Et si nous refusions d’être au service de l’industrie alimentaire ?

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Je voudrais faire sortir l’industrie du soda de la médecine du sport !” C’est ce qu’à récemment déclaré Coach Glassman, le fondateur du CrossFit, dans ce qui ressemble à une croisade de CrossFit Inc. contre Coca-Cola ou Gatorade. Il y a quelques jours, CrossFit Journal publiait “Sugar Bombs“, un article expliquant en quoi les “boissons sportives” (“sports drinks“) étaient trop chargées en sucre, et pouvaient affecter la performance sportive et la santé.

Plus largement, ce à quoi s’attaque Glassman est l’intrusion de l’industrie alimentaire, et en particulier des marques comme Coca-Cola ou Pepsi dans le sponsoring d’associations médicales et d’organisations liées à la santé ou au sport. Ainsi, Coca-Cola vient de créer le “Global Energy Balance Network” qui vise à promouvoir un bon équilibre entre l’énergie Capture d’écran 2015-08-19 à 08.45.53dépensée (par l’activité physique) et l’énergie ingérée (par l’alimentation) pour lutter contre l’obésité….

Via son “Beverage Institute for Health and Wellness“, Coca-Cola a également fondé l’initiative “Exercise is Medicine“, dirigée par l’American College of Sports Medicine (ACSM). L’idée, qu’on va retrouver assez souvent, est d’être en meilleure santé par le sport… Comprenons-nous bien : je ne conteste pas l’idée qu’il faille faire du sport – au contraire ! Je voudrais juste mettre en doute l’importance mise par l’industrie alimentaire sur le sport, par rapport à l’alimentation, lorsqu’il est question de surpoids, d’obésité, et plus largement de santé.

La théorie du calorie “in” / calorie “out” est, à ce niveau, particulièrement utile pour l’industrie alimentaire : “vous pouvez continuer à consommer, voire sur-consommer nos produits hyper-caloriques, du moment que vous vous dépensez en suffisance !”. Dans cette optique, le problème de l’obésité serait principalement dû à un manque d’activité physique, pas à une alimentation trop calorique, trop chargée en sucre. En gros, ce n’est pas de la faute de l’industrie alimentaire, c’est de votre faute : vous ne faites pas assez de sport. Heureusement, Coca-Cola va promouvoir le sport… pour lutter contre l’obésité.

Le problème, c’est que pour lutter contre le surpoids, l’alimentation est plus importante que l’activité physique. C’est pourquoi la théorie CrossFit place l’alimentation à la base de sa hiérarchie du développement d’un athlète. L’alimentation est plus importante que la pratique sportive. Sinon, comment expliquer, comme le montrait le documentaire Fed Up, que sur la période 1980-2000, l’inscription dans les clubs de sport a doublé aux Etats-Unis, mais que sur cette même période, le taux d’obésité a également doublé !

Un enfant mettra 1h15 en vélo pour dépenser 60cl. de Coca ! Un sachet “medium” de frites nécessitera 1h12 de natation !

Le problème, c’est aussi que la théorie du calorie “in” / calorie “out” manque un peu de fondement scientifique. Une calorie n’est pas l’autre. 160 calories ingérées sous forme d’amandes, riches en fibres, ce n’est pas la même chose que 160 calories de soda, qui provoquera un pic d’insuline. Et on ne parle même pas de l’addiction au sucre…

Il n’y a pas si longtemps, une autre industrie devait également faire croire, par tous les moyens nécessaires, que ses produits n’étaient pas si mauvais… Une note interne avait été divulguée, elle disait : “Le doute est notre produit, parce que c’est le meilleur moyen de concurrencer l’ ‘ensemble des faits’ qui existent dans l’esprit du public. C’est aussi le moyen d’établir une controverse“. Cette industrie, c’était celle du tabac. Et la note interne émanait de Brown & Williamson Tobacco Corp., en 1969.

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Des chercheurs ont travaillé sur l’ensemble des écrits de l’industrie du tabac entre le moment où on a commencé à se rendre compte que fumer provoquait des cancers et le moment où les premières politiques publiques ont été prises. En 1972, le “Tobacco Institute Memorandum” parlait de créer le doute sans réellement nier les risques. En 1988, la British American Tobacco déclarait que Philip Morris mettait de vastes sommes d’argent dans des projets de recherche et payait des scientifiques pour garder la controverse vivante.

Le principe est simple : créer un doute sur les risques (du tabac, du sucre, du réchauffement climatique, _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ remplissez les pointillés avec ce que vous voulez) grâce à des études qui vont à l’encontre de ce que le reste de la communauté scientifique affirme et jouer sur la controverse pour dire qu’il est prématuré de changé nos habitudes (comme consommer moins).

Une analyse publiée dans PLOS Medicine (par la Public Library Of Science) a montré que les études financées par Coca-Cola, PepsiCo, l’American Beverage Association et l’industrie du sucre, avaient 5 fois plus de chance de montrer qu’il n’y a pas de lien entre les boissons sucrées et la prise de poids, en comparaison avec les études qui ne sont pas financées par l’industrie.

Le message de l’industrie alimentaire est clair : “Nous ne sommes pas responsables de l’épidémie d’obésité. Mais nous allons néanmoins nous en occuper en aidant à agir sur la vraie cause, le manque d’activité physique, en faisant la promotion du sport”.

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Je vais reprendre mon clavier de sociologue des médias pour montrer en quoi cela correspond à des processus classiques de tentatives d’influence de l’ “opinion publique” (au final, ma thèse portait précisément là-dessus), mais laissez-moi d’abord vous présenter comment cela se passe en Belgique, mais ça pourrait certainement valoir pour la France (pour le cas où vous croiriez que cela ne se passe qu’aux Etats-Unis) !

Je vous présente la FEVIA ! La “Fédération de l’Industrie alimentaire” qui regroupe les marques les plus préoccupées par notre santé, comme Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé, Danone, Mars (qui commercialise les produits Twix, Snickers, M&M’s, etc.), Kellog’s, Unilever (qui commercialise les glaces Ola : Magnum, Cornetto, Vienetta, etc. ; les glaces Ben & Jerry’s ; et des boissons comme Lipton Ice Tea), ou encore la Raffinerie tirlemontoise…

Via la “Charte de la Politique nutritionnelle” de la FEVIA, l’industrie alimentaire “s’engage à assurer son rôle et ainsi contribuer à une meilleure santé du consommateur“. Plus précisément, la FEVIA a rédigé les “10 Piliers de la Politique nutritionnelle”. Les 3 premiers points sont un véritable modèle d’argumentation en 3 temps :

#1 Nous nous préoccupons de votre santé…

1. L’industrie alimentaire défend un style de vie sain. Une alimentation équilibrée et variée et une activité physique régulière sont des éléments nécessaires et complémentaires à un style de vie sain.

