“… Said no one ever !”. Personne ne dit jamais ça.

 

Et si on essayait de décrire la situation actuelle, en partir de ce que (presque) personne ne dit jamais ?

Exemple 1 : (Presque) personne ne dit “J’adore mon boulot ! Je m’y vois encore bien dans 10 ans !”, ou “Mon boulot est épanouissant, j’y trouve vraiment du sens, je suis fier de ce que je fais !”, ou “Chaque matin, j’ai hâte d’aller bosser !”, ou “La législation liée à mon secteur est vraiment adaptée à la réalité du terrain”, ou “L’organisation interne est hyper bien pensée, et les personnes aux postes clés sont extrêmement compétentes !”… Said No One EVER !

Au contraire, énormément de personnes se sentent frustrées dans leur emploi : mauvais fonctionnement, incompétence du n+1, du n+2, du n++….. , surcharge de boulot à cause de collègues trop souvent absents, harcèlement, sentiment de ne servir à rien, de faire toujours la même chose, de ne pas être à sa place, de ne pas être reconnu à sa juste valeur, pré-burnout, burnout, bore-out, dépression, etc. Et surtout un sentiment généralisé que tout se dégrade, qu’avant on pouvait mieux travailler, qu’avant on était plus efficaces, qu’avant l’ambiance était meilleure…

Alors, bien sûr, avant, tout le monde n’aimait pas nécessairement son boulot, et il n’est pas difficile d’imaginer que passer 10 heures au fond d’une mine n’était pas “épanouissant”. Mais le monde d’hier se structurait probablement davantage entre ceux qui étaient fiers de leur boulot (et qui pouvaient être fiers de bien faire ce qu’ils devaient faire) et ceux qui n’étaient pas satisfaits, et qui se divisaient eux-mêmes entre ceux qui avaient conscience que collectivement ils pouvaient faire changer les choses (la « conscience de classe ») et ceux qui étaient complètement résignés. Toujours ce Fight or Flight.

Aujourd’hui, tout cela semble brouillé, et nous sommes nombreux à surnager, entre deux eaux, comme si on attendait que quelque chose arrive. Un C4 ? L’effondrement du système ? Un burnout ?

Continue reading “… Said no one ever !”. Personne ne dit jamais ça.

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L’affaire ORES : Exemple parfait d’une crise de la délégation

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Après le scandale Publifin, c’est à ORES, l’opérateur des réseaux gaz et électricité en Wallonie, de se retrouver sous le feux des projecteurs. En mars de cette année, Le Vif l’Express titrait “Intercommunales : 20 milliards. La facture d’un système“. Sous-titre : “Depuis 25 ans, le prix de votre électricité est surévalué… et les politiques ont fermé les yeux“. La plupart des médias ont repris l’information, et l’on développée. Au niveau judiciaire, une information est ouverte auprès du parquet. Et au niveau politique, le Ministre wallon des pouvoirs locaux a demandé un rapport à son administration. Autrement dit, on en parle beaucoup, et on va continuer à en entendre parler…

Mais sommes-nous, nous citoyens, capables de comprendre quelque chose à cette affaire ? Je voudrais essayer de vous expliquer tout cela, de la manière la plus simple et la plus exacte possible. Mon point de vue est celui d’un citoyen lambda, qui regarde l’ensemble du système, la “big picture“, avec un point de vue “extérieur”, “outside of the box“, un peu comme cet enfant de la fable des “Habits neufs de l’empereur” (Andersen) qui, hors des arcanes du pouvoir, peut dire tout haut ce qu’on ne s’autoriserait pas à dire dans les milieux initiés, dans la “box”, dans le système, etc…

D’autant plus que le coeur du problème est précisément une faillite des instances à qui nous avons délégué tout un ensemble de pouvoirs. Si vous me suivez depuis un petit temps, vous savez que c’est sur cette “crise de la délégation” que j’écris principalement depuis quelques années. Et face à toute crise de la délégation, les mouvements qui émergent sont dans une dynamique d’empowerment, de reprise en main des choses par les citoyens. Ici, c’est au niveau de l’énergie et de la démocratie locale que cette réappropriation d’un pouvoir citoyen pourrait émerger.

