Parution : Néo Santé, n°33, avril 2014

Photo 10-04-14 09 09 23

Nouvelle parution : “Quelle farine sans gluten ?“, Néo Santé, n°33, avril 2014, p. 38. Dans la nature, les aliments ne se trouvent pas sous forme de farine. Dans un régime paléo strict, ce produit peu naturel est donc exclu. Pour les accros, il y a cependant des alternatives à la farine de blé plus ou moins acceptables… Cet article fait précisément le point sur l’acceptabilité de ces alternatives : farines de sarrasin, millet, quinoa, maïs, tapioca, amande, châtaigne, etc…

Share

La HitBox, un entraînement fonctionnel ? Réfléchissez bien…

Capture d’écran 2014-04-03 à 11.48.10

Peut-être avez-vous vu ce nouveau concept de la marque Planet Fitness, la “HitBox“, présentée comme une zone d’entraînement fonctionnel “clé en main” ? (lien vers la vidéo)

Le problème est que “fonctionnel” et “clé en main” me semblent être tout à fait incompatibles. La formule de Planet Fitness sonne comme un oxymore : deux mots que leurs sens devraient éloigner, comme la “clarté sombre” de Baudelaire.

Capture d’écran 2014-03-31 à 11.44.11

Bien sûr, tout dépendra de la manière dont on définit un entraînement “fonctionnel”, mais en règle générale, cela se réfère à un entraînement basé sur des mouvements naturels, complets, dont on retrouve une utilité dans la vie quotidienne. On dit parfois que des mouvements fonctionnels sont des mouvements qui existent hors des salles de sport : se lever, soulever une charge du sol, amener un objet en hauteur, etc.

Si votre entraînement se veut “fonctionnel”, il doit donc présenter la même variabilité et le même caractère aléatoire, hasardeux (“randomness” en anglais), que la vie quotidienne et/ou naturelle.  Et dans la vie quotidienne, ou dans la nature, RIEN ne se présente à nous “clé en main”.

En fait, tout le principe de notre évolution a été une adaptation à des environnements qui ne sont justement pas “clé en main”. C’est ce que l’on appelle la “pression de sélection” en biologie évolutionniste : les contraintes environnementales forcent les espèces à se transformer. Ce sont des changements climatiques, il y a 4 millions d’années, qui nous ont amené à nous tenir debout (Homo Afarensis). Plus tard, il y a 2,5 millions d’années, c’est Homo Habilis qui s’adapte en inventant les premiers outils lui permettant, entre autres, de varier sa nourriture. Son apport en calories augmente, son cerveau se développe, etc. C’est aussi par nécessité d’adaptation que nous sommes devenus omnivores. Toute notre évolution s’explique par le fait que rien ne nous est jamais servi “clé en main”.

C’est parce que la nature ne nous fournit pas toute la nourriture, directement bien préparée et découpée dans notre assiette, que nous avons dû développer des techniques de chasse, construire des outils, maîtriser le feu, et plus tard inventer une technologie culinaire. C’est parce que la nature ne nous fournit pas d’habitats sécurisés et chauffés “clé en main”, que nous avons dû développer l’architecture, inventer des techniques de construction, apprendre à maîtriser les matériaux, etc. Et que ce soit l’alimentation ou l’habitat, cela s’est toujours fait en s’adaptant, c’est-à-dire en répondant à la pression de l’environnement : tout comme les Inuits ont développé des techniques alimentaires différentes des Hadza dans l’est de l’Afrique, leurs techniques d’habitat sont également différentes. Continue reading

Share

Parution : Néo Santé, n°32, mars 2014

Photo 12-03-14 14 11 47

Nouvelle parution : “Alimentation et troubles de la vision“, Néo Santé, n°32, mars 2014, p. 38. On a souvent l’impression que notre monde moderne devient fou. Mais est-ce qu’il ne deviendrait pas également un peu “flou” ? De nombreuses études convergent pour montrer que des troubles de la vue, comme la myopie ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), sont en nette augmentation depuis la révolution industrielle. Cela pourrait-il être lié à notre alimentation ? Durant nos millions d’années de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, notre capacité de vision était fondamentale à notre survie. En particulier, la capacité à voir loin était ce qui nous permettait de voir venir un prédateur, de repérer une proie, de se situer dans l’espace, de trouver un point d’eau, etc. Tout trouble de la vue, comme la myopie, résultait probablement en une mort prématurée… Dans cet article, j’explique le lien très clair entre des troubles liés au sucre (diabète, hyperinsulinémie, etc.) et troubles de la vue…

