etc. Mais ça n’est probablement pas arrivé du jour au lendemain. On ne se réveille pas un matin avec des vidéos djihadistes qui cartonnent sur Youtube et PEGIDA qui rassemble des milliers de personnes dans des manifestations islamophobes.

Je crois qu’il faut replacer l’émergence de ces phénomènes dans des processus sociaux plus longs. Le profil des jeunes français et belges, qui sont partis en Syrie, dont ceux qui ont commis les attentats à Charlie Hebdo en janvier 2015, dans les rues de Paris en novembre 2015 et à Bruxelles en mars 2016, invite à replacer la radicalisation dans l’histoire des populations et des quartiers dont ils provenaient. Les explosions de violence en banlieue en France, ou dans certains quartiers de Molenbeek en Belgique, ne sont pas récentes. Les jeunes qui n’arrivent plus à se construire une identité, du moins positive, ça n’est pas récent non plus. Et on a eu tout le temps de voir l’islam évoluer depuis les premières communautés immigrées en Europe de l’Ouest jusqu’à aujourd’hui.

Une double histoire est nécessaire : celle des quartiers/villes d’où proviennent les jeunes attirés par le djihadisme ou le nationalisme, et une histoire du rapport à l’islam.

Pour cela, première précaution : ne pas tomber dans une approche centrée sur la France. Facile à dire évidemment quand on écrit depuis la Belgique. Mais c’est important au niveau de la compréhension même du phénomène. Beaucoup d’auteurs (sociologues, islamologues, etc.) étant Français, l’analyse tourne souvent autour de questions qui structurent le débat français : la République, la laïcité, les banlieues. Pourtant, certains des terroristes de Paris et de Bruxelles vivaient en Belgique : ils n’ont pas été élevés dans les valeurs de la République, ne sont pas passés par l’ « école de la République », et ne se sont pas non plus radicalisés « contre » la République. De plus, ils ne vivaient pas dans une « banlieue », typiquement française, mais dans des quartiers ghettoïsés proches du centre de Bruxelles, comme ceux qui venaient de Molenbeek.

Cela invite donc à ouvrir la problématique à des phénomènes qui dépassent souvent les frontières. Tout ce qu’on lit sur « la République » peut être correct, mais c’est à mon sens, la traduction française de phénomènes sociaux plus larges, dont la crise de la délégation que j’essaie de décrire ici. 

 1. Des émeutes au djihad 

1.1 La construction du « problème des banlieues »

Directement en lien avec le fait de ne pas faire du « Franco-centrisme », il y a le « problème des banlieues ». Beaucoup de candidats français au djihad proviennent des « banlieues ». Mais ils sont connectés, comme les enquêtes l’ont montré, avec des jeunes bruxellois qu’on ne peut pas réellement appeler des « jeunes de banlieue », tant la structuration « centre-ville aisé / périphérie pauvre » n’existe pas en Belgique. La France a découvert Molenbeek : une commune pauvre de Bruxelles (en fait la deuxième commune la plus pauvre de Belgique), très proche du centre au niveau géographique, mais dont certains quartiers sont totalement ghettoïsés par rapport au reste de la ville.

C’est pourquoi je parlerai plutôt de quartiers « ghettoïsés ». Jacinthe Mazzocchetti (2012 : 2), qui bossait dans la même unité de sociologie que moi à l’époque, a une définition très intéressante de ces quartiers. Ils sont le résultat, dit-elle, de l’enfermement des immigrés (et de leurs descendants) dans certains quartiers, via le marché du logement, les discriminations rencontrées en milieu scolaire et les discriminations sur le marché du travail. Cette définition me semble plus efficace pour aborder les lieux d’origine de beaucoup de jeunes djihadistes, que ce soit en Belgique (sa recherche portait entre autres sur des quartiers de Molenbeek), en France (les « banlieues ») ou dans d’autres quartiers en Europe ou aux Etats-Unis (comme nous le verrons dans le New Jersey ou à Philadelphie).

D’autant plus que Mazzocchetti (2012 :2) rajoute une dimension importante : le rejet va dans les deux sens. La ghettoïsation est aussi un mouvement qui vient de l’intérieur des quartiers relégués : les acteurs marginalisés s’organisent, autour de solidarités ethniques. Mais cet « entre soi », conséquence d’un sentiment d’être exclu du reste de la société, rajoute encore à l’exclusion.

