Brève réflexion sur les déterminismes

Etre sociologue, c’est entre autres révéler les déterminismes sociaux en termes de classe, d’origine, de genre.

Etre coach, c’est en général aider l’individu à faire fi des déterminismes.

Le mauvais sociologue fait fi des déterminismes dans son analyse. Il produit l’illusion d’une liberté inconditionnelle. Le mauvais coach maintient l’individu dans l’illusion qu’il n’est pas libre d’aller à l’encontre des déterminismes qui pèsent sur lui ou elle.

Les dirigeants politiques préfèrent les mauvais sociologues. Les #SJW* sont de très mauvais coachs.
Les débats sur la méritocratie et la justice sociale impliquent quasi toujours les mauvais sociologues et les mauvais coachs.

L’idée d’empowerment, c’est aller à l’encontre de tout cela. C’est prendre en compte cette phrase de Bourdieu (Questions de sociologie, 1984: 44-45) :

“Tout progrès dans la connaissance de la nécessité est un progrès dans la liberté possible”.

Pour aller un peu plus loin dans cette idée, j’ai publié, il y a quelques temps, ce texte : “Agir grâce à la notion d’Empowerment. Exemples en matière d’alimentation, de sport, d’emploi, de transition, etc…

* Social Warrior Justice

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Brève réflexion sur l’influence : l’exemple de la lutte pour le climat

L’air du moment semble être à la recherche de “qui mène le meilleur combat ?”… C’est au niveau de la lutte pour le climat que ça se voit le plus : qui mène le combat le plus légitime ? Les jeunes dans la rue ? Celles et ceux qu’on a élus pour cela ? Les mouvements citoyens ? Les ONG et associations ? Les entreprises ?

… et la question inverse : Qui fait de la récupération ? Qui fait du “green washing” ? Qui fait du lobbying ?

C’est passer à côté d’un facteur essentiel lorsqu’il s’agit de changement social (ici le changement vers une société moins émettrice de gaz à effet de serre) : c’est la multiplicité d’avis convergents qui pousse à s’y conformer.

Les études les plus classiques sur l’influence sont certainement celles de Solomon Asch. Dans ces fameuses expériences de 1955, il testait la probabilité qu’un sujet se conforme à l’avis du reste du groupe. Le dispositif était poussé jusqu’à l’extrême, puisqu’il s’agissait d’un test pour lequel les participants devaient répondre à voix haute. Le sujet avait la bonne réponse et les autres participants étaient en fait des complices qui donnaient de mauvaises réponses. L’expérience testait dans quelle mesure le sujet allait abandonner sa réponse qu’il savait correcte, pour se conformer au groupe et donner une mauvaise réponse.

Si un seul complice donnait une mauvaise réponse : pas d’influence. Deux complices : à peine plus. Mais à partir de 3 complices, l’influence devenait bien plus grande (Gerard, & al. 1868). Plus de personnes donnent le même avis, plus ça nous influence.

Autre exemple : vous marchez en rue, une personne est statique et regarde vers le ciel. Vous vous arrêtez pour regarder avec elle ? Peut-être. Pas sûr… Même exemple, mais elles sont 5 à regarder en l’air ? Vous vous arrêtez et regardez ! 🙂 (Leyens & Yzerbet, 1997).

Et ça n’aurait pas de sens de chercher à savoir laquelle de ces 5 personnes vous a le plus influencé. C’est le fait qu’elles étaient 5 qui vous a influencé.

C’est le fait qu’un collègue vous parle de quelque chose ET que votre belle-soeur vous en parle également ET que vous avez vu un reportage au JT sur cette même chose ET qu’il y avait des pubs sur le sujet dans le métro qui vous influencera sur quelque chose, et non pas juste votre collègue, votre belle-soeur, le JT ou la pub… C’est la répétition qui donne du poids. Continue reading Brève réflexion sur l’influence : l’exemple de la lutte pour le climat

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Pour poursuivre après l’émission “A votre avis”, sur les mouvements citoyens

Comme je savais que mes interventions seraient très courtes, je m’y étais préparé, et j’ai dit ce que je voulais dire (à 34:11 et 54:46). J’espère que c’était suffisamment clair.

Si vous n’avez pas pu regarder le débat en direct, les liens sont ci-dessous :

Et pour aller plus loin, je voulais rebondir sur quelques éléments liés à la demande actuelle de participation de la part des citoyens (qu’ils soient rassemblés en liste ou pas, d’ailleurs), afin de poursuivre la discussion :

1.