#2 Nous répondons aux désirs du consommateur qui est libre de choisir…

2. L’industrie alimentaire produit une gamme très variée de denrées alimentaires qui répondent aux désirs et aux besoins du consommateur. Par une large gamme de denrées, le consommateur peut, en fonction de son style de vie, de ses préférences et de son goût, se composer une alimentation équilibrée et de qualité.

#3 Une alimentation équilibrée consiste à manger de tout…

3. Dans le cadre d’un mode alimentaire équilibré, tous les aliments ont leur place (cfr. la pyramide alimentaire).

Vient en 8ème point, la question de la surcharge pondérale et de l’obésité :

8. Le phénomène des styles de vie malsains ainsi que du surpoids et de l’obésité, demande une approche fondamentale basée sur l’apprentissage d’habitudes alimentaires saines en combinaison avec la stimulation d’activités physiques suffisantes. Etant donné la complexité et l’ampleur du problème, l’éducation constitue une mission importante pour tous les acteurs concernés : les professionnels de la santé, les autorités, les écoles, les rtrgifpparents, les organisations de consommateur et l’industrie elle-même. Cela doit se réaliser sur base d’une politique cohérente.

… Donc, rappelez-vous bien que c’est la Fédération qui regroupe des marques commercialisant entre autres les Twix, les Magnum, le Coca et le sucre raffiné qui écrit cela…

Bon, bien sûr, en terme de “politique cohérente”, la FEVIA milite contre les taxes “santé”, comme les taxes sur les graisses ou sur le sucre, que certains pays nordiques ont voulu mettre en œuvre.

La fédération croit plutôt en tout un ensemble d’initiatives qu’elle crée, comme les “Fonds pour l’alimentation et le bien-être” ou la fondation d’intérêt public “Happy Body”. Cette fondation est le fruit d’une initiative commune entre la FEVIA, le Comité olympique et interfédéral belge (COIB) et NUBEL (Nutriments Belgique). Autrement dit l’industrie et le secteur public qui se rassemblent sur l’idée qu’un “happy body”, c’est manger équilibré, mais surtout faire du sport. NUBEL est une asbl (association sans but lucratif en Belgique, équivalent d’une association loi de 1901 en France), créée en 1990 par la FEVIA, COMEOS (Fédération de la Distribution) et le gouvernement fédéral. Cette association a pour mission de “gérer l’information nutritionnelle scientifique relative aux denrées alimentaires qui constituent l’alimentation courante en Belgique“. Elle mentionne, sur son site internet, parmi ses partenaires : Nestlé, Kellog’s, Coca-Cola, Mars, etc… Et pour réaliser sa mission de “gérer l’information nutritionnelle scientifique”, cette association a reçu, en 2014, plus de 100.000€ du ministère (appelé SPF en Belgique) Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement…

SLB_Poster-English and spanish.inddOn continue ? La FEVIA cible d’un côté directement les décideurs politiques. Ainsi, elle fait par exemple partie d’un groupe de travail, le Vlaamse Werkgroep Voeding en Beweging) qui conseille le Ministre “sur les questions de santé”… Et de l’autre côté, elle soutient tout un ensemble d’initiatives, émanant des marques elles-mêmes, pour promouvoir leur version de la santé. Ces initiatives sont listées dans leurs rapports annuels.

Ainsi, on apprend que Nestlé organise le “Nesquik Fit & Fun Tour” : des parcours d’agilité pour les enfants et des “infos pratiques santé pour les mamans” ! Compris, les mamans ? (passons sur l’approche sexiste, ce n’est pas l’objet) Si vous vous voulez des “conseils santé” quant à l’alimentation de votre enfant, demandez à Nesquik ! … Quoi de plus normal, puisque Nestlé développe du « matériel de communication et d’éducation qui traite de sujets généraux concernant la nutrition et la santé, avec les deux associations belges de diététiciens (UPDLF & VBVD) “.

En Belgique, Mondelēz International (anciennement Kraft Foods), qui commercialise des produits comme Oreo, Petit Beurre de Lu, Mikado, Prince, Côte d’Or, Milka, Toblerone, etc., a lancé, en interne, un programme “Fit to Win”, dont les 4 piliers sont : courir, marcher, faire du vélo/du spinning et jouer au football…

La Raffinerie tirlemontoise (donc on est bien d’accord qu’il s’agit de sucre raffiné, ce qui est unanimement pointé du doigt comme cause d’obésité et de tout un ensemble d’autres troubles métaboliques) sponsorise, quant à elle, la Roller Parade, participe aux 20km de Bruxelles et organise une randonnée à vélo sur le Mont Ventoux.

Coca-Cola sponsorise le Comité olympique et interfédéral belge, l’ADEPS (Administration de l’Éducation physique, du Sport et de la Vie en Plein Air), les Special Olympics et Mission Olympic (une compétition sportive dans les écoles).

Dans son 8ème rapport nutritionnel (2013), la FEVIA nous apprend que 73% des entreprises du secteur font la promotion d’un “style de vie sain”. Mais il s’agit principalement de sponsoring de manifestations sportives, de clubs locaux et d’équipes de jeunes, ou encore d’encouragement à l’utilisation du vélo pour se rendre au travail (mise à disposition d’infrastructures adéquates : parking pour vélos, douches, etc.).