Bon. Partons d’une situation qui serait idéale en matière de gestion démocratique de la production et de la consommation d’énergie. Quel est l’engagement de la “démocratie représentative” ? C’est que nous puissions élire des personnes qui nous “représentent” pour prendre tout un ensemble de décisions à notre place, cela parce que la complexité d’une société fait que tout le monde ne sait pas à tout moment prendre part à toutes les décisions.

L’énergie est un enjeu extrêmement important, parce que nous sommes tous concernés, au quotidien, et que la manière dont nous produisons cette énergie a un impact potentiel sur toutes les personnes vivant sur notre territoire, et même sur celles qui naîtront dans le futur, en terme de pollution, de réchauffement climatique, etc.

Alors quelle est la chaîne décisionnelle sur cet enjeu fondamental ? Continue reading L’affaire ORES : Exemple parfait d’une crise de la délégation

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Parution d’un de mes articles sur le site du Réseau Transition.be

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Le site Réseau Transition.be relaye mon analyse de l’enquête de la RTBF “Génération Quoi ?” consacrée aux 18-34 ans en Belgique francophone.

J’y reviens sur leur rapport à la politique et à l’engagement, ainsi que leur rapport aux études et au travail. Le point intéressant est qu’un tiers des jeunes se définissent eux-mêmes comme la “génération transition”.

J’avais publié cet article, sur mon blog, ici.

Je suis très flatté que le réseau Transition ait relayé ce texte. Je suis moi-même investi dans “Genappe en Transition“, le groupe d’habitants de Genappe qui se mobilisent, réfléchissent et agissent pour prendre en main la transition énergétique, écologique et politique à Genappe.

Je vous encourage vivement à aller jeter un coup d’oeil sur le site Réseau Transition.be

Regardez s’il y a des initiatives similaires dans votre commune. Et si ce n’est pas le cas, à vous d’en lancer une ! 😉

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Nouvel article paru sur Usbek et Rica

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Populisme vs renouveau citoyen : que faire quand la société coule ?“, Usbek et Rica, décembre 2016.

L’époque actuelle peut paraître incompréhensible. D’un côté, l’accession au pouvoir de leaders populistes, la libération de la parole raciste et des déchaînements de haine envers les réfugiés ; de l’autre, l’émergence de mouvements citoyens qui consacrent, dans la veine du film Demain, des initiatives solidaires, de partage, éco-responsables. Analyse de ces dynamiques antagonistes, par Yves Patte, sociologue et lecteur participatif d’Usbek & Rica.

J’y développe cette métaphore du bateau qui coule, et des différentes voies qui émergent de cette situation-là. Une première version se trouve ici. Et c’est aussi la trame de fond de cette conférence, que j’ai donnée à Paris, en juin 2016… J’y rajoute des références au Brexit et à l’élection de Donald Trump.

Merci à Usbek et Rica d’avoir publié ce texte !! Déjà beaucoup d’échanges intéressantes à la suite de cette parution ! N’hésitez pas à me faire part de vos avis, de critiques, de votre vécu par rapport à cette situation, etc.

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La “Génération Transition” : Retour sur l’enquête “Génération Quoi ?” de la RTBF

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Petit retour sur l’enquête “Génération Quoi ? – Autoportrait des 18-34 ans en Belgique francophone“, réalisée par la RTBF et analysée par les sociologues Johan Tirtiaux et Jérome Pieters. Pas mal de choses ont été écrites ou commentées lors de la parution de l’enquête, la semaine passée, mais je voulais revenir sur quelques éléments qui me semblent importants, dans une optique de mobilisation collective.