On a très peu parlé du niveau local, c’est pourtant d’abord, et principalement, là que doit s’inscrire la participation des citoyens et citoyennes. Souvent, quand on parle de consulter la population, on s’imagine uniquement consulter “Les Belges”, sur des questions un peu démesurées : les flux migratoires, la scission du pays, la peine de mort. Avant d’en arriver là, il y aurait des milliers d’occasions d’impliquer les citoyens et citoyennes dans la prise de décision, au sein des 589 communes de Belgique, sur des questions comme la revitalisation de leur centre-ville, la préservation du patrimoine, la mobilité qui sera favorisée, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, etc.
Il y a déjà des choses qui se font, mais ça reste très rigide et minimaliste. Il y a énormément de choses à faire pour créer une réelle culture de la participation politique, d’abord sur les enjeux qui concernent le plus directement les citoyens et citoyennes.
La démocratie se construit mieux du bas vers le haut.

2.

C’est en favorisant tous ces dispositifs participatifs, en ramenant comme “évident” le fait qu’en démocratie, celles et ceux qui sont directement concernés par un enjeu peuvent prendre part aux décisions, qu’on créera (ou re-créera) de la culture politique. Avoir des cours de la citoyenneté à l’école ne sert pas à grand chose, si une fois qu’on quitte l’école, le rôle de citoyen se limite à aller voter une fois toutes les x années. En fait, c’est un peu comme toutes ces heures passées à utiliser un compas à l’école. Parfois, à 40 ans, on se demande un peu à quoi ça a servi 

La citoyenneté, c’est comme pour tout, il faut la PRATIQUER. “Repolitiser le citoyen”, comme l’a dit Stéphane Michiels (53:43), de Belvox, c’est à mon sens permettre au citoyen de jouer pleinement, et régulièrement, son rôle politique.

Je cite souvent cet exemple : John Stuart Mill (1806 – 1873), grand penseur libéral, faisait tout à fait le lien, dans son célèbre “De la liberté” (1859), entre la participation des individus à la gestion des “affaires communes” et l’éducation. Et pour lui, le fait d’avoir des jurys d’individus dans les “institutions libres et populaires à l’échelon local et municipal” représentait “la partie pratique de l’éducation politique d’un peuple libre”. Continue reading Pour poursuivre après l’émission “A votre avis”, sur les mouvements citoyens

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La démocratie participative, le lien avec le territoire. Et pourquoi il est important, en Belgique, de garder les provinces.

Les demandes de participation citoyenne et de démocratie plus délibérative n’ont de sens que si elles s’accompagnent d’une réflexion sur l’ÉCHELLE de la décision, c’est-à-dire sur le territoire, sa structuration et la répartition des compétences. (Ouïe ! Sujet “touchy” en Belgique)

Creusons un peu : ce n’est pas un hasard si l’origine du mot “citoyen” est “civitas” en latin, c’est-à-dire la “Cité”, et plus particulièrement la “Cité-État”, comme en Grèce (en particulier dans la période hellénistique) et dans l’Empire romain. La “Cité” ne peut pas se réduire à un territoire, mais y est quand même relativement liée. Plutarque* voyait d’ailleurs l’acte fondateur de la démocratie athénienne dans un mot très rarement mentionné : le “synœcisme”, c’est-à-dire la réunion de plusieurs villages en une Cité.

La démocratie se construit mieux du bas vers le haut, selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire en donnant la responsabilité d’une action publique à l’entité la plus proche de celles et ceux qui sont directement concernés par cette action. (Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarit%C3%A9) Et si on ne peut pas régler un problème à cette échelle, on passe alors à l’échelle supérieure. Du bas vers le haut.

En ce sens, je crois que celles et ceux qui veulent la disparition des provinces se trompent. Les communes belges comptent en moyenne 19.000 habitants (médiane = 12.000 habitants). Sans les provinces, l’échelle supérieure aux communes (c’est-à-dire les régions) compte soit 3,6 millions d’habitants (Région wallonne), soit 6,5 millions d’habitants (Région Flamande). Le saut d’échelle est beaucoup trop grand. Ca veut dire que si une problématique dépasse le territoire d’une commune, on est obligé de faire un saut vers l’échelle régionale, et on crée inévitablement un gap entre celles et ceux qui vont décider et celles et ceux qui sont concernés.