Danone sponsorise également des clubs de sport, organise la “Danone Nations Cup” (un tournoi de foot international pour enfants de 10 à 12 ans), et collabore avec des fédérations de sport à l’école. Danone a d’ailleurs créé l’ “Institut Danone“, “rassemblant une équipe de professionnels de la santé, de chercheurs, de médecins, d’académiciens et de technologues“. Sa mission est “d’encourager la recherche dans le domaine de la nutrition, d’informer et de former des professionnels de la santé sur des sujets liés à l’alimentation.

vintage_camel_cigarette_adEn réalité, l’”Institut Danone” relaye surtout des infos comme celle-ci : “éliminer les produits laitiers ne réduit pas le risque cardiovasculaire” (ce qui ne montre pas que les produits laitiers n’augmenteraient pas les risques, vous comprenez ?). Toujours cette stratégie du doute, qu’avait bien expérimentée l’industrie du tabac. L’institut Danone écrit que “des données contradictoires à propos des effets des produits laitiers sur la santé cardiovasculaire ont semé la confusion auprès des consommateurs“. Cette phrase est “performative”, si vous n’étiez pas dans la confusion, maintenant vous savez que vous êtes censés y être, puisqu’il y a des données contradictoires… En fait, l’Institut fait référence à une étude parue dans l’European Journal of Preventive Cardiology (2014) qui montre qu’enlever les produits laitiers pendant 1 mois ne modifierait pas de manière significative les niveaux d’acides gras dans le plasma… Autrement dit, comme on n’est pas sûrs-sûrs qu’il y a un lien, il vaut mieux ne pas retirer les produits laitiers de son alimentation…

Autre grand classique des stratégies d’influence de l’industrie : créer un site internet d’information. La FEVIA a ainsi créé alimentationinfo.org, pour “apporter une information objective sur la sécurité alimentaire et la relation entre alimentation et santé.“. Aux Etats-Unis, l’Academy of Nutrition and Dietetics, dont les premiers sponsors sont Coca-Cola et PepsiCo, a mis en ligne eatrightpro.org.

Cela dit, il n’y a pas que la FEVIA, il y a aussi la FIEB (Fédération de l’Industrie des Eaux et des Boissons rafraichissantes). Cette fédération a lancé le site internet edulcorants.eu, parce que les informations dans les médias seraient rarement “objectives” sur les édulcorants. Ce site rassemble donc “l’essentiel des informations validées scientifiquement sur les édulcorants intenses autorisés par l’Union européenne“. En matière d’information objective, on apprend ainsi que “la recherche montre que le remplacement quotidien d’un verre de limonade par une variante ‘light’ sans calorie, permet de réduire le poids corporel de 5 kg sur une base annuelle“.

Ou encore que “les aliments qui contiennent des édulcorants intenses ou basses calories peuvent aider le consommateur à gérer sa consommation énergétique et contribuent ainsi à la lutte contre le surpoids et l’obésité.

coke-obesityDe nouveau, la clé pour la santé ne serait donc pas d’arrêter les sodas, mais plutôt de remplacer les sodas sucrés par leur version “light” ou “zéro calorie”. Et de nouveau, cette stratégie du doute : “L’effet des édulcorants sur le poids, tant chez les adultes que chez les enfants, a fait l’objet de nombreuses études. Les résultats sont divergents“, peut-on lire sur edulcorants.be.

Allez, et un dernier : la IFBA, pour International Food & Beverage Alliance, dont font partie Coca-Cola, Kellog’s, Mars, Nestlé, PepsiCo, etc. Premier engagement de cette alliance : “reformuler les produits et développer de nouveaux produits pour améliorer le mode alimentaire du consommateur“. Le quatrième engagement consiste d’ailleurs à “attirer l’attention sur l’importance d’un mode alimentaire équilibré et une activité physique suffisante“.

ANALYSE

La volonté de l’industrie alimentaire, c’est :

  1. De se positionner comme des acteurs de la santé, comme des pourvoyeurs de conseils “santé”. L’impact es évident : comment ces entreprises pourraient-elles nous vendre des produits mauvais pour notre santé et pour celle de nos enfants, alors qu’elles mettent autant d’énergie pour nous conseiller quant à ce qu’il faut faire pour être en bonne santé ? (Cfr. les exemples précités de Nesquik, Danone et Nestlé…)
  2. De mettre l’accent sur le manque d’activité physique (plutôt que sur la surconsommation de sucre par exemple).

En sociologie des médias, on parle de “frame” ou de “cadrage”, c’est-à-dire une idée centrale qui fournit une signification à une suite d’événements. “Le cadrage suggère à propos de quoi est la controverse, l’essence du problème” (Gamson & Modigliani, 1987 : 143). Le message est : l’obésité est liée à un manque d’activité physique : Faites du sport ! Bougez ! Let’s Move !

Cadrer, c’est sélectionner certains aspects d’une réalité perçue et les rendre plus saillants dans un texte de communication, de manière à promouvoir une définition particulière du problème, une interprétation causale, une évaluation morale ou un traitement recommandé“, dit Entman (1993 :52). En l’occurrence, c’est l’importance de l’activité physique, par rapport à l’alimentation, qui est rendue plus saillante dans cette manière d’interpréter la réalité proposée par l’industrie alimentaire.

Pour rappel, toutes les études transversales convergent pour pointer du doigt le sucre comme cause principale de l’obésité, du diabète de type II, et d’autres problèmes métaboliques. En 2006, l’American Journal of Clinical Nutrition (Aug., 84(2):274-88) publiait une revue systématique des recherches sur le lien entre les boissons sucrées et le surpoids. Elle concluait : “le poids des preuves expérimentales et épidémiologiques indique qu’une plus grande consommation de boissons sucrées est associée à une prise de poids et à l’obésité“.

En 2013, la revue Obesity Reviews (Aug.,14(8):606-19) affirmait que, “reconnaissant qu’est forte la preuve que les boissons sucrées soient néfastes à la santé, nous devons éviter le piège d’attendre la preuve absolue avant de mettre en œuvre des actions de santé publique“.

Semer le doute avec des recherches à caractère scientifique mais financées par l’industrie alimentaire permet précisément de retarder la mise en œuvre d’actions de santé publique. D’où l’intérêt pour les marques de produits sucrés de se constituer en “sources légitimes” pour les journalistes. Qui semble le plus “crédible” pour donner des conseils alimentaires ? 130lbs_sugarLe porte-parole de Coca-Cola ou le Président du “Beverage Institute for Health and Wellness”, même si celui-ci est créé de toute pièce par Coca-Cola ? Et puis les informations de cet institut sont confirmées par le “Global Energy Balance Network”… oui, ok, qui est aussi créé par Coca-Cola… Mais ça ne dit pas autre chose que ce qu’affirme les recherches des Fonds pour l’Alimentation et le Bien-être, en Belgique… qui sont gérés par la FEVIA, représentant Coca-Cola, ok, mais bon….