Les jeunes veulent s’engager : 61% d’entre eux déclarent qu’ils seraient prêts à participer demain ou dans les mois prochains à un mouvement de révolte de grande ampleur. C’est surtout le cas des ouvriers (73%) et des chômeurs (68%).

  • 95% pensent que l’argent tient une place trop importante dans notre société,
  • 95% pensent que la finance dirige le monde,
  • 94% pensent qu’il y a trop d’injustice.

Mais l’offre politique actuelle ne répond à aucune de leurs attentes d’engagement : 90% des répondants déclarent ne pas avoir confiance dans la politique. Imaginez un peu : seule une personne entre 18 et 34 ans sur 10 a encore confiance dans la politique, telle qu’elle se présente actuellement, avec ses partis, son système électoral, ses institutions. 57% ne voudraient pas s’engager dans une organisation politique (alors que, comme on vient de le montrer, 61% seraient prêts à participer à un mouvement de révolte).

DENVER - AUGUST 27: (L-R) Jojo Peace, Jamie Laurie, lead singer of the Flobots and Zach de la Rocha (C) lead singer of Rage Against the Machine join the Iraq Veterans Against The War group in an anti-war march from the Denver Coliseum to the Pepsi Center during the 2008 Democratic National Convention on August 27, 2008 in Denver, Colorado. U.S. Sen. Barack Obama (D-IL) will be officially be nominated as the Democratic candidate for U.S. president on the last day of the four-day convention. (Photo by Doug Pensinger/Getty Images)
(Photo by Doug Pensinger/Getty Images)

Les auteurs de l’étude rajoutent : “les jeunes semblent déçus par des hommes politiques qui ne leur paraissent pas à la hauteur des problèmes de nos sociétés et des problèmes qu’ils rencontrent“.

Continue reading La “Génération Transition” : Retour sur l’enquête “Génération Quoi ?” de la RTBF

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Il faut un nouveau modèle de participation politique

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Dans un contexte de crise du modèle politique, de montée de l’extrême-droite partout en Europe, et d’un fossé grandissant entre le peuple et les institutions, les mouvements porteurs de revendications nouvelles, au niveau environnemental, alimentaire, énergétique, social, économique, etc., doivent se doter d’un nouveau modèle politique, basé sur la nature de leurs revendications.

Ce texte fait suite à deux articles que j’ai lus récemment. Le premier est la publication d’un sondage récent RTBF – La Libre – Dedicated montrant qu’un belge sur deux est favorable à la fin du vote obligatoire. Sans obligation, il n’y a plus que 65% des Belges qui iraient voter.

Ca confirme un sondage plus ancien (2014) qui montrait que la population âgée de 25 à 35 ans – ces fameux Millenials, Génération Y, etc. – n’attendent plus rien de la politique. 96% d’entre eux pensent que la politique n’apportera aucune réponse à leurs problèmes…

Le deuxième article est un espèce de coup de gueule de Quitterie de Villepin, intitulé “2017-2022 : subir est la pire des options. Tic, tac, tic, tac…“, publié sur son blog, sur le site de Media Part.

Je ne peux que vous conseiller de lire ce texte, long, mais qui résume tout l’enjeu des années à venir : “choisir ou subir, c’est la seule question“, et je la rejoins pleinement dans cette affirmation. Quitterie de Villepin est une militante des nouvelles formes de participation citoyenne. Elle est, entre autres, à l’origine du mouvement politique “MaVoix“, qui veut redonner le pouvoir aux citoyens. L’objectif de MaVoix est de hacker les législatives de 2017, en France, en faisant élire à l’Assemblée nationale, des candidats de ce mouvement citoyen, tirés au sort. En mai 2016, ils se sont présentés aux législatives partielles, à Strasbourg, avec un résultat tout à fait prometteur.

Dans son article, Quitterie écrit :

Nous voulons pouvoir choisir, pour pouvoir assumer notre part de responsabilité et ne plus subir sans qu’on nous demande notre avis sur des questions aussi essentielles qui engagent notre avenir et celui de nos enfants“.