Chaque saut d’échelle constitue un risque démocratique. “More is different” : on ne décide pas à 3 ou à 6 millions comme on décide à 20.000. On ne peut pas réfléchir aux dispositifs de participation citoyenne sans aborder les questions d’échelle.

Les Provinces

Et à bien des égards, les provinces présentent une grande “robustesse” historique (“Effet Lindy”), avec des découpages peu changés depuis les anciennes provinces, les départements français, les principautés, les comtés, et les “civitates” de l’Empire romain. En fait, les Provinces présentent une réalité historique (et géographique) plus grande que les Régions, qui sont surtout le fruit du 19ème siècle industriel (et dans une moindre mesure des deux guerres mondiales). L’histoire de la Région wallonne en particulier, est celle du mouvement ouvrier, du patronat, et des concertations sociales.

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Les “communs” : première synthèse

Il faut aller de l’avant. Si on veut aller vers un nouveau modèle de société, il faut passer par cette étape de construction théorique, de “conceptualisation”, d’un nouveau paradigme. On ne peut pas simplement répéter qu’il faut que ça change, sans rien proposer, et en espérant qu’un nouveau modèle de société se construise, par lui-même, devant nos yeux. L’ “empowerment”, c’est aussi reprendre en main cette capacité à penser notre société, à proposer quelque chose de nouveau, d’innovant.

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut réinventer la roue. Aucune société n’a jamais été pensée sans lien avec son passé. On ne pourra construire un nouveau modèle de société qu’en l’inscrivant dans une histoire. De nombreux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui se sont déjà posés, à des époques antérieures, et il est intéressant d’observer la manière dont nous avons tenté d’y répondre, à l’époque. Avec quels concepts ? Quels outils ? Et dans quel but ?

Parmi les concepts intéressants, il y a celui de “communs”. On en parle assez bien actuellement. Mais je ne suis pas sûr que toutes celles et ceux qui en parlent se soient réellement plongés dans la littérature sur cette question. D’où l’objet de ce texte.

Personnellement, je suis convaincu que cette notion de “communs” doit être utilisée pour aborder à l’avenir les questions environnementales, l’aménagement du territoire, la mobilité, l’économie locale et circulaire, les énergies renouvelables, et tout un ensemble de questions actuelles.

Un prix Nobel d’Économie

En 2009, Elinor Ostrom (1933-2012), politologue et économiste américaine, reçoit le prix Nobel d’Économie pour son travail sur les “communs”, qu’elle définit comme une ressource naturelle ou non-naturelle dont l’utilisation peut profiter à une population définie. Cette ressource est même parfois le principal moyen de subsistance de cette population. Ça peut être le poisson disponible dans une zone de pêche définie, l’eau d’une rivière ou de nappes phréatiques utilisée pour irriguer des cultures, des pâturages que se partagent des bergers pour laisser paître leur troupeau, mais également des ponts nécessaires au transport de marchandises, des places de parking dans une zone déterminée, etc. (Ostrom, 2018).

On l’imagine tout de suite, le risque principal est que certains s’approprient cette ressource au détriment des autres : un pêcheur qui pêcherait tout le poisson de la zone de pêche, un agriculteur qui s’approprierait toute l’eau des canaux d’irrigation, etc. Plus encore, si toutes les personnes concernées essayent de s’approprier un maximum d’unités de la ressource (nombre de poissons, m3 d’eau, etc.), la ressource s’appauvrira… au point d’être détruite et de ne plus pouvoir profiter à personne. Ce risque a un nom : c’est la “tragédie des communs”.

L’histoire de cette tragédie

Et là, il faut faire un peu d’histoire pour comprendre. Le terme vient d’un article de Garrett Hardin, intitulé “The Tragedy of the Commons”, publié en 1968 dans la revue “Science”. Je me base sur sa réédition, en 2001, dans la revue “The Social Contract”.

Hardin (1915-2003) était un philosophe écologiste américain. En 1968, sa préoccupation première est la croissance de la population et son impact sur la planète. L’article propose essentiellement une réflexion théorique sur l’opposition entre une population qui croît indéfiniment dans un monde qui est, lui, fini.

