La charte officielle des gilets jaunes

(Je copie ici la Charte officielle des gilets jaunes et ses 25 propositions. Non pas que je sois d’accord avec chacune de ces propositions, mais parce que je pense qu’il y a un énorme travail d’écoute à faire, de la part de celles et ceux qui tentent de comprendre le monde actuel : en particulier un travail d’écoute de ces revendications qui dépassent toutes les catégories politiques institutionnalisées… Et comme je ne trouvais pas cette charte en version texte ailleurs, je l’ai recopiée ci-dessous).

I – ECONOMIE / TRAVAIL

  1. ÉTATS GÉNÉRAUX de la fiscalité. Inscrire dans la Constitution l’impossibilité pour l’Etat de prélever plus de 25% de la richesse des citoyens.
  2. AUGMENTATION immédiate du SMIC, des retraites et des minima sociaux de 40%.
  3. EMBAUCHE MASSIVE de fonctionnaires pour rétablir la qualité des services publics avant la RGPP* : gares, hôpitaux, écoles, postes.
  4. LOGEMENTS : plan de construction de 5 millions de HLM afin de faire baisser les loyers, le foncier et redynamiser l’économie par l’embauche. Punir lourdement les préfets et maires qui laissent des SDF dormir dehors.
  5. BANQUES : les rendre plus petites afin de se protéger des crises, casser les monopoles, séparer le spéculatif du dépôt et interdire le renflouement public.
  6. ANNULER LA DETTE : celle-ci n’a pas lieu d’être, elle a déjà été remboursée plusieurs fois.

II – POLITIQUE

  1. CONSTITUANTE : Réécrire une Constitution par le peuple et pour les intérêts du peuple souverain. Mise en place des référendums d’initiative populaire.
  2. INTERDICTION DES LOBBYS et autres réseaux d’influence. Exclusion définitive de la vie politique de tout élu ayant un casier judiciaire, mettre fin au cumul des mandats.
  3. FREXIT : sortie de l’UE afin de regagner nos souverainetés politique, monétaire et économique (respect du référendum de 2005), regagner notre droit de battre monnaie en sortant de l’article 123 du traité de Lisbonne (50 milliards d’euros d’économies par an).
  4. ÉVASIONS FISCALES : récupérer les 80 milliards d’euros abandonnés par l’État chaque année au CAC 40.
  5. ARRÊT IMMÉDIAT DES PRIVATISATIONS et récupération des biens publics : autoroutes, aéroports, parkings, SNCF…
  6. RADARS ET VERBALISATIONS : retrait des radars inutiles et de la verbalisation vidéo qui n’est rien d’autre qu’une taxe déguisée.
  7. ÉDUCATION NATIONALE : exclure toute idéologie de ce ministère et mettre à plat les techniques éducatives destructrices (méthode globale…)
  8. JUSTICE : quadrupler son budget et limiter dans la loi les durées des procédures. Simplifier et rendre la justice totalement gratuite et accessible à tous.
  9. MEDIA : casser les monopoles et le copinage médiatico-politique. Rendre les médias accessibles aux citoyens et garantir la pluralité d’opinion. Mettre un terme à la propagande des éditocrates. Retirer la subvention publique des médias (2 milliards par an) ainsi que les niches fiscales des journalistes.
  10. GARANTIR LA LIBERTÉ des citoyens et inscrire dans la Constitution l’interdiction à l’État de s’ingérer dans l’enseignement, l’éducation, la santé, la famille…

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Ceux “qui disent” et ceux “à qui on dit”…

Aujourd’hui, une des lignes de fracture de la société (ou peut-être “LA” ligne de fracture) est celle qui oppose celles et ceux “qui disent” et celles et ceux “à qui on dit”.