Elle rajoute :

Si tu ne choisis pas de te redonner les moyens de décider, décider vraiment, pas juste en te défaussant sur les autres, alors, tu ne pourras que subir. Et ça concerne directement tous les aspects de ta vie, de nos vies.

Je suis tout à fait convaincu que cohabitent actuellement un ras-le-bol de devoir donner sa voix à des gens qui en feront n’importe quoi, et une vraie volonté de se redonner un pouvoir de décision, avec de nouvelles formes de mobilisation politique. Et cette cohabitation est la tension entre “délégation” et “empowerment”, qui, je crois, caractérise notre période actuelle.

Je m’explique… La société industrielle, moderne, capitaliste et étatique, qu’on a connue depuis, disons, le début du 20ème siècle, est entièrement basée sur la “délégation” : en gros, dans tous les domaines, la division du travail poussée à l’extrême, amène à déléguer des pans entiers de notre existence, comme autant de chèques en blanc, à des prestataires de services ou des fournisseurs de produits. Continue reading Il faut un nouveau modèle de participation politique

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Brève réflexion sur le débat à propos du burkini

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OK, s’il avait fallu inventer une actualité pour illustrer la nécessité d’une approche centrée sur la notion d’‪#‎Empowerment‬, on n’aurait pas pu imaginer mieux que celui du burkini…

Une des choses qui distinguent encore et toujours l’homme et la femme – pratiquement partout dans le monde ! – c’est que le corps de la femme reste l’OBJET de débats. C’est pourquoi la notion d’Empowerment s’est beaucoup développée dans les mouvements d’émancipation des femmes, luttant pour se réapproprier leur corps, c’est-à-dire la possibilité d’être des “Sujets”.

Ca dépasse de loin l’idée de “corps-objet” dans la pub, etc., c’est plus largement l’idée que le corps de la femme est l’objet de débats, de discussions, d’interdictions, etc. Débats politiques, débats éthiques, débats religieux, débats culturels. Le corps de l’homme, lui, ne l’est pas.

Le corps d’un homme lui appartient. Le corps d’une femme appartient encore à la société. C’est cela, la domination.

Être “Sujet” de son corps, c’est en être pleinement maître. C’est le fait que son corps ne soit pas “objet” de débats et de jugements (positifs ou négatifs). Il suffit d’aller sur une plage, au bord d’un terrain de foot… ou dans une salle Crossfit, pour se rendre compte que la plupart des hommes ne se demandent pas s’ils sont assez minces, ou assez musclés, ou assez bronzés, ou assez épilés, ou assez poilus, ou assez tout ce qu’on veut, pour se mettre torse nu. S’ils ont chaud, ils se mettent torse nu. Point. Et toute la différence est là.

Défendre le burkini, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Défendre la nudité féminine, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Ces questions n’ont aucun sens.

Pour celles qui “vivent” ces questions (port du voile, burkini, mini-jupe, harcèlement de rue, etc.), les débats politiques traditionnels (gauche, droite, centre, République, laïcité, etc.) n’apportent rien. Au contraire, ils désapproprient les femmes du droit d’être sujet de leur corps, en faisant de celui-ci l’objet de leurs débats.

Il faut de nouvelles catégories de pensée, construites par la volonté des individus et des peuples d’être “Sujets” de leur développement. L’Empowerment, c’est exactement ça, et c’est pour cela que je bosse là-dessus.

Merci à Vincent Lahouze d’avoir partagé cette image qui illustre parfaitement ce que je veux dire !

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Brève réflexion sur l’insécurité et le monopole de l’Etat

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Dans un monde où les dirigeants n’ont rien vu venir de la radicalisation islamiste d’une certaine jeunesse, du repli identitaire xénophobe d’une autre, et du sentiment d’abandon des derniers, tout se passe comme si ces mêmes dirigeants n’arrivaient pas non plus à comprendre l’insécurité que ressent la population face à la montée des actes terroristes en France, en Belgique, en Allemagne, et un peu partout ailleurs. Dans l’illusion de leur propre sécurité, ils renvoient les “petites gens” à l’irrationalité de leur insécurité, au milieu de la foule, dans la rue, ou dans les transports en commun.