Et puis, un journaliste est tenu par des règles d’ “objectivité”, comme l’a très bien montré Tuchman (1972). S’il ne donne pas deux avis contradictoires, il peut être taxé d’impartialité, de faire un article “à charge”. Admettons que des scientifiques affirment l’opinion “A” (disons… qu’une consommation excessive de soda cause du surpoids). Si le journaliste ne peut pas vérifier lui-même la véracité de cette affirmation médicale, tout ce qu’il peut faire, c’est reporter que “tels scientifiques ont affirmé ’A’”. Mais pour être objectif, il devrait aussi, pour bien faire, voir si quelqu’un n’a pas affirmé “B” (disons… que rien ne prouve qu’une consommation de soda cause du surpoids). De cette manière, il présente les “conflicting possibilities“, les différents avis présents dans le débat. Et ce sera au lecteur de faire son choix… Même si en fait, l’ensemble de la communauté scientifique affirme “A”, et seulement quelques instituts, créés par des représentants de l’industrie du sucre, affirment “B”. Al Gore l’avait très bien montré à propos du réchauffement climatique, dans “Une vérité qui dérange” : zéro article scientifique niant le réchauffement climatique, mais plus ou moins 50% des articles de presse mentionnant que le réchauffement climatique est peut-être une hypothèse erronée…

Enfin, vous avez compris, les marques ont tout intérêt à se constituer en sources autorisées, pour “orienter les médias vers leurs définitions de la réalité sociale”, comme le dit Schlesinger (1992), qui a beaucoup travaillé sur la question des sources d’information. D’où l’accent mis, dans les présentations de ces instituts, sur la présence de chercheurs et de “professionnels de la santé” (quelle que soit la signification de ce titre). (Lett, 1986 ; Miller & Williams, 1993).

Se présenter comme source légitime en matière de santé auprès des journalistes est fondamental, parce que les médias ont cette capacité à “fixer” ce qui est à l’ “agenda”, comme on dit. C’est la théorie de l’ “agenda-setting” (McCombs & Shaw, 1972), c’est-à-dire que les médias ont la capacité à déterminer “ce à quoi il faut penser, ce dont il faut se préoccuper“. Et là, le message est : “Vous devez d’abord vous préoccuper de votre manque d’activité physique !“. Si vous vous dites d’abord “Je dois aller faire du sport”, avant de vous dire “Je dois arrêter les sodas, les sucreries, les produits industriels”, c’est gagné pour l’industrie alimentaire. Et de manière subséquente, l’impact peut se poursuivre sur les politiques publiques, qui vont d’abord porter sur le manque d’activité physique, avant de porter sur des mesures de réduction de la consommation de sucre (Cook, Tyler, & alii, 1983).

D’autant plus que tous ces groupes de pression de l’industrie alimentaire trouvent des alliés objectifs dans les fédérations sportives qui ont le même agenda : promouvoir la pratique sportive, parce que, pour ces fédérations, c’est précisément leur raison d’être (alors qu’on est bien d’accord que l’objet principal de Coca-Cola ou Nesquik n’est pas d’organiser des activités sportives…). Du coup, en Belgique, Coca-Cola est pratiquement à tous les niveaux du sport étatique : l’entreprise finance l’Union Royale Belge des Sociétés de Football-Association (URBSFA), le comité olympique, l’ADEPS (Administration de l’Éducation physique, du Sport et de la Vie en Plein Air) et des projets de sport à l’école.

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Et comment en vouloir à ces associations et institutions de “trouver de l’argent là où il y en a” pour promouvoir le sport – dont il est clair qu’on manque ? Mais ce faisant, elles participent naïvement à cette idée, imposée par l’industrie alimentaire, selon laquelle le problème de surpoids est avant tout un problème qui se règle par davantage d’activité physique.

En fait, personne ne contredirait probablement que c’est aussi un problème d’alimentation, mais tout est fait pour que les initiatives se concentrent principalement sur la question de l’activité physique. Qui a comme cheval de bataille principal la lutte contre le sucre ? Allez-y, réfléchissez et citez… 2 noms… Yep ! Pas facile, hein ? … Et bien, il y a maintenant CrossFit Inc. qui, bien que ce soit une marque de salles de sport, affirme que le problème principal est l’alimentation, lorsqu’il s’agit de surpoids et d’obésité.

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A CrossFit Nivelles, nous refusons de servir d’ “idiot utile”, comme on dit (pour parler de ceux qui sont de bonne foi mais sont manipulés en servant des buts qui contredisent leurs aspirations) : nous refusons de promouvoir la pratique sportive, main dans la main avec l’industrie alimentaire et les boissons sucrées, comme “Fit for Fun” partenaire de Red Bull, au détriment d’une reprise en main de son alimentation par élimination des aliments industriels sucrés, des sodas et des boissons énergisantes !

Bien sûr il faut faire du sport pour être en bonne santé. Mais il faut avant tout manger sainement : choisir des aliments naturels, non-industriels, sans sucres rajoutés.

Et bien sûr, les marques de soda ont le droit de vendre leurs produits et chacun a le droit d’en consommer, mais comme CrossFit, Inc., ce que je conteste, c’est la présence de ces marques dans la production d’information sur la santé.

*** Pour celles et ceux qui sont intéressés, tout cela rejoint ce que j’ai pu écrire de plus théorique sur la question de l’Empowerment, c’est-à-dire la reprise en main, par l’individu, de ses conditions de vie, à la fois contre l’industrie et contre les institutions étatiques. L’introduction est à lire ici : “Empowerment ou la société de l’anti-délégation”  ***

Bibliographie :

  • Cook, F.L., & alii. 1983. Media and agenda setting : Effects on the public, interest group leaders, policy makers, and policy, Public Opinion Quaterly, vol. 47, pp. 16-35.
  • Entman, R.M. 1993. Framing : Towards clarification of a fractured paradigm. Journal of Communication, 43(4), pp. 51-48.
  • Gamson, W.A., & Modigliani, A. 1987. The changing culture of affirmative action, in R.G. Braungart, & M.M. Braungart (eds.), Research in Political Sociology (vol. 3, pp. 137-177). Greenwich, CT : JAI Press.
  • Lett, J. 1986. Anthropology vs. the media : it’s in the epistemology, Newsletter of the National Association of Science Writers, vol. 34, n°1, p. 13.
  • McCombs, M.E., & Shaw, D.L. 1972. The agenda-setting function of mass media, Public Opinion Quaterly, vol. 36, n°2, pp. 176-187.
  • Miller, D., & Williams, K. 1993. Negociating HIV/AIDS information. Agendas, media strategies and the news, in Eldridge, J. Getting the Message : News, Truth, and Power, London : Routledge, pp. 126-144.
  • Schlesinger, Ph. 1992. Repenser la sociologie du journalisme. Les stratégies de la source d’information et les limites du média-centrisme, Réseaux, n°51.
  • Tuchman, G. 1972. Objectivity as strategic ritual: an examination of newsmen’s notions of objectivity, American Journal of Sociology, vol. 77, n°4, pp. 660-679.
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Fuck this shit !! I’m gonna eat my own food !!