Les amoureux du verbe auront remarqué que cette ligne de fracture oppose une forme “active” (ceux qui disent), et une forme “passive” (ceux à qui on dit). Ce serait la même chose en anglais entre “those who tell” et “those who are told”…

Celles et ceux à qui “on dit” sont de loin les plus nombreux. On leur a dit d’acheter des voitures Diesel, puis on leur a dit que l’essence était moins polluante. On leur a dit d’utiliser tels ou tels produits phytosanitaires, puis on leur a dit que c’était dangereux pour la santé et la planète. On leur a dit de se former pour bosser dans tel secteur, puis on leur a dit que ce secteur n’avait aucun avenir. On leur a dit d’enseigner de telle manière, puis on leur a dit qu’on allait réformer l’enseignement. On leur a dit de manger des céréales à chaque repas, puis on leur a dit que leurs troubles de santé étaient dus au gluten. On leur a dit d’épargner, puis on leur a dit que l’épargne ne rapportait rien. On leur a dit d’attendre leur retraite, puis on leur a dit que leur retraite n’était pas tout à fait assurée… Je continue ? 

Vous l’avez compris, ce sont celles et ceux qui subissent les décisions qui viennent d’en haut, des “experts”, des “dirigeants”. En grammaire, dans la forme passive, le sujet subit toujours l’action… Celles et ceux “à qui on dit” subissent les nouvelles réglementations, les nouvelles directives, les nouvelles circulaires, les nouvelles consignes… qui viennent de celles et ceux qui ont le pouvoir, le “pouvoir de dire”. De dire ce qui est “Bien”, ce qui est “Mal”, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.

Réacquérir du pouvoir d’agir, c’est redevenir “actif” au sens grammatical du terme, c’est être à nouveau le “sujet de l’action”. C’est retrouver de la capacité d’agir, c’est de l’encapacitation, de l’Empowerment en anglais.

La démocratie participative, ça passe par le fait qu’il n’y ait pas de différence entre celles et ceux qui disent et celles et ceux qui subissent : les enseignants doivent pouvoir décider de l’enseignement, les agriculteurs de l’agriculture, les travailleurs du travail, les usagers de la route de l’usage de la route, les mangeurs de ce qu’ils mangent, les médecins de la médecine, etc., etc., etc…

La participation, c’est permettre aux gens de se mêler de ce qui les regarde !

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Réflexion sur la Transition

Récemment, Transition Network, le réseau international de la Transition, invitait à réfléchir aux défis de la transition, avec un texte très complet, intitulé « It’s time to talk about We ». Le texte a été relayé par le réseau belge « Réseau Transition.be », lui-même actuellement en phase de réflexion…

Voilà le cadre… Et j’avais envie de rebondir sur certains points qui me parlent beaucoup, et d’éventuellement proposer quelques pistes de réflexion. Je reprends l’ordre des différents chapitres du texte.

1. Les ressources.

On en a toutes et tous fait l’expérience dans nos initiatives : temps et argent manquent presque toujours.

Le temps…

L’immense majorité de celles et ceux qui s’engagent dans des initiatives en transition doivent jongler entre cet engagement, leur boulot et leur vie de famille.

L’argent…

Je pense que culturellement (ou disons, sociologiquement), la Transition émerge et s’inscrit dans un tissu social et socio-professionnel très « subventionné ». Je m’explique : il faudrait le vérifier statistiquement, mais j’ai l’impression qu’on rencontre, dans les initiatives en transition, énormément de personnes qui travaillent dans les secteurs du social, de la culture, de l’associatif, de l’éducation, de la fonction publique, de l’aide à la personne (donc des secteurs qui vivent surtout de subventions et d’argent public). C’est finalement logique que beaucoup de transitionneurs et transitionneuses soient dans ces secteurs : ce sont probablement les premiers à se rendre compte des méfaits du modèle de société actuel. Ils ont généralement fait des études supérieures, leur donnant les outils pour réfléchir à la société actuelle. Et ils ont souvent souvent une certaine expérience de l’engagement politique (au sens large), de la mobilisation collective, etc.

Mais l’effet secondaire est que souvent, la viabilité de l’initiative n’est pensée que par rapport à des subventions. On ne cherche pas des « clients », mais des « appels à projets ». Et très souvent, on construit les initiatives en transition sur le modèle « ASBL financée par des fonds publics, quelques permanents salariés de l’ASBL, et des bénévoles », alors que rien n’implique intrinsèquement que ces initiatives se développent sur ce modèle-là. Continue reading Réflexion sur la Transition

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La participation, c’est…

 

La “participation” (citoyenne) recouvre tout un ensemble de conceptions, de pratiques, de procédures. Voici quelle en serait ma définition :

“La participation, c’est permettre aux gens de se mêler de ce qui les regarde”

Cette définition m’est venue à la lecture d’une citation du philosophe et poète, Paul Valéry (1871-1945) : “La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde.”