Ils nous disent : “Arrêtez de stresser. Vous êtes en sécurité. Continuons à vivre comme avant. Nous gérons”. La gestion de la sécurité est en fait un sujet central pour un sociologue (surtout un Wébérien). Etant potentiellement liée à la violence physique, la sécurité est au coeur de ce qui caractérise un “Etat” en sociologie : “le monopole de la violence physique légitime”. Seul l’Etat et ses représentants ont le droit d’appliquer des mesures de sécurité.

Alors, dire au petit peuple de ne pas se préoccuper de sa sécurité, c’est aussi rappeler à ce petit peuple que ce n’est pas lui qui dirige. Et par un tour de passe-passe, comme ceux que Bourdieu aimait dévoiler, les dirigeants peuvent défendre leur pouvoir, en prétendant (même de bonne foi) défendre la population.

Au coeur de notre société, il y a la “délégation“, le fait de déléguer à des structures (étatiques, économiques, politiques, institutionnelles, etc.) tout un ensemble de choses : le fait de nous fournir du travail, de décider pour nous, de nous nourrir, etc. Mais peut-être plus que tout, il y a le fait d’avoir délégué à l’Etat le fait de nous défendre. Le sentiment d’insécurité est au coeur de la faillite de cette société.

Image : Max Weber (1919) “Le Savant et le Politique“, Edition française 1959, introd. par Raymond Aron, Paris : Plon, p. 113.

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Brève réflexion sur notre désappropriation alimentaire

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Dans une perspective historique, ça ne fait pas très longtemps que notre alimentation s’est dégradée. Nos grands-parents ou arrières-grands-parents étaient, pour l’essentiel, capables de se nourrir par eux-mêmes : un potager, des poules, des lapins, quelques bêtes (souvent un cochon), des produits issus des fermes locales, de saison, pas de pesticides, etc. Ils mangeaient comme pas mal de gens voudraient arriver à re-manger actuellement.

Ce n’est qu’à la fin des années ’50 qu’on a commencé à se dire qu’on pourrait à la fois se décharger de la production de notre alimentation, et se libérer des contraintes de la nature, en déléguant toute notre alimentation à une minorité de producteurs, qui produiraient n’importe quel aliment, n’importe où, à n’importe quel moment de l’année, pour tout le monde. Et on s’est dit que c’était normal d’acheter des tomates cultivées en serres, à 3000 km, qui auront pris l’avion avant d’arriver dans nos assiettes en plein hiver… Toute la société a participé à cette erreur : producteurs, consommateurs, agriculteurs, distributeurs, vendeurs, industriels. Parce que c’était moderne, parce que c’était pratique, parce que c’était une belle promesse, parce que ça rapportait de l’argent. Mais toute un ensemble de maladies liées à l’alimentation ont grimpé en flèche, les terres agricoles se sont appauvries, la planète s’est réchauffée, et il y a un milliard d’êtres humains qui souffrent de malnutrition.

Mais 70 ans, c’est une toute petite erreur à l’échelle de notre Histoire. Si on fait le calcul depuis les premières sociétés sédentarisées (donc depuis qu’on n’est plus chasseurs-cueilleurs), ça fait moins d’1% de notre histoire ! En gros, c’est comme rater une sortie d’autoroute lorsqu’on part en vacances, c’est moins de 5 minutes sur un trajet de 8 heures ! C’est quoi 5 minutes ? Il est facile de retrouver la bonne route – elle n’est qu’à quelques minutes derrière nous ! – et ça n’a pas d’impact majeur sur le trajet…

… Bien sûr, c’est dans le cas où on se rend compte assez tôt qu’on fait fausse route, et qu’on cherche à retrouver le bon chemin. Si on s’obstine à poursuivre sur la route qu’on a prise en se trompant de sortie, les conséquences risquent d’être plus graves, et on arrivera moins vite, plus difficilement, ou pas du tout à destination…

Si vous voulez aller plus moi, cette réflexion rejoint ces 2 chapitres du livre en cours d’écriture :
Reprendre en main son alimentation et sa santé
Fuck this shit !! I’m gonna eat my own food !!