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Conseil de lecture : Essayons quelque chose de nouveau. Si vous avez un compte Spotify, je vous invite à écouter cette playlist en lisant l’article ci-dessous. Vous comprendrez très vite en quoi l’une est liée à l’autre…

Dans l’introduction à “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“, j’ai écrit que la bande-son de la révolution en cours était une playlist composée de Hip-Hop et de Hardcore Punk (chap.3). Que l’on ait baigné dans ces cultures urbaines ou pas, le fait est que le Hip-Hop et le Hardcore portent ce message de reprise en main de sa destinée, individuelle et collective, qui caractérise, à mon sens, les mouvements sociaux émergents. Cela est bien documenté par les travaux de Stoute (2011) pour le Hip-Hop et les travaux de Hein (2012) et Haenfler (2004) pour le Hardcore Punk.

Un reportage récent, que l’on peut voir sur Youtube, “Under the Influence : New-York Hardcore” m’a permis de prendre conscience de ce qui est probablement au fondement de la démarche de beaucoup de trentenaires (et plus jeunes) en matière d’alimentation. Deux choses : le refus et le Do It Yourself ! Resistance & DIY : So hardcore !!

J’ai baigné, via mes parents, dans un univers où on choisit des produits bios, où on se soigne naturellement, et où on est plutôt écolo. C’est sûr. Mais ce qui fonde mon rapport à l’alimentation, et probablement à tout un ensemble d’autres choses, est beaucoup plus proche du :

FUCK YOU !! I don’t want to eat your shit !!!

Fuck you, industry ! Fuck you, market ! Fuck you, supermarkets ! I’m gonna eat… my own food !!

C’est hardcore dans l’attitude. C’est légèrement arrogant. Et ça se crie plus que ça se dit. Vous vous rappelez certainement de cette phrase “Fuck You ! I won’t do what you tell 2d093fe7a70ef489984fe39f495e26e4me !” du célèbre “Killing in the name” de Rage Against The Machine ? Et bien, on est en plein dedans !

Si l’on analyse un peu ce qui est au fondement du Hardcore Punk, on trouve le refus : refus de la société qu’ “on nous a conçue”, refus de ses normes, de ses dogmes, de ses évidences. Le mouvement Hardcore Punk est une sous-culture, et en cela constitue une forme de résistance à la culture dominante ou à la société “hégémonique”, pour parler comme Gramsci. La “résistance” a toujours été le point central des sous-cultures, comme en témoignent les recherches du célèbre Centre for Contemporary Cultural Studies (CCCS) de l’Université de Birmingham, pour les connaisseurs (Haenfler, 2004 : 407).

Mais là où se distingue l’attitude proprement Hardcore, c’est dans le fait que ce refus n’amène pas l’individu à sombrer dans un chaos autodestructeur, dans une attitude d’abandon nihiliste comme on l’a souvent vu dans les sous-cultures punk rock, hippie ou skinheads. Abandon du combat pour rentrer dans le système, ou abandon dans les pratiques autodestructrices : drogue, alcool, suicide, etc. Continue reading

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La fin de leur monde

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Photo : Emmanuel Rosario

Un an après le début de la publication de textes sur la notion d’Empowerment, et ce que j’ai appelé l’ « anti-délégation », voici un texte qui synthétise là où j’en suis actuellement. Durant cette année, j’ai continué à écrire, à lire (surtout) et j’ai essayé de mettre tout cela en pratique, en créant – avec trois autres – notre entreprise, et en vivant de ma passion. 

J’ai discuté. Beaucoup. Avec plein de gens. Je n’ai pas su répondre à tout le monde. J’ai eu des contacts avec des maisons d’édition intéressées. Mais je n’en suis pas encore là. Il y a encore beaucoup à écrire.

Ce texte, c’est l’état actuel de ma réflexion sur les mouvements d’Empowerment dans la société actuelle. Et j’ai décidé de l’intituler « la fin de leur monde ». Temps de lecture : 15 minutes (cliquez ici pour la version PDF).

La fin de leur monde, c’est ce que j’essaie de décrire. C’est le sentiment qu’on vit dans un monde de plus en plus absurde. Un monde auquel on n’arrive plus à trouver un sens.

La fin de leur monde, c’est la fin de leurs institutions, auxquelles nous étions censés déléguer de pans entiers de notre existence, mais auxquelles on ne croit plus.

C’est la fin de leur Etat, dont on ne voit plus en quoi il est l’émanation de la souveraineté du peuple, en quoi il nous protège, nous assure l’égalité, l’émancipation, et l’accès aux moyens de subsistance.

C’est la fin de leur économie, de leurs marchés, de leurs échanges mondialisés. C’est la fin de leur système qui fait parcourir des milliers de kilomètres aux tomates qui arrivent dans nos assiettes, les chargeant en substances chimiques nocives pour notre santé, et les appauvrissant en micronutriments utiles à notre alimentation, tandis que notre voisin, producteur local de fruits et légumes, est acculé sous les charges, les règlements, les interdictions, les entraves au développement.

Et tout se mélange lorsqu’on nous dit que « notre » Etat doit sauver leurs banques. C’est le sentiment que c’est notre argent qui est utilisé pour sauver ceux qui ont tout perdu, en jouant avec… notre argent.  Ou lorsqu’on nous dit qu’il faut sauver leur industrie, pour sauver nos emplois, même si c’est au détriment de notre planète.