… Du coup : la participation est-elle l’inverse de la politique ??

Vous avez une heure ! 😉  Three-Two-One… Go !

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“La délégation et le fétichisme politique” de Bourdieu : L’auto-défense contre la magie politique

Il y a un texte que je ne me lasse pas de lire et relire, depuis près de 20 ans, c’est “La délégation et le fétichisme politique“* de Pierre Bourdieu. Ce petit texte est un bijou de déconstruction de choses qui paraissent évidentes en matière de politique. Je pense que toute personne intéressée par la politique devrait se plonger dedans. C’est presque un manuel d’auto-défense citoyenne pour ne pas croire en n’importe quoi.

Bourdieu cherche à comprendre pleinement cette espèce d’ “acte magique” par lequel un individu se voit investi des pouvoirs d’un groupe. C’est ce qu’il appelle “le mysterium du ministerium”.

Du coup, j’ai toujours perçu ce texte comme le dévoilement d’un tour de magie. Une fois qu’on sait, ce n’est plus la même chose : on peut toujours être impressionné par le dispositif mis en œuvre par le magicien, mais on sait qu’il y a un truc. Bref, on ne voit plus la (magie) politique de la même manière !

Je vais essayer d’en résumer au moins une partie…

Bourdieu part de cette question : si c’est nous qui déléguons une partie de notre pouvoir aux hommes et aux femmes politiques, comment se fait-il qu’ils apparaissent comme ayant du pouvoir sur nous ? Il demande :

[259] “Mais s’il est vrai que déléguer, c’est charger quelqu’un d’une fonction, d’une mission, en lui transmettant son pouvoir, on doit se demander comment il peut se faire que le mandataire puisse avoir du pouvoir sur celui qui lui donne son pouvoir.”

Du coup, c’est bien une forme de “fétichisme“, au sens où Marx parlait de “fétichisme de la marchandise” dans Le Capital : lorsque des choses produites par l’Homme acquièrent une vie propre au point qu’on oublie qu’elles aient été produites par l’Homme.**

[261] “Les fétiches politiques sont des gens, des choses, des êtres, qui semblent ne devoir qu’à eux-mêmes une existence que les agents sociaux leur ont donnée ; les mandants adorent leur propre créature.”

Thierry Ehrmann Cropped by Vladimir Koznyshev

Et tout comme chez Marx le “fétichisme de la marchandise” (et de sa valeur) est au principe de l’aliénation, Bourdieu peut dire que :

[261] “C’est le travail de délégation qui, étant oublié et ignoré, devient le principe de l’aliénation politique.”

Donc => toutes les institutions, les partis, les fonctions politiques ne sont que des choses que nous avons créées, et les dirigeants sont simplement des gens que nous avons décidé de mettre dans ces institutions, ces partis, ces fonctions. Rien de plus finalement. Ce sont “nos créatures”. Mais on en vient à l’oublier au point qu’ils peuvent se présenter à nous comme ayant toujours existé. Mieux : comme s’il n’était pas possible de se passer d’eux ! L’aliénation, elle est là !

Pour expliquer cela, Bourdieu se réfère à “L’Antéchrist” de Nietzsche :

[267] “Premier procédé que peut employer le ministre, celui qui consiste à se faire apparaître comme nécessaire. (…) Ce que suggère Nietzsche, c’est que (…) l’intermédiaire doit produire le besoin de son propre produit. Et pour cela, il faut qu’il produise la difficulté qu’il sera seul à pouvoir résoudre.”