Encore une précaution, il ne s’agit en aucun cas de stigmatiser toute la population de ces quartiers. Je parlerai souvent de Molenbeek, d’Anderlecht, de Clichy-sous-Bois ou des Minguettes, mais je me garderai bien de prétendre que ces communes ou ces quartiers se réduisent à ce que j’en décris. Il y a plein d’habitants de ces lieux qui sont engagés dans des dynamiques très positives, ou d’autres qui ne font rien de spécial, à part subir les méfaits d’une minorité. L’empowerment passe aussi par le fait de laisser aux communautés le pouvoir de se définir elles-mêmes. Je ne voudrais pas les en désapproprier. Je décris la radicalisation d’une minorité d’habitants de ces lieux. Continue reading Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?

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18 juin 2016 : Intervention au Colloque annuel de l’ONS (Paris)

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Le 18 juin 2016, l’Observatoire national de la Sophrologie (France) organise son colloque annuel, qui aura pour thème “La sophrologie dans nos assiettes. L’alimentation au cœur des débats éthique, sociaux et comportementaux“.

Après les mots de la présidente de l’ONS, Géraldine Haegeli, j’aurai la chance d’ouvrir la journée en intervenant sur “L’alimentation au cœur du biologique, du psychologique et du social“. J’y parlerai du rapport actuel à l’alimentation, de la volonté des individus de reprendre en main, individuellement et collectivement, leur alimentation.

Il sera également question des “craquages”, de leur dimension culturelle, émotionnelle ou physiologique. En somme, ce sera une synthèse de plusieurs choses que j’ai publiées, sur cette tension entre Empowerment et abandon. Le point de vue sera sociologique.

Infos pratiques :

  • Date : 18 juin 2016
  • Accueil des participants à partir de 8h30.
  • Début du colloque à 9h30
  • Mon intervention à 9h40
  • Lieu : Espace Moncassin : 164 rue de Javel – Paris 15ème
    • Métro ligne 8 Félix Faure ou Boucicaut
    • Métro ligne 12 Convention
  • Inscription : http://www.observatoire-sophrologie.fr
  • Prix :
    • Jusqu’au 17 avril : 65€ pour les non-adhérents / 45€ pour les adhérents ONS
    • A partir du 18 avril : 75€ pour les non-adhérents / 55€ pour les adhérents ONS
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Parution sur le site de la revue “We Demain”

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Nouvelle parution : “Le film Demain cartonne au box office et le FN dans les urnes : deux options face à la crise“, We Demain, Tribune, 29 mars 2016. 

Si vous êtes porteur d’une critique du système actuel, et d’un autre projet de société, il y a une question que l’on vous a déjà certainement posée : “Mais si votre projet est si bon, pourquoi est-ce qu’autant de gens se tournent vers l’extrême-droite ?”

Cette question, on l’a posée à tout mouvement de gauche, à tout mouvement écologique, à tout mouvement de jeunes. Avec des variantes : pourquoi “les ouvriers”, pourquoi les “jeunes”, pourquoi “la banlieue”, pourquoi “les chômeurs”, etc. se tournent-ils vers l’extrême-droite ? C’est à nouveau la question que l’on posait à Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie Les Verts, lors de son interview à “On n’est pas couché”, le samedi 5 mars 2016. (…)

Le risque de cette question est, au final, d’invalider toute critique du “système” comme faisant le jeu de l’extrême-droite. Comme si une même situation ne pouvait pas déboucher sur différentes critiques, différentes alternatives, qui ne s’invalident pas les unes les autres.

Lire la suite sur le site de la revue… 

Pour celles et ceux qui me suivent depuis un petit temps, vous y retrouverez la métaphore du bateau qui coule, que j’ai déjà présentée ici sur mon blog… Et cela fait partie de la réflexion plus large que je mène sur la crise de la société de la délégation et l’émergence de mouvements d’empowerment (introduction ici)

Si vous avez aimé, merci de partager un maximum. Si le magazine perçoit l’intérêt pour cette approche, il y aura peut-être la possibilité d’une collaboration plus régulière, me permettant de poursuivre la réflexion… Si j’y arrive, ce sera donc grâce à vous !! Merci !!! 😉

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