Il faut savoir que la “tragédie des communs” d’Hardin s’inspire directement des lectures de William Forster Lloyd, en 1832. Des lectures publiées en 1833 sous le titre “Two lectures on the Checks to Population”. Elles sont republiées en 1980 dans la revue “Population Council”. Lloyd (1794-1852) était un mathématicien et économiste britannique, mais également Ministre de l’Église d’Angleterre. Et il tenait une Chaire d’économie politique à l’Université d’Oxford. Continue reading Les “communs” : première synthèse

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La charte officielle des gilets jaunes

(Je copie ici la Charte officielle des gilets jaunes et ses 25 propositions. Non pas que je sois d’accord avec chacune de ces propositions, mais parce que je pense qu’il y a un énorme travail d’écoute à faire, de la part de celles et ceux qui tentent de comprendre le monde actuel : en particulier un travail d’écoute de ces revendications qui dépassent toutes les catégories politiques institutionnalisées… Et comme je ne trouvais pas cette charte en version texte ailleurs, je l’ai recopiée ci-dessous).

I – ECONOMIE / TRAVAIL

  1. ÉTATS GÉNÉRAUX de la fiscalité. Inscrire dans la Constitution l’impossibilité pour l’Etat de prélever plus de 25% de la richesse des citoyens.
  2. AUGMENTATION immédiate du SMIC, des retraites et des minima sociaux de 40%.
  3. EMBAUCHE MASSIVE de fonctionnaires pour rétablir la qualité des services publics avant la RGPP* : gares, hôpitaux, écoles, postes.
  4. LOGEMENTS : plan de construction de 5 millions de HLM afin de faire baisser les loyers, le foncier et redynamiser l’économie par l’embauche. Punir lourdement les préfets et maires qui laissent des SDF dormir dehors.
  5. BANQUES : les rendre plus petites afin de se protéger des crises, casser les monopoles, séparer le spéculatif du dépôt et interdire le renflouement public.
  6. ANNULER LA DETTE : celle-ci n’a pas lieu d’être, elle a déjà été remboursée plusieurs fois.

II – POLITIQUE

  1. CONSTITUANTE : Réécrire une Constitution par le peuple et pour les intérêts du peuple souverain. Mise en place des référendums d’initiative populaire.
  2. INTERDICTION DES LOBBYS et autres réseaux d’influence. Exclusion définitive de la vie politique de tout élu ayant un casier judiciaire, mettre fin au cumul des mandats.
  3. FREXIT : sortie de l’UE afin de regagner nos souverainetés politique, monétaire et économique (respect du référendum de 2005), regagner notre droit de battre monnaie en sortant de l’article 123 du traité de Lisbonne (50 milliards d’euros d’économies par an).
  4. ÉVASIONS FISCALES : récupérer les 80 milliards d’euros abandonnés par l’État chaque année au CAC 40.
  5. ARRÊT IMMÉDIAT DES PRIVATISATIONS et récupération des biens publics : autoroutes, aéroports, parkings, SNCF…
  6. RADARS ET VERBALISATIONS : retrait des radars inutiles et de la verbalisation vidéo qui n’est rien d’autre qu’une taxe déguisée.
  7. ÉDUCATION NATIONALE : exclure toute idéologie de ce ministère et mettre à plat les techniques éducatives destructrices (méthode globale…)
  8. JUSTICE : quadrupler son budget et limiter dans la loi les durées des procédures. Simplifier et rendre la justice totalement gratuite et accessible à tous.
  9. MEDIA : casser les monopoles et le copinage médiatico-politique. Rendre les médias accessibles aux citoyens et garantir la pluralité d’opinion. Mettre un terme à la propagande des éditocrates. Retirer la subvention publique des médias (2 milliards par an) ainsi que les niches fiscales des journalistes.
  10. GARANTIR LA LIBERTÉ des citoyens et inscrire dans la Constitution l’interdiction à l’État de s’ingérer dans l’enseignement, l’éducation, la santé, la famille…

Continue reading La charte officielle des gilets jaunes

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Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1

Ecrire sur un présent qui est en train de se dérouler devant nos yeux n’est jamais facile. On manque de recul. On risque de donner de l’importance à des faits qui sont artificiellement gonflés par les médias, et que l’Histoire renverra au statut d’anecdotes. Et on risque d’être guidé par l’émotion, plus que par l’observation rigoureuse des faits.

Bref, c’est casse-gueule.