Share

Parution : Néo Santé, n°31, février 2014

Photo 14-02-14 15 24 23

Nouvelle parution : “Bons plans alimentaires pour l’hiver“, Néo Santé, n°31, février 2014, p. 38. Avez-vous déjà remarqué que les “remèdes de grand-mère” pour passer l’hiver en bonne santé, ou pour se sortir d’un bonne grippe hivernale, étaient pratiquement toujours assez proches des consignes de l’alimentation “paléolithique” ? Je fais donc le point, dans cet article, sur quelques remèdes naturels, comme les Omega-3, la vitamine C, la vitamine D, le coco, ainsi que quelques épices, comme l’ail, le piment ou le gingembre…

Share

Parution : Néo Santé, n°30, janvier 2014

Photo 7-01-14 10 50 59

Nouvelle parution : “Santé mentale et Oméga-3″, Néo Santé, n°30, janvier 2014, p. 38. L’article du mois passé avait été l’occasion d’explorer le lien entre notre alimentation et une maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer. Ce mois-ci, j’ai poursuivi sur ce lien entre l’alimentation et le cerveau, pour comprendre l’influence des acides gras Omega-3 sur notre comportement social et notre santé mentale. Je précise tout de suite : de formation, je suis sociologue. Je suis donc plutôt enclin à “expliquer le social par le social“, comme disait Durkheim, un des pères fondateurs de la sociologie, au tournant du 20ème siècle. Pourtant, force est de constater que le lien entre la prise d’Omega-3 et des phénomènes comme l’anxiété, l’agressivité, la dépression, etc., est soutenu par de nombreuses recherches, et que des traitements ont fait leur preuve dans des contextes aussi difficiles que l’agressivité en milieu carcéral…

Share

“Il faut commencer par cesser d’être professeur pour pouvoir l’être” – Hommage à Jean-Pierre Vernant

Vernant

Le blog “Alchimie du Collège, de Mara Goyet, enseignante en Histoire-géo, en France, publie un extrait très intéressant de Jean-Pierre Vernant, à propos de la relation professeur-élève, qui rejoint assez bien mon article de 2010 “Dois-je accepter mes élèves sur Facebook ? Ou comment devenir un prof 2.0 ?“… 

Jean-Pierre Vernant est un historien et anthropologue français. Il a enseigné dans les lycées, et a été professeur au Collège de France. C’est également une grande figure de la Résistance française.

Vernant2« Un professeur fait du théâtre quand il arrive dans une classe. Mais il y a différentes manières de s’y prendre. On peut taper sur la table et faire sentir toute la distance qui sépare les élèves du professeur. On peut aussi jouer le jeu inverse, et c’est ce que je faisais quand j’enseignais au lycée : non seulement en tutoyant les élèves, mais en s’efforçant d’abolir, jusque dans sa tenue vestimentaire et son vocabulaire, tout indice d’une autorité conférée par une hiérarchie sociale. Evidemment, le professeur sait bien, quelle que soit la stratégie qu’il adopte, que ce n’est pas la même chose d’être élève et d’être professeur. Celui qui est sur le banc et celui qui est derrière le bureau n’ont pas le même statut. La stratégie de la non-distance peut être très adroite ou, au contraire, amener celui qui l’emploie à la catastrophe. Mais s’il y recourt plutôt qu’à une autre, ce n’est pas par pure stratégie. C’est parce qu’elle correspond à l’idée qu’il se fait du rapport entre maître et élève, de ce qu’est un groupe. Si on entre dans le jeu de l’abolition de la hiérarchie, ce n’est pas simplement de l’habileté, c’est aussi une esthétique, et une éthique de la relation sociale.

Il faut commencer par cesser d’être professeur pour pouvoir l’être. Cela signifie obligatoirement – à mon avis c’est une idée grecque- que toute relation sociale, avec une classe comme avec le groupe dans lequel on s’est engagé dans la Résistance, implique un ciment qui est l’amitié. Cet élément fondamental est le sentiment d’une complicité, d’une communauté essentielle sur les choses les plus importantes. Dans le rapport du professeur avec ses élèves, c’est le fait de partager une certaine idée de ce que doit être quelqu’un, d’avoir en commun une certaine forme de sensibilité, d’accueil à autrui, de s’accorder sur l’idée qu’être autre signifie aussi être semblable. »

SOURCE : Jean-Pierre Vernant, “Tisser l’amitié”, in Entre mythe et politique, Le Seuil, 1996

A mon sens, il y a 3 types de professeurs : ceux qui ont de l’autorité, ceux qui n’arrivent pas à en avoir, et ceux qui refusent de fonder leur enseignement sur une forme d’autorité de statut.