Ça parle ça, non : “produire la difficulté qu’il sera seul à pouvoir résoudre” ? 🙂 Ces institutions ou organismes (de contrôle par exemple) qui n’ont pas 20 ans, et qu’on nous présente comme tout à fait essentiels à notre survie, ces hommes et femmes politiques qui nous expliquent tout ce qu’ils ont mis en place d’ultra bénéfiques à nos sociétés ? Ces élus locaux (en fait, c’est encore plus vrai quand ils sont dans l’opposition) qui nous expliquent à quel point leur combat a été important pour la commune !

Bourdieu continue de citer Nietzsche :

[268] “Le mandataire opère ainsi (…) une ‘transformation de soi en sacré’. Pour faire éprouver sa nécessité, le mandataire recourt aussi à la stratégie du ‘dévouement personnel’. (…) Le mandataire est celui qui s’assigne des tâches sacrées.”

En fait, le mandataire, par une espèce de “mauvaise foi” (et Bourdieu se réfère ici à la “mauvaise foi” de Sartre, dans “L’Etre et le Néant”), se ment aussi à lui-même :

[268] “le prêtre, dit Nietzsche, est celui qui ‘appelle Dieu sa propre volonté’ (On pourrait dire de même que l’homme politique appelle peuple, opinion, nation, sa propre volonté).”

Et c’est là que ça devient encore plus intéressant – et plus subtil (que tout ce qu’on peut lire actuellement sur la politique !) : le magicien (politique) croit en son propre tour de magie ! Et c’est ça qui fait le cœur du “mystère du ministère”, que Bourdieu appelle également l’”imposture légitime” :

[274] “les mandataires ne sont pas cyniques (ou beaucoup moins et beaucoup moins souvent qu’on ne pourrait le croire), (…) ils sont pris au jeu et (…) ils croient vraiment à ce qu’ils font.”

Et ça, c’est très important pour comprendre la politique : on ne peut pas simplement opposer une “représentation naïve du mandataire dévoué, du militant désintéressé, du dirigeant plein d’abnégation” à une “vision cynique du mandataire comme usurpateur conscient et organisé”.

[273] “L’imposture légitime ne réussit que parce que l’usurpateur n’est pas un calculateur cynique qui trompe consciemment le peuple, mais quelqu’un qui se prend en toute bonne foi pour autre chose que ce qu’il est.”

Bourdieu aboutit donc à une conclusion tout à fait non-manichéenne : il n’y a pas les “bons” politiques honnêtes et désintéressés et les “mauvais” politiques malhonnêtes et intéressés (par le pouvoir, l’argent, etc.). Il y a un “jeu” politique, dans lequel ils sont toutes et tous pris, et cela en toute bonne foi.

Et plus les uns et les autres tentent de nous faire croire qu’ils sont les “bons” face à leurs adversaires qui sont les “mauvais” (“Votez pour nous“, “Renversons la majorité en place“, etc.), au plus ils sont eux-mêmes pris dans ce jeu. Et plus ils y croient eux-mêmes, au plus ils vont arriver à nous faire y croire. Il suffit d’aller sur Twitter pour se rendre compte à quel point certains se font les défenseurs, de bonne foi, des institutions en place : l’ “Etat de droit”, la Loi, les partis, la Fonction publique, etc.

Et c’est comme ça que Bourdieu termine sur cette dernière phrase :

[279] “La révolution contre la cléricature politique, et contre l’usurpation qui est inscrite à l’état potentiel dans la délégation, reste toujours à faire.”

Je pense que c’est maintenant, plus que jamais, qu’il faut opérer cette révolution par laquelle on déconstruit l’idée même de délégation politique et tout ce qui va avec, en particulier la particratie.

Cette dernière phrase du texte “La délégation et le fétichisme politique” est très exactement la première phrase de mon livre en cours sur l’Empowerment et la crise de la délégation…. 😉 #JyBosseJyBosse

* “La délégation et le fétichisme politique” (tiré d’une conférence donnée à l’Association des étudiants protestants de Paris, le 7 juin 1983) a d’abord été publié dans Actes de la Recherche en Sciences sociales, 52-53 (juin 1984), pp. 49-55 (en photo). La version que je cite ici est publiée dans “Langage et pouvoir symbolique”, Paris : Editions du Seuil, 2001, pp. 259-279.