En réalité, c’est la fin de leur emploi, de leur Travail, des carrières qu’ils ont conçues pour nous (à la police, à l’armée, à la fonction publique, à la banque, à l’usine ou dans telle grande entreprise), des emplois stables, de l’épanouissement par le travail, des parcours d’insertion professionnelle pour chercheurs d’emploi. Et c’est la fin de leurs délégations syndicales, à qui on déléguait la défense de nos emplois. C’est la fin de leurs grèves…

C’est la fin de leur école, dans laquelle nous semblons tous perdus : enseignants, élèves, parents. Dans laquelle nous sommes pris entre la nostalgie des uns, dont les rappels à l’ordre et aux valeurs semblent obsolètes, et les volontés de réforme des autres, dont les innovations pédagogiques semblent désuètes. C’est le sentiment que ceux qui ont élaboré les programmes n’ont jamais enseigné dans nos écoles, à nos élèves ou à nos enfants.

Et c’est en vrac, la fin de leur médecine à laquelle on ne sait plus si on peut croire, tant elle paraît éloignée de nos maux, et de nos remèdes, de leurs médias, de leurs élections, de leurs conflits religieux, de leurs administrations.

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C’est en vrac le sentiment qu’on manque constamment de temps, qu’on court sans arrêt, sans savoir après quoi ; le sentiment que tout nous échappe ; qu’on nous en demande toujours plus, sans nous en rendre ; qu’on ne sait plus à quoi ou à qui se fier ; c’est le sentiment qu’on n’est plus les « Sujets » de nos vies, lorsqu’on est constamment l’ « objet » des réformes, des sondages, des mesures, et des dispositifs mis en place pour nous. Continue reading

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New Books (3)

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Nouvelle commande arrivée ce matin. Je serais assez heureux d’avoir votre avis sur ces différents ouvrages/auteurs, si vous les avez lus…

Comité invisible. 2007. L’insurrection qui vient. Paris : La Fabrique Editions.

Comité invisible. 2014. A nos amis. Paris : La Fabrique Editions.

Hazan, E., & Kamo. 2013. Premières mesures révolutionnaires. Paris : La Fabrique Editions.

Astruc, L. 2012. (R)évolutions. Pour une politique en actes. Actes Sud.

Dardot, P. & Laval, C. 2010. La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. Paris : La Découverte.

Rifkin, J. 2014. La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Les Editions qui libèrent.

Tous ces ouvrages ont, à mon sens, un lien avec ce que j’écris sur l’Empowerment ou la société de l’anti-délégation, mais ce sera à confirmer avec leur lecture…

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Pourquoi je vais désactiver mon compte Facebook…

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Facebook est très pratique. Pour plein de choses. Pour rester en contact avec de la famille ou des amis éloignés (géographiquement par exemple) ; pour promouvoir vos activités ; pour être informé des nouveautés dans votre domaine d’activité ; pour continuer à suivre d’anciens élèves (dans mon cas d’ex-prof) ; pour échanger, partager et discuter, sur des thématiques qui vous intéressent, au sein de groupes spécifiques, etc. 

Ces dernières années, j’ai utilisé Facebook de manière assez intensive et, je crois, professionnelle, dans le cadre de toutes mes activités. C’est pratiquement devenu l’outil professionnel principal de mes activités entrepreneuriales et d’auteur, dans le CrossFit, l’alimentation, et ce que j’écris en matière d’Empowerment.

Mais comme tout outil professionnel, il faut, je crois, pouvoir l’affûter, le rendre plus performant… ou l’abandonner pour quelque chose de plus performant encore. Les activités professionnelles elles-mêmes doivent évoluer. Je ne suis pas partisan de stagner sur les mêmes activités plus de deux ou trois ans consécutifs.

Aujourd’hui, Facebook me génère tellement d’activités (messages, commentaires, notifications, citations, publications dans des groupes, identifications, etc.) qu’au final, j’ai parfois l’impression de passer plus de temps à communiquer sur ce que je fais qu’à faire ce que je fais. C’est peut-être d’ailleurs un problème plus général de notre société ? Et plus je communique sur ce que je fais, moins j’ai le temps de faire ce que j’ai à faire. On dirait presque une variante de la célèbre phrase de George Bernard Shaw : “Celui qui peut, agit, celui qui ne peut pas, enseigne“… Ca donnerait : “Celui qui a le temps d’agir, agit, celui qui n’a pas le temps d’agir, communique“.

  « I have an account as a way of checking it out, but I’ve ‘friended’ very few people. Why? Because if I friend you, especially someone I don’t know, I’m giving you explicit permission to start a fairly intense series of interactions. This makes good commercial sense if you’re an insurance salesman or even a musician looking for gigs, but if you’ve got a limit on the time you can invest, it’s not only time-consuming, it’s a recipe to bitterly disappoint people. »

Seth Godin – Social media / Marketing Guru – about Facebook (lire l’article)

A ce manque de temps, s’ajoute la frustration de ne pas pouvoir répondre à tout le monde. A toutes celles et ceux à qui je n’ai jamais répondu (à vos messages, que j’ai parfois juste eu le temps de lire, mais pas de répondre), je vous assure que j’aurais voulu répondre : vos questions étaient intéressantes, vos sollicitations flatteuses, vos demandes légitimes, mais j’en avais parfois plus de 300, chaque soir, en rentrant chez moi.

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Vous voyez ce sentiment d’être “submergé” – “overwhelmed” disent les anglophones ? Ce sentiment qui amène plein d’entrepreneurs, de communicants, et d’autres professionnels, au burn-out ?  Et bien, j’ai décidé de reprendre l’outil en main avant que ça n’arrive. J’aimerais également – et surtout – pouvoir me recentrer sur mes activités à CrossFit Nivelles, ainsi que sur mon projet d’écriture sur les voies d’Empowerment (surtout que c’est plus que lié évidemment). Avoir plus de temps pour des interactions en direct live, en face à face. Avoir plus de temps pour ma famille et mes enfants. Ne plus avoir 35 notifications Facebook après un trajet de 10 minutes en voiture… Continue reading

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Ne laissons pas la défense des petits indépendants à la droite réactionnaire (et raciste)…

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Je voulais réagir à un article qui fait son petit buzz sur les réseaux sociaux, en ce moment, en Belgique : “L’Etat a tué mon resto préféré“. Le titre résonne évidemment avec ce que j’ai pu écrire sur l’Etat bureaucratique dans le cadre de l’ “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“.