Par rapport à ma pratique en tant qu’enseignant, il y deux éléments de cet extrait dans lesquels je me reconnais particulièrement bien :

  • L’abolition de tout indice d’une autorité conférée par la hiérarchie sociale (via le vocabulaire et la tenue vestimentaire);
  • L’abolition de la hiérarchie comme éthique de la relation sociale.

Comment est-ce que je comprends cette phrase : “Il faut commencer par cesser d’être professeur pour pouvoir l’être” ? 

Les meilleurs profs sont, à mon sens, celles et ceux qui ne se prennent pas pour des “Professeurs”, mais qui veulent SIMPLEMENT et PLUS QUE TOUT, ENSEIGNER quelque chose à leurs élèves, conférant tout son sens à l’étymologie du mot “Professeur” : “celui qui enseigne“…

Share

Empowerment & Anti-délégation : un exemple de circuit court pour l’alimentation

Photo 28-12-13 17 39 00

L’un des avantages de publier l’ouvrage “Empowerment ou la société de l’anti-délégation” au fur et à mesure, c’est de pouvoir régulièrement publier des articles sur des faits précis, et montrer en quoi ils s’inscrivent dans la réflexion plus large que je propose…

Aujourd’hui, par exemple, je lisais, dans l’excellente revue « Socialter. Le Magazine de l’économie nouvelle génération », un article sur « La Ruche qui dit Oui ».

Créée en 2011, cette entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS) a permis la création de plus de 300 « ruches », comptant 150.000 membres. Ces ruches sont des lieux d’échange entre producteurs locaux et consommateurs. Le principe ? Un particulier, une association, une entreprise, décide d’ouvrir une « ruche ». Il contacte les producteurs de fruits, légumes, viande, etc., dans un rayon de maximum 250 km. Chaque semaine, l’animateur de la ruche publie sur le site internet une liste de produits fermiers disponibles (donc locaux, de saison, etc.). Chaque producteur fixe son prix. Les consommateurs commandent sur internet. Si la commande n’est pas suffisante, il n’y a pas de livraison, il n’y a donc jamais de gaspillage. Le jour fixé, consommateurs et producteurs se retrouvent et l’échange est fait.

La vente est donc directe. C’est ce qu’on appelle le « circuit court ». Et c’est le producteur qui fixe ses prix. Il n’y a ni grossistes, ni grandes enseignes commerciales pour déterminer les prix, parfois au détriment des producteurs. De cette manière, 1.400.000 produits ont déjà été vendus (au 1er septembre 2013).

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que cela illustre une des caractéristiques de la société de l’anti-délégation : pratiquement toutes les dynamiques qui lui sont propres sont à l’œuvre dans les projets qui relèvent de cette culture. Dit autrement, la société de l’anti-délégation brouille souvent les frontières des différents champs sociaux.

Si on s’intéresse à ce ruches, on se rend compte que s’entrecroisent :

  • un attrait pour le local,
  • une utilisation optimale des moyens digitaux : internet, réseaux sociaux…
  • une logique participative,
  • la constitution d’une communauté de consommateurs,
  • la référence à l’économie collaborative.

“La Ruche qui dit Oui” soutient effectivement des appels à financement de projets agricoles sur le site KissKissBankBank, pionnier actuel du financement participatif en France.

Les échanges se font de façon horizontale et décentralisée entre particuliers et producteurs. Ca fait déjà quelques années qu’on connaît les « paniers », les AMAP (en France, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne), les GAC (groupements d’achats collectifs) ou les GAS (groupement d’achats solidaires. La ruche constitue une manière d’optimiser cette nouvelle façon de commercer, grâce à la plate-forme informatique. Une communauté se crée, grâce aux réseaux sociaux.