**Marx, K. 1993. Le Capital. Livre premier, Paris : PUF, p. 83.

 

 

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“… Said no one ever !”. Personne ne dit jamais ça.

 

Et si on essayait de décrire la situation actuelle, en partir de ce que (presque) personne ne dit jamais ?

Exemple 1 : (Presque) personne ne dit “J’adore mon boulot ! Je m’y vois encore bien dans 10 ans !”, ou “Mon boulot est épanouissant, j’y trouve vraiment du sens, je suis fier de ce que je fais !”, ou “Chaque matin, j’ai hâte d’aller bosser !”, ou “La législation liée à mon secteur est vraiment adaptée à la réalité du terrain”, ou “L’organisation interne est hyper bien pensée, et les personnes aux postes clés sont extrêmement compétentes !”… Said No One EVER !

Au contraire, énormément de personnes se sentent frustrées dans leur emploi : mauvais fonctionnement, incompétence du n+1, du n+2, du n++….. , surcharge de boulot à cause de collègues trop souvent absents, harcèlement, sentiment de ne servir à rien, de faire toujours la même chose, de ne pas être à sa place, de ne pas être reconnu à sa juste valeur, pré-burnout, burnout, bore-out, dépression, etc. Et surtout un sentiment généralisé que tout se dégrade, qu’avant on pouvait mieux travailler, qu’avant on était plus efficaces, qu’avant l’ambiance était meilleure…

Alors, bien sûr, avant, tout le monde n’aimait pas nécessairement son boulot, et il n’est pas difficile d’imaginer que passer 10 heures au fond d’une mine n’était pas “épanouissant”. Mais le monde d’hier se structurait probablement davantage entre ceux qui étaient fiers de leur boulot (et qui pouvaient être fiers de bien faire ce qu’ils devaient faire) et ceux qui n’étaient pas satisfaits, et qui se divisaient eux-mêmes entre ceux qui avaient conscience que collectivement ils pouvaient faire changer les choses (la « conscience de classe ») et ceux qui étaient complètement résignés. Toujours ce Fight or Flight.

Aujourd’hui, tout cela semble brouillé, et nous sommes nombreux à surnager, entre deux eaux, comme si on attendait que quelque chose arrive. Un C4 ? L’effondrement du système ? Un burnout ?

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Brève réflexion sur la contamination des oeufs et le rôle de l’AFSCA

Illustration : Les Humeurs d’Oli

Dans un article de L’Echo, Philippe Baret, professeur à la faculté des bio ingénieurs de l’UCL explique : “L’Afsca (…) va avoir tendance à venir contrôler un petit producteur et à faire confiance a priori aux acteurs historiques de l’agro-industrie.

De fait :

  • l’AFSCA déverse du détergent sur des tartes faites par les habitants d’un village lors d’une fête locale… parce qu’il y a “de la poussière et des araignées”.
  • l’AFSCA fait couper une haie d’aubépines quasi centenaire pour “un risque potentiel de feu bactérien pour les vergers voisins”.
  • l’AFSCA fait interdire l’utilisation de petits fruits sauvages par une maraichère bio, parce qu’ils ne sont pas “traçables”.
  • l’AFSCA fait fermer un frigo solidaire à Namur.
  • l’AFSCA interdit à des cuisiniers de boire de l’eau en cuisine en pleine canicule.

… Mais l’AFSCA ferme les yeux sur la contamination au Fipronil, un insecticide interdit !

Observation #1 : La meilleure manière de diminuer les risques alimentaires est de favoriser une alimentation décentralisée, locale, bio, à petite échelle et ancestrale.
-> Fournir des oeufs à 100 personnes génère moins de risques que de fournir des oeufs à 100.000 personnes.
-> On a survécu des millions d’années avec des araignées, de la poussière, et des fruits non-traçables. On connaît par contre peu l’impact du Fibronil sur la santé à long terme.
-> l’AFSCA favorise le modèle alimentaire le plus risqué.