Le restaurant dont il s’agit, c’est “Bleu de Toi”, à Bruxelles, qui a dû fermer récemment. Le premier paragraphe nous dit que “la courageuse restauratrice met la clef sous le paillasson après 22 ans. Encore un exemple de gâchis extraordinaire parce que nos politiciens n’ont pas compris que les petits indépendants sont ceux qui créent le plus d’emplois, qui dynamisent notre économie. Or, ils doivent, plus que d’autres supporter une fiscalité écrasante.”

Evidemment, en tant qu’indépendant moi-même, chef de très (petite) entreprise, je ne peux que confirmer la situation difficile de l’entrepreneuriat en Belgique (mais j’imagine que ce n’est pas tellement différent en France). Tout se passe comme si l’Etat n’était là que pour empêcher le développement de toute activité économique indépendante. Une liste infinie de réglementations, de taxations plus ou moins justifiées, d’entraves, de “bâtons dans les roues”, rend, comme le dit l’article, “la vie d’indépendant en Belgique extrêmement périlleuse“. Chaque semaine, on parle dans la presse d’une enseigne qui doit fermer, submergée par les entraves administratives, comme cette boucherie de près de 100 ans, à Pépinster , en Belgique. Continue reading

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Pour rebondir sur le dossier “Economie collaborative” de Socialter

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J’aimerais conseiller le dernier numéro de la revue “Socialter“, et son dossier sur l’économie collaborative. Si vous pouvez vous procurer la revue, foncez !

De nombreux éléments composants ce dossier rejoignent ce que j’ai pu écrire sur la notion d’Empowerment et ce que j’ai appelé la société de l'”anti-délégation”. Pour celles et ceux qui arriveraient pour la première fois sur ce blog, les bases de ce projet se trouvent dans cette introduction “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“. Deux chapitres “en construction” ont été publiés : un chapitre sur l’Etat, la bureaucratie et le travail (“6. La crise de la délégation“) et un chapitre sur l’alimentation (“7.1. Reprendre en main son alimentation et sa santé“). Un chapitre paraîtra très prochainement sur les nouvelles formes de contestation : Occupy, les Indignés, etc.

(Toutes les références (n° de page, etc.) renvoie au numéro 6 de la revue Socialter, août-septembre 2014.)

DONC, en lisant le dossier de Socialter, j’ai apprécié l’impression que “j’étais dans le bon” avec mon analyse des mouvements sociaux et culturels actuels. Uber, Airbnb, les groupements d’achats collectifs, la Ruche Qui dit Oui, le co-voiturage, Wikipedia, etc… Tout cela relève bien d’une même dynamique. (J’avais déjà fait référence à la Ruche qui dit Oui, à partir d’un article de Socialter, dans cet article…).

MAIS je pense que le coeur de cette dynamique, le point central de ces évolutions, n’est pas en soi le partage ou la collaboration. Je pense que c’est autre chose, même si ces deux dimensions en sont constitutives. Je dirais que le partage et la collaboration sont des caractéristiques descriptives des évolutions actuelles, mais qu’elles n’en sont pas des caractéristiques définitionnelles. D’où la difficulté, qu’on ressent, me semble-t-il, dans le dossier de Socialter, pour définir si l’économie collaborative est toujours de la marchandisation ou si c’est du partage, si c’est libéral ou du “communisme à la cool” (p.31). Ce genre de questions est, selon moi, inutile parce que l’économie collaborative et les logiques de partage relèvent d’un mouvement plus large, qui rend l’opposition gauche-droite obsolète, comme je l’ai expliqué ici : “2.1. Au-delà de l’opposition gauche-droite.

Pourtant, ce mouvement plus large est plusieurs fois esquissé dans le dossier. Je pense que sa caractéristique définitionnelle est : le fait de reprendre le pouvoir sur soir-même et de ne plus déléguer à des institutions ou des intermédiaires, ce que l’on peut faire soi-même. Dans l’échange et le partage de particuliers à particuliers (peer-to-peer), je crois que c’est la dimension “particuliers à particuliers” qui est la plus importante, plus que l’échange ou le partage en soi. Continue reading

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6. La crise de la délégation

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Ce texte est le chapitre 6 de l’ouvrage en cours d’écriture “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“. Toutes les infos et l’introduction à cette réflexion se trouvent ici (il est préférable de lire l’intro avant ce texte, pour bien en comprendre tout le sens, mais vous pouvez aussi vous contenter de ce texte, si seules ces questions vous intéressent… et peut-être que cela vous donnera envie d’aller voir dans quelle réflexion plus large ce texte s’inscrit ?) 😉

Vous pouvez télécharger ce chapitre 6 (Version juillet 2014) en PDF (23 pages)

Un autre chapitre, plus concret, a déjà été publié : “7.1. Reprendre en main son alimentation et sa santé

(J’en profite pour remercier les très nombreuses personnes qui m’ont envoyé des remarques, des commentaires, des suggestions. Je n’ai pas eu le temps de répondre à tout le monde. Certaines de mes réponses sont encore “en attente”, parce que je souhaite “bien” répondre à celles et ceux qui ont pris le temps de lire les premières parties et de m’envoyer des remarques intéressantes. J’ai en tout cas intégré de nombreuses remarques dans la réflexion. Merci à vous !)

*************

Chapitre 6 : La crise de la délégation

J’ai dit, dans l’introduction, que le mouvement de l’anti-délégation s’inscrivait dans une crise des piliers de la modernité, comme l’Etat, l’économie, le travail, la rationalité. Attention, je ne pense pas que la notion de « travail » soit en crise, ou que les plus jeunes générations ne veuillent plus travailler, ni que les avancées de la science fascinent moins, ni qu’il faille abandonner toute idée de construire une collectivité en partie institutionnalisée.

Je pense que le modèle « moderne » du travail, de l’Etat, de l’économie capitaliste est en crise. C’est-à-dire cette forme d’Etat, ces modes de travail, ces modalités de l’économie, qui relèvent de la bureaucratie, de la technocratie, de l’industrie, etc. Nous reviendrons sur ces dimensions. Ce dont il s’agit, c’est d’une « crise du modèle culturel de la société industrielle », comme l’avaient très bien vu Bajoit et Franssen dès 1995.  Et pour moi, ce qui caractérisait ce modèle, c’était que l’individu était appelé à déléguer une partie de sa destinée aux piliers de la société moderne.