ruche-qui-dit-oui

Ce qui est intéressant également, c’est de voir qu’aucun label ne peut remplacer le contact direct entre un producteur et un consommateur (les ruches organisent aussi des visites des exploitations agricoles). En fait, on pourrait aller plus loin et dire que les labels – même bio – n’ont de sens que dans une économie à grande échelle, où les consommateurs et les producteurs ne se rencontrent plus. Si je n’ai aucun lien avec le producteur de ce que je mange, quelle assurance puis-je avoir quant à la qualité du produit ? Aucune. Si ce n’est un label auquel je ferais confiance parce qu’il serait garanti par une instance intermédiaire, reconnue par l’Etat (l’instance qui centralise toutes les garanties, les normes, les règles, etc.). Toute l’administration créée par les labels (nécessité pour les producteurs de répondre à des cahiers des charges très strictes) n’est qu’une conséquence d’une économie toujours plus globale, dépersonnalisante, différenciée, typique des sociétés modernes.

Ce refus des labels est un phénomène connu dans le vin par exemple, où des petits producteurs, qui travaillent de manière ancestrale, refusent de se plier aux exigences administratives (démarches à faire, cahier des charges, etc.) des labels « bio », au risque d’être perçus comme non-« bio » alors que leurs produits sont parfois plus « bio » que des vins reconnus comme « bio ». Ce sont les producteurs de vins « naturels », qui ne fait pas vraiment l’objet d’une labélisation actuellement.

Si les ruches vous intéressent, le site internet propose une carte des différentes ruches, dont 5 en Belgique.

A lire : 

Share

Parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60″

Photo 28-12-13 15 18 51

Nouvelle parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60″, La Libre Belgique, sam.-dim. 28-29/12/2013, pp. 52-53. Qu’avons-nous fait des auteurs critiques des années 60 ? De Marcuse, de Debord, de Fanon, pour ne citer qu’eux… Alors qu’émerge une critique nouvelle à la fois de la société de consommation et des instances étatiques et supra-étatiques, sous les formes variées de préoccupations écologiques, de développement durable, de décroissance, de simplicité volontaire, de revendications sur les conditions de travail, des “Indignés”, de mouvements citoyens, des printemps arabes, érables, etc., les auteurs qui avaient mené cette critique dans les années 60 semblent être passés à la trappe… lire la suite.

Cet article a été écrit en août 2013, donc avant que je commence à mettre sur papier les réflexions sur l’Empowerment et la société de l’anti-délégation, dont j’ai publié l’article introductif il y a quelques jours. Mais très clairement, Marcuse, Debord et Fanon sont des auteurs qui m’ont amené à développer cette réflexion. L’article paru aujourd’hui dans La Libre Belgique fait donc tout à fait partie de la même réflexion…

Share

7.1. Reprendre en main son alimentation et sa santé

growyourownfood

Ce texte est le chapitre 7.1. de l’ouvrage en cours d’écriture “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“. Toutes les infos et l’introduction à cette réflexion se trouvent ici (il est préférable de lire l’intro avant ce texte, pour bien en comprendre tout le sens, mais vous pouvez aussi vous contenter de ce texte, si seules les questions d’alimentation vous intéressent… et peut-être que cela vous donnera envie d’aller voir dans quelle réflexion plus large ce texte s’inscrit ?) ;-)  

Commençons notre quête d’autonomie par ce qui nous concerne intimement : notre alimentation. Quelle maîtrise avons-nous de ce que nous ingérons ? La production alimentaire de masse a mis à notre disposition une offre d’aliments sans précédents, et cela en quantité infinie. Mais quelle connaissance avons-nous précisément de ce que nous mangeons, si l’on compare à la connaissance que pouvaient en avoir nos grands-parents, ou plus loin, nos ancêtres du Paléolithique ?

7.1.1. L’alimentation « paléo »

L’une des tendances actuelles en matière d’alimentation est ce qu’on appelle l’alimentation « paléolithique » (et je suis bien placé pour le savoir puisqu’une partie de mon activité professionnelle consiste à suivre des personnes, au niveau nutritionnel, avec ce type d’alimentation). Comme la période paléolithique représente 99,5 % de notre temps sur terre en temps qu’êtres humains, l’alimentation du chasseur-cueilleurs est particulièrement bien adaptée à notre organisme. Et on essaie donc de manger ce que l’on pouvait chasser, pêcher, cueillir, ramasser : viande, poisson, œufs, légumes, fruits, noix, amandes, etc.