Mais en même temps, si on ne le fait pas, on laisse la place à celles et ceux que ça ne gêne pas d’écrire dans l’instant, dans l’émotion (et souvent d’ailleurs, dans le but de susciter l’émotion).

Ce que je vais écrire ici se base sur ce quoi je travaille depuis 6 ans : les mouvements qui émergent dans un contexte de crise des institutions auxquelles on a délégué, durant des décennies, le pouvoir de décider à notre place ; ce que j’ai appelé « la crise de la délégation ». En 6 ans, ça m’a permis d’observer l’émergence et l’échec de certains de ces mouvements. Je pense par exemple aux Printemps arabes, au mouvement Nuit Debout, etc. J’ai pu observer les causes de leur émergence… et les conséquences, parfois, de leur échec.

Aucune théorie ne permet de prévoir l’avenir. Je ne sais pas sur quoi va déboucher la mobilisation des « gilets jaunes ». Mais j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de nouveau qui est en train de se passer.

Je suis convaincu qu’une théorie est avant tout un outil pour observer le réel. On pourrait prendre l’image de lunettes : si vos lunettes ne vous permettent plus de voir les obstacles sur votre chemin, et que vous vous cassez constamment la gueule, c’est que vos lunettes ne sont plus adaptées. A l’inverse, si vous avez l’impression d’y voir très clair, du moindre détail jusqu’à la « big picture », c’est probablement que vos lunettes sont bien adaptées.

Dernière précaution : je vais appeler ce texte « Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1 », pour pouvoir éventuellement le retravailler au fur et à mesure des événements.

Et maintenant, rentrons dans le vif du sujet…

La faillite des corps intermédiaires = On ne veut plus « déléguer »

Ce qui saute le plus aux yeux est le fait que les manifestations des gilets jaunes constituent une mobilisation qui n’est pas organisée par un parti politique ou une organisation syndicale. Plus encore, ils rejettent globalement le rattachement à tout parti ou tout syndicat. Ils se posent également comme très méfiants vis-à-vis des médias traditionnels. Continue reading Gilets jaunes et crise de la délégation – Version #1

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Réflexion sur la Transition

Récemment, Transition Network, le réseau international de la Transition, invitait à réfléchir aux défis de la transition, avec un texte très complet, intitulé « It’s time to talk about We ». Le texte a été relayé par le réseau belge « Réseau Transition.be », lui-même actuellement en phase de réflexion…

Voilà le cadre… Et j’avais envie de rebondir sur certains points qui me parlent beaucoup, et d’éventuellement proposer quelques pistes de réflexion. Je reprends l’ordre des différents chapitres du texte.

1. Les ressources.

On en a toutes et tous fait l’expérience dans nos initiatives : temps et argent manquent presque toujours.

Le temps…

L’immense majorité de celles et ceux qui s’engagent dans des initiatives en transition doivent jongler entre cet engagement, leur boulot et leur vie de famille.

L’argent…

Je pense que culturellement (ou disons, sociologiquement), la Transition émerge et s’inscrit dans un tissu social et socio-professionnel très « subventionné ». Je m’explique : il faudrait le vérifier statistiquement, mais j’ai l’impression qu’on rencontre, dans les initiatives en transition, énormément de personnes qui travaillent dans les secteurs du social, de la culture, de l’associatif, de l’éducation, de la fonction publique, de l’aide à la personne (donc des secteurs qui vivent surtout de subventions et d’argent public). C’est finalement logique que beaucoup de transitionneurs et transitionneuses soient dans ces secteurs : ce sont probablement les premiers à se rendre compte des méfaits du modèle de société actuel. Ils ont généralement fait des études supérieures, leur donnant les outils pour réfléchir à la société actuelle. Et ils ont souvent souvent une certaine expérience de l’engagement politique (au sens large), de la mobilisation collective, etc.

Mais l’effet secondaire est que souvent, la viabilité de l’initiative n’est pensée que par rapport à des subventions. On ne cherche pas des « clients », mais des « appels à projets ». Et très souvent, on construit les initiatives en transition sur le modèle « ASBL financée par des fonds publics, quelques permanents salariés de l’ASBL, et des bénévoles », alors que rien n’implique intrinsèquement que ces initiatives se développent sur ce modèle-là. Continue reading Réflexion sur la Transition

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Parution de la 4ème (et dernière) partie de ma série sur la radicalisation

La parution du dernier volet de ma série sur la radicalisation, dans la revue de la Fondation Ceci n’est pas une crise, tombe à point nommé, puisque j’y abordais la question de la radicalisation à l’extrême-droite, en miroir de la radicalisation islamiste.