6.1. Etatisme et capitalisme

Au cœur de la société de la délégation, en crise, se trouve l’Etat bureaucratique, moderne, et libéral.

Pour Max Weber, dont nous avons déjà parlé, l’Etat moderne et le capitalisme se sont développés ensemble. L’Etat moderne est effectivement le garant du droit rationnel, « prévisible ». En cela, il constitue la condition de l’épanouissement du capitalisme (Colliot-Thélène, 1992 :12)

C’est relativement facile à comprendre : lorsqu’on se limitait à des échanges simples, à du commerce traditionnel, local, proche du troc, c’était des règles traditionnelles (code d’honneur, etc.) qui pouvaient régir l’échange. Mais lorsqu’on échange des biens sur des marchés, avec une multitude d’intervenants, il est nécessaire qu’une instance garantisse la validité de l’échange. Continue reading

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Empowerment & Anti-délégation : un exemple de circuit court pour l’alimentation

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L’un des avantages de publier l’ouvrage “Empowerment ou la société de l’anti-délégation” au fur et à mesure, c’est de pouvoir régulièrement publier des articles sur des faits précis, et montrer en quoi ils s’inscrivent dans la réflexion plus large que je propose…

Aujourd’hui, par exemple, je lisais, dans l’excellente revue « Socialter. Le Magazine de l’économie nouvelle génération », un article sur « La Ruche qui dit Oui ».

Créée en 2011, cette entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS) a permis la création de plus de 300 « ruches », comptant 150.000 membres. Ces ruches sont des lieux d’échange entre producteurs locaux et consommateurs. Le principe ? Un particulier, une association, une entreprise, décide d’ouvrir une « ruche ». Il contacte les producteurs de fruits, légumes, viande, etc., dans un rayon de maximum 250 km. Chaque semaine, l’animateur de la ruche publie sur le site internet une liste de produits fermiers disponibles (donc locaux, de saison, etc.). Chaque producteur fixe son prix. Les consommateurs commandent sur internet. Si la commande n’est pas suffisante, il n’y a pas de livraison, il n’y a donc jamais de gaspillage. Le jour fixé, consommateurs et producteurs se retrouvent et l’échange est fait.

La vente est donc directe. C’est ce qu’on appelle le « circuit court ». Et c’est le producteur qui fixe ses prix. Il n’y a ni grossistes, ni grandes enseignes commerciales pour déterminer les prix, parfois au détriment des producteurs. De cette manière, 1.400.000 produits ont déjà été vendus (au 1er septembre 2013).

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que cela illustre une des caractéristiques de la société de l’anti-délégation : pratiquement toutes les dynamiques qui lui sont propres sont à l’œuvre dans les projets qui relèvent de cette culture. Dit autrement, la société de l’anti-délégation brouille souvent les frontières des différents champs sociaux.

Si on s’intéresse à ce ruches, on se rend compte que s’entrecroisent :

  • un attrait pour le local,
  • une utilisation optimale des moyens digitaux : internet, réseaux sociaux…
  • une logique participative,
  • la constitution d’une communauté de consommateurs,
  • la référence à l’économie collaborative.

“La Ruche qui dit Oui” soutient effectivement des appels à financement de projets agricoles sur le site KissKissBankBank, pionnier actuel du financement participatif en France.

Les échanges se font de façon horizontale et décentralisée entre particuliers et producteurs. Ca fait déjà quelques années qu’on connaît les « paniers », les AMAP (en France, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne), les GAC (groupements d’achats collectifs) ou les GAS (groupement d’achats solidaires. La ruche constitue une manière d’optimiser cette nouvelle façon de commercer, grâce à la plate-forme informatique. Une communauté se crée, grâce aux réseaux sociaux.

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Ce qui est intéressant également, c’est de voir qu’aucun label ne peut remplacer le contact direct entre un producteur et un consommateur (les ruches organisent aussi des visites des exploitations agricoles). En fait, on pourrait aller plus loin et dire que les labels – même bio – n’ont de sens que dans une économie à grande échelle, où les consommateurs et les producteurs ne se rencontrent plus. Si je n’ai aucun lien avec le producteur de ce que je mange, quelle assurance puis-je avoir quant à la qualité du produit ? Aucune. Si ce n’est un label auquel je ferais confiance parce qu’il serait garanti par une instance intermédiaire, reconnue par l’Etat (l’instance qui centralise toutes les garanties, les normes, les règles, etc.). Toute l’administration créée par les labels (nécessité pour les producteurs de répondre à des cahiers des charges très strictes) n’est qu’une conséquence d’une économie toujours plus globale, dépersonnalisante, différenciée, typique des sociétés modernes.

Ce refus des labels est un phénomène connu dans le vin par exemple, où des petits producteurs, qui travaillent de manière ancestrale, refusent de se plier aux exigences administratives (démarches à faire, cahier des charges, etc.) des labels « bio », au risque d’être perçus comme non-« bio » alors que leurs produits sont parfois plus « bio » que des vins reconnus comme « bio ». Ce sont les producteurs de vins « naturels », qui ne fait pas vraiment l’objet d’une labélisation actuellement.

Si les ruches vous intéressent, le site internet propose une carte des différentes ruches, dont 5 en Belgique.

A lire : 

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Parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60″

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Nouvelle parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60″, La Libre Belgique, sam.-dim. 28-29/12/2013, pp. 52-53. Qu’avons-nous fait des auteurs critiques des années 60 ? De Marcuse, de Debord, de Fanon, pour ne citer qu’eux… Alors qu’émerge une critique nouvelle à la fois de la société de consommation et des instances étatiques et supra-étatiques, sous les formes variées de préoccupations écologiques, de développement durable, de décroissance, de simplicité volontaire, de revendications sur les conditions de travail, des “Indignés”, de mouvements citoyens, des printemps arabes, érables, etc., les auteurs qui avaient mené cette critique dans les années 60 semblent être passés à la trappe… lire la suite.

Cet article a été écrit en août 2013, donc avant que je commence à mettre sur papier les réflexions sur l’Empowerment et la société de l’anti-délégation, dont j’ai publié l’article introductif il y a quelques jours. Mais très clairement, Marcuse, Debord et Fanon sont des auteurs qui m’ont amené à développer cette réflexion. L’article paru aujourd’hui dans La Libre Belgique fait donc tout à fait partie de la même réflexion…

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