De très nombreuses études montrent les bienfaits de cette alimentation, très peu inflammatoire (parce que sans gluten, sans lectines, sans phytates, sans lactose) et à index glycémique bas (parce que sans sucres rapides) sur notre santé. Personnellement, j’ai vu des gens reprendre en main leur physique et leur santé, grâce à cette méthode, comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant.

Mais au-delà de ne pas manger de produits céréaliers inflammatoires et fort sucrés, ni de produits industriels, qu’est-ce qui distingue notre alimentation de celle de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ? A la différence de nous, ils savaient très précisément ce qu’ils mangeaient, simplement parce qu’ils l’avaient eux-mêmes chassé, pêché, cueilli ou ramassé. Et même s’ils n’avaient pas une connaissance scientifique comme nous de l’aliment, ils en connaissaient l’origine.

eatreafoodComparez un peu : toute personne qui a fait des études secondaires peut dire si ce qu’il mange est plutôt composé de sucres, de graisses ou de protéines. On connaît la différence entre les trois macro-nutriments, protéines, lipides et glucides. Et pourtant, il arrive que nous mangions du cheval en croyant manger du bœuf ! Voilà quelque chose qui ne devait pas arriver à notre ancêtre chasseur-cueilleur…

En acquérant davantage de connaissances sur l’alimentation, nous avons perdu la maîtrise de ce que nous mangeons. Le paradoxe n’est qu’apparent si on se remémore que la modernité est un double mouvement de « différenciation du travail » et de « rationalisation ». Jusqu’il y a finalement peu de temps, la même personne trouvait ou produisait sa nourriture, la préparait, la conservait, et la cuisinait avant de la manger. Aujourd’hui, tout un ensemble de personnes, aux professions tout à fait variées, participent à la production de la nourriture, de la terre (ou de l’étable par exemple) jusqu’à l’assiette. Et ils le font avec tout un savoir rationnel, formalisé, et très spécialisé (la chimie a ici un rôle important) que nous ne pouvons pas tous maîtriser. Au final, on ne sait plus ce que l’on mange, soit tellement ça a été transformé, soit tellement des éléments ont été rajoutés, comme tous les conservateurs et autres additifs.

7.1.2. Etre adulte, c’est se nourrir soi-même

L’anti-délégation se développe donc sur le sentiment qu’ « on nous fait avaler n’importe quoi », et donc sur la volonté de reprendre le contrôle de notre alimentation.

Continue reading

Share

INTRO : “Empowerment, ou la société de l’anti-délégation”

INTRO

Cet article s’annonce, au moins dans ma tête, comme le premier d’une longue série. C’est en quelque sorte la première diffusion d’une pensée politique, au sens large, que je mature depuis des années… Je dirais même que cela fait tellement longtemps que je ne pourrais plus dire si j’ai produit cette pensée, ou si c’est, en réalité, elle qui m’a fait, tant elle m’a accompagné et s’est élaborée au fil des activités que j’ai pu faire depuis mon adolescence, jusqu’à aujourd’hui.

Tout part d’une hypothèse : l’hypothèse que l’on pourrait décrire la situation actuelle comme une période de « crise de la délégation », et de manière concomitante comme une opportunité, pour la population, le peuple, les gens… vous et moi, Nous, de reprendre en main notre capacité d’action. Je reviendrai sur ces concepts, qui s’inscrivent dans un processus généralement qualifié d’ « empowerment ».

A ma connaissance, aucun sociologue ou philosophe n’a abordé la situation sociale actuelle d’une telle manière. Ils sont nombreux à en être assez proches, à apporter des éclairages très intéressants, qui sont autant de sources d’inspiration. Mais aucun ne m’a apporté ce que je voulais lire. Alors, en mode « Do It Yourself » (« Fais-le toi-même ») – qui fait précisément partie de la démarche que je propose – je m’autorise à produire moi-même cette description de la réalité qui, à mon sens, manque. Et je me permets de vous la communiquer, via cet espace de diffusion que je me suis autoproduit, mon blog…

Comment je compte procéder ? 

  • Mon but est de publier ce texte, au fur et à mesure sur ce blog, en espérant recevoir un maximum de retours, critiques, avis, etc…
  • Au fur et à mesure, j’essaierai d’intégrer ces retours dans le texte complet, que je tenterai de faire publier sous forme de livre…
  • De temps à autre, je proposerai une version pdf du livre en cours d’écriture, pour celles et ceux qui voudraient une vision plus complète de la réflexion en cours… (allez voir à la fin de l’article, la table des matières provisoire…)
  • Vous pouvez déjà télécharger ce premier texte en PDF.
  • La réflexion vous intéresse ? Partagez-la avec toute personne intéressée ! Merci !!