  • A point nommé, parce qu’en France, il n’y a pas une semaine sans qu’il y ait une polémique d’ordre identitaire.
  • A point nommé parce qu’en Belgique, un mouvement étudiant d’extrême-droite, “Schild & Vrienden”, a récemment fait la Une des journaux… Et Lalibre.be annonçait hier qu’un quart des jeunes électeurs flamands souhaite un régime autoritaire en Flandre.

Je rejoins Anne-Emmanuelle Bourgaux (Ecole de Droit UMONS ULB) qui disait hier, sur La Première – RTBF, qu’il y a une URGENCE DÉMOCRATIQUE, au même titre qu’une urgence écologique.

[Extrait] : “Depuis les années 80, tout comme on a laissé se développer une réponse salafiste à la crise d’identité et
à la recherche de radicalité d’une partie de la jeunesse d’origine immigrée, on a laissé se développer des groupuscules identitaires auprès d’une jeunesse plus autochtone, tout autant en recherche d’identité, et de radicalité.”

Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment, en 2018, une société comme la nôtre se retrouve avec des jeunes, élevés ici, qui partent en Syrie, et d’autres jeunes (au profil sociologique très proche), qui s’engagent dans des groupuscules néo-nazis.

… Comment en est-on arrivé là ??

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Monsanto : quand 12 citoyens font ce qu’aucun organisme public n’est arrivé à faire

Il n’est jamais facile de proposer une analyse d’un fait d’actualité, surtout d’un procès qui va encore connaître des recours et autres rebondissements.

Je voudrais juste extraire un élément qui me semble important : c’est un tribunal composé de citoyens qui a fait ce qu’aucun organisme public n’avait été capable de faire.

La décision de ce tribunal de San Francisco, condamnant Monsanto à payer 289 millions de dollars, suite à la reconnaissance du rôle du glyphosate dans le cancer de Dewayne Johnson, constitue la reconnaissance par une jury composé de citoyens, qu’une entreprise ne peut porter atteinte à notre santé et tromper l’opinion publique impunément. Ce jury a d’ailleurs accordé 39 millions de dollars au plaignant pour les dommages occasionnés, et 250 millions de dollars de “punition” à Monsanto pour avoir volontairement caché les dangers de son produit.

Rappelons quelques points importants :

1. L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence

Je l’ai déjà répété plusieurs fois. Cette phrase devrait clignoter à l’entrée des bâtiments de tous les organismes publics de protection de la santé ou de l’environnement : l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.

Si on a testé 1000 cas, on ne peut produire une affirmation scientifiquement valable que sur ces 1000 cas. Pas sur le 1001ème. Encore moins sur les 100.000 autres cas qui suivent. On peut supposer, on peut faire des hypothèses, on peut proposer des probabilités, mais on ne peut pas dire qu’un événement n’arrivera jamais.

J’avais déjà utilisé cet exemple ici : Mettons 999 boules noires dans un sac, et 1 boule blanche. Je tire, une à une, 500 boules. Elles sont toutes noires. Si à partir de mes observations, j’en induis que toutes les boules du sac sont noires, je me trompe !

Probablement que chaque nouveau tirage d’une boule noire renforcera ma certitude : “vous voyez, toutes les boules sont noires”… jusqu’à ce que la boule blanche apparaisse, venant définitivement me donner tort ! Cette boule blanche, ça peut être un jardinier atteint d’un cancer parmi 1000 jardiniers.

La science peut tester ce qui est, ce qui a été (et c’est déjà assez compliqué comme ça de la faire valablement), elle ne peut pas tester ce qui va arriver. L’induction (généraliser à partir des faits singuliers) n’amène aucune certitude scientifique.

L’esprit scientifique, l’empirisme, le scepticisme, etc., se sont construits sur cette critique de l’induction. Dès le 2ème siècle, dans ses “Hypotyposes” (Livre II), Sextus Empiricus, philosophe sceptique et médecin de l’école de médecine antique “empirique”, écrivait : Continue reading Monsanto : quand 12 citoyens font ce qu’aucun organisme public n’est arrivé à faire

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