Observation #2 : l’AFSCA fait partie de ces institutions “iatrogènes”. En voulant éliminer tout risque alimentaire à coups de réglementation, l’institution favorise les grosses industries qui ont les moyens financiers et humains de répondre à toutes ces réglementations, alors même que ces grosses industries vendent majoritairement des produits de moins bonne qualité nutritionnelle, lorsqu’ils ne sont pas carrément néfastes pour la santé, et à la base de tout un ensemble de troubles de santé hautement plus dangereux : diabète, hyperinsulinémie, hypertension, athérosclérose, inflammation chronique, certaines formes de cancer, etc. Au final, Mac Do et Coca-Cola ont beaucoup moins de chances d’être pénalisés par l’AFSCA qu’un petit maraîcher bio.

La solution n’est pas dans un changement de fonctionnement de l’AFSCA. La solution est dans un nouveau modèle de société.

Article de L’Echo : http://www.lecho.be/dossier/choixredac/Philippe-Baret-UCL-L-Afsca-se-cache-derriere-ses-controles/9921482

Un lien : le groupe Facebook Protégeons nos produits artisanaux de l’AFSCA

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L’affaire ORES : Exemple parfait d’une crise de la délégation

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Après le scandale Publifin, c’est à ORES, l’opérateur des réseaux gaz et électricité en Wallonie, de se retrouver sous le feux des projecteurs. En mars de cette année, Le Vif l’Express titrait “Intercommunales : 20 milliards. La facture d’un système“. Sous-titre : “Depuis 25 ans, le prix de votre électricité est surévalué… et les politiques ont fermé les yeux“. La plupart des médias ont repris l’information, et l’on développée. Au niveau judiciaire, une information est ouverte auprès du parquet. Et au niveau politique, le Ministre wallon des pouvoirs locaux a demandé un rapport à son administration. Autrement dit, on en parle beaucoup, et on va continuer à en entendre parler…

Mais sommes-nous, nous citoyens, capables de comprendre quelque chose à cette affaire ? Je voudrais essayer de vous expliquer tout cela, de la manière la plus simple et la plus exacte possible. Mon point de vue est celui d’un citoyen lambda, qui regarde l’ensemble du système, la “big picture“, avec un point de vue “extérieur”, “outside of the box“, un peu comme cet enfant de la fable des “Habits neufs de l’empereur” (Andersen) qui, hors des arcanes du pouvoir, peut dire tout haut ce qu’on ne s’autoriserait pas à dire dans les milieux initiés, dans la “box”, dans le système, etc…

D’autant plus que le coeur du problème est précisément une faillite des instances à qui nous avons délégué tout un ensemble de pouvoirs. Si vous me suivez depuis un petit temps, vous savez que c’est sur cette “crise de la délégation” que j’écris principalement depuis quelques années. Et face à toute crise de la délégation, les mouvements qui émergent sont dans une dynamique d’empowerment, de reprise en main des choses par les citoyens. Ici, c’est au niveau de l’énergie et de la démocratie locale que cette réappropriation d’un pouvoir citoyen pourrait émerger.

Bon. Partons d’une situation qui serait idéale en matière de gestion démocratique de la production et de la consommation d’énergie. Quel est l’engagement de la “démocratie représentative” ? C’est que nous puissions élire des personnes qui nous “représentent” pour prendre tout un ensemble de décisions à notre place, cela parce que la complexité d’une société fait que tout le monde ne sait pas à tout moment prendre part à toutes les décisions.

L’énergie est un enjeu extrêmement important, parce que nous sommes tous concernés, au quotidien, et que la manière dont nous produisons cette énergie a un impact potentiel sur toutes les personnes vivant sur notre territoire, et même sur celles qui naîtront dans le futur, en terme de pollution, de réchauffement climatique, etc.

Alors quelle est la chaîne décisionnelle sur cet enjeu fondamental ? Continue reading L’affaire ORES : Exemple parfait d’une crise de la délégation

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La démocratie participative : réponse à un texte d’Hadelin de Beer

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Cet article est une réponse au texte « Faire vivre la démocratie participative dans notre ville », de Hadelin de Beer, conseiller communal à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Ce n’est pas tant une critique de son texte qu’une invitation à débattre : j’apprécie le fait qu’il lance une réflexion sur la démocratie participative, mais je pense que son postulat de base est mal choisi.