.

CHAPITRE 1 : Empowerment, délégation… définitions

Je définis la « délégation » comme le fait de laisser à des structures institutionnelles ou privées, ou à des individus mandatés par ses structures, le pouvoir, le rôle, la capacité, d’agir ou de décider à notre place.

A l’inverse, je définis l’ « anti-délégation » comme le fait de reprendre en main ce pouvoir, ce rôle, cette capacité d’action et de décision, au niveau individuel ET au niveau collectif. Ce processus de reprise en main est un processus d’ « empowerment ».

Soyons tout de suite concret : si je ne laisse ni à l’industrie agro-alimentaire, ni à l’Etat, le rôle de me nourrir, cela signifie que je reprends en main mon alimentation. Cela peut amener à cesser d’acheter ce que l’industrie nous dit d’acheter dans les grandes surfaces, à faire son potager (seul chez soi, ou ensemble dans des potagers collectifs), à acheter des produits locaux, naturels, seuls ou sous forme des groupements d’achats collectifs qui apparaissent un peu partout, à se remettre à cuisiner au lieu d’acheter des plats préparés, etc. En un mot, être maître de ce que l’on mange, c’est ne plus « déléguer » cela à quelqu’un d’autre.

Si je décide d’isoler ma maison, c’est très bien pour la planète, mais ça me permet aussi d’être moins « dépendant » des hausses des prix du mazout ou de toute autre forme d’énergie. Si je produis moi-même mon énergie, je gagne encore en indépendance, puisque je ne « délègue » plus à une industrie pétrolière ou nucléaire, le rôle de me fournir de l’énergie pour chauffer ma maison. Si une collectivité locale décide de produire son énergie (par un système de coopérative, par exemple), c’est collectivement, au niveau local, que l’on gagne en indépendance.

Si je décide de développer ma propre activité professionnelle, je ne délègue plus à quelqu’un d’autre (un patron, l’Etat…), la capacité de décider ce que je fais de mes journées, ce que je gagne comme argent, ce que je vaux sur le marché du travail. Je reprends ma capacité d’action et de décision. Si un ensemble de travailleurs reprennent en leurs mains cette capacité d’action, ils s’émancipent par rapport au patronat et à l’Etat. De passif par rapport à mon parcours professionnel, je deviens alors actif. D’objets passifs sur le marché du travail, les travailleurs deviennent alors collectivement acteurs de la production et de l’échange des produits, des services, des idées, etc.

Si je décide de m’engager dans des projets citoyens pour faire changer les choses, c’est que je refuse de simplement « déléguer » cela à d’autres, via le vote par exemple. Je refuse de (juste) donner ma voix. Si des individus décident de se constituer en collectif pour défendre leurs droits, pour pouvoir décider – ou du moins prendre part au processus décisionnel – lorsque la décision les concerne, on est dans un processus d’ « empowerment », dont les Afro-américains représentent un des exemples les plus marquants de l’Histoire moderne.

.

CHAPITRE 2 : Le constat général : la crise de la modernité est une opportunité

Si vous avez bien compris ce qu’est la « délégation », vous comprendrez que je fais l’hypothèse que cette « délégation » est en crise. Ce que l’on appelle la « crise des institutions » n’est, pour moi, qu’une dimension, de cette crise plus large de la délégation. Perte de la foi dans l’Etat, dans l’école, dans les institutions ; perte de sens au travail, absentéisme, burn-out ; perte de la confiance dans l’industrie agro-alimentaire ; repli communautaire, abstentionnisme, montée en puissance des populismes, etc.

Et tout comme en Chinois le symbole représentant la « crise » signifie également « opportunité », je suis convaincu que cette crise est une opportunité de reprise en main, par la population, de sa capacité d’action et de décision, de sa souveraineté. Je fais l’hypothèse que les évolutions sociales les plus récentes sont marquées par une volonté d’autonomie, d’auto-détermination, d’indépendance. Reprise en main de sa santé (alimentation et médecine naturelles, formes de fitness fonctionnelles…), autoproduction locale d’énergie, nouvelle génération d’entrepreneurs (Generation Flux, Free Agent Nation,…) nouvelles formes de contestation politique (Anonymous, Indignés, révolutions arabes), etc.

Continue reading

Share