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Brève réflexion sur les tueurs de masse

Terrible-attentat-a-Nice-sur-la-promenade-des-Anglais-apres-le-feu-dartifice-lors-de-la-fete-nation_exact1024x768_lJe suis convaincu qu’on se trompe en cherchant systématiquement à savoir si les tueries de masse relèvent d’un fou furieux ou d’un fou de dieu, comme s’il s’agissait de deux choses différentes, qui s’expliqueraient différemment. Savoir si le tueur “s’était radicalisé”, en quelques années, ou quelques jours, n’a aucun sens, et n’explique rien. Ca laisse juste dans l’incompréhension.

Regardons :

  • Massacre de Columbine : 12 morts. Dylan Klebold : dépressif et suicidaire; Eric Harris : Psychopathe. Se sentant tous les deux persécutés par les autres élèves.
  • Andreas Behring Breivnik : 77 morts. Schizophrène. D’extrême-droite.
  • Andreas Lubitz : Se suicide en crashant son avion. 150 morts. Dépressif, en burnout, tendance suicidaire, se sent victime d’injustice.
  • Attentats de Paris : 130 morts. Attentats de Bruxelles : 32 morts. Des petits délinquants, au passé de petite criminalité, désocialisés, parfois déscolarisés et sans emploi, vivant dans les quartiers les plus paupérisés. Sentiment de ne plus pouvoir vivre ici en Occident.
  • Tuerie d’Orlando: 49 morts. Omar Mateen : instable, violent, bipolaire, raciste, homophobe. Prête allégeance à l’Etat islamique quelques heures avant l’attentat.
  • Tuerie de Nice : 84 morts. Mohamed Lahoueij-Bouhlel : dépressif, solitaire, isolé. “Radicalisé en quelques jours”.
  • Tuerie de Munich : 9 morts. 5 ans, jour pour jour après Breivnik. Auteur : dépressif. Pas de lien avec l’Etat islamique.
  • Attentat de Ansbach (Allemagne) : 15 blessés. Auteur : réfugié syrien, 2 tentatives de suicide dans le passé, séjour en clinique psychiatrique. Revendiqué par l’Etat islamique.

Si on passe son temps à chercher le lien avec l’Etat islamique, on passe à côté de ce qui pourrait, dans notre société, produire de tels profils.

Dans “Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?“, j’ai écrit : “La question est : comment est-ce possible que des jeunes élevés ici aient développé une telle haine envers notre société ? (…) Je pense qu’on est plus proche de la réalité sociologique en disant que certains “enragés” se sont islamisés, plutôt qu’en disant que l’islam s’est “enragée”, ce qui ne correspond pas à la réalité des millions de musulmans en Occident. Le problème est qu’à cette haine islamisée, va répondre une haine de l’islam. On commence très clairement à le voir. (…) La jeunesse sans avenir a pu expérimenter son ‘no future’ sous de nombreuses formes : conduites para-suicidaires, comportements à risque (drogues, mise en danger de soi), auto-destruction (de soi ou de son lieu de vie, lorsqu’on brûle son propre quartier), décrochage, abandon, vie dans la rue, rejet, galère, etc.

Je rajouterais que mettre l’accent sur le caractère islamiste des tueurs de masse revient à faire le jeu de l’Etat islamique : tous les dépressifs, suicidaires, perçus comme des rebus de la société, peuvent en se laissant pousser la barbe quelques jours (comme le tueur de Nice), mourrir non pas dans l’anonymat et l’insignifiance, mais comme des “soldats du Califat”…

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