Le problème principal réside dans le fait de penser la participation citoyenne dans un cadre de pensée qui reste celui de la séparation du peuple et de ses élus, et du monopole de ces derniers sur l’initiative et la prise de décision finale.

Au lieu d’être « acteurs » du processus démocratique, comme le supposerait l’idée de participation, les citoyens restent l’objet d’initiatives proposées par le politique: ils « sont consultés ». Grammaticalement, la nécessité de passer par la forme passive du verbe témoigne du fait que les citoyens restent « passifs », ils répondent à une demande du politique. « Sur quoi solliciter les citoyens » se demande Hadelin de Beer. Dans la participation, la population devrait autant questionner que répondre. En fait, elle devrait débattre.

D’où vient l’erreur de départ ? Du postulat de base, dans le texte, selon lequel on pourrait partir de l’hexamètre de Quintilien (qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi?) dans le but de « connaître les circonstances pour prendre une bonne décision ». Le problème est que le présupposé est tout à fait « objectiviste », et toutes les difficultés que rencontre Hadelin de Beer, pour répondre à ces six questions, révèlent la limite de cette illusion objectiviste lorsqu’on aborde des enjeux sociaux.

En réalité, plus aucun chercheur en sciences sociales ne pense qu’il existerait une « réalité » et qu’on pourrait la « découvrir », la « révéler », à partir de ces six questions. En particulier en politique. Pierre Bourdieu a assez montré que la « réalité » est le lieu d’une lutte permanente pour définir « la réalité » (Bourdieu, 1980: 67).

L’image illustrant l’article est particulièrement révélatrice du présupposé objectiviste : un « Sherlock Holmes » se penchant avec sa loupe sur une réalité à découvrir. Si c’est le peuple qui est en-dessous, on l’imagine comme une colonie de petites fourmis dont l’agitation est à ce point obscure à l’élite politique, que celle-ci doit se munir d’une loupe et d’une grille de six questions.

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C’est d’autant plus dommage que le texte est écrit par un conseiller de la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, siège d’une Université (UCL), dont la faculté de sociologie a produit certains des meilleurs sociologues en sociologie du Sujet, sociologie de l’action, sociologie des mouvements sociaux, ou en recherche-action. Je pense à Guy Bajoit, à Abraham Franssen, à Luc Van Campenhoudt. Je ne sais plus si Bajoit l’a écrit quelque part, mais je me rappelle, lors de discussions, qu’il disait que le sociologue ne devait pas « rester au balcon » mais descendre dans la rue. Tout semble indiquer, dans le texte d’Hadelin de Beer, que l’élu se penche, depuis son balcon, sur cette population qui « grouille » en-dessous, et qu’il faudrait consulter. J’exagère son propos, mais c’est ce qu’inspire l’image utilisée. J’y reviendrai. Continue reading La démocratie participative : réponse à un texte d’Hadelin de Beer

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Nouvel article paru sur Usbek et Rica

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Populisme vs renouveau citoyen : que faire quand la société coule ?“, Usbek et Rica, décembre 2016.

L’époque actuelle peut paraître incompréhensible. D’un côté, l’accession au pouvoir de leaders populistes, la libération de la parole raciste et des déchaînements de haine envers les réfugiés ; de l’autre, l’émergence de mouvements citoyens qui consacrent, dans la veine du film Demain, des initiatives solidaires, de partage, éco-responsables. Analyse de ces dynamiques antagonistes, par Yves Patte, sociologue et lecteur participatif d’Usbek & Rica.

J’y développe cette métaphore du bateau qui coule, et des différentes voies qui émergent de cette situation-là. Une première version se trouve ici. Et c’est aussi la trame de fond de cette conférence, que j’ai donnée à Paris, en juin 2016… J’y rajoute des références au Brexit et à l’élection de Donald Trump.

Merci à Usbek et Rica d’avoir publié ce texte !! Déjà beaucoup d’échanges intéressantes à la suite de cette parution ! N’hésitez pas à me faire part de vos avis, de critiques, de votre vécu par rapport à cette situation, etc.

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