Energie, alimentation, participation citoyenne : Et si la transition était principalement une question d’échelle ?

Commençons avec l’exemple de l’énergie. Le modèle de production énergétique que nous avons connu depuis la fin du 19ème siècle est un modèle extrêmement centralisateur : une petite minorité qui produit de l’énergie pour une grande population.

Ce sont les énergies fossiles qui impliquent cela : les ressources fossiles sont localisées à certains endroits spécifiques du globe et leur transformation en énergie implique d’immenses moyens à mettre en œuvre : mines, puits de forage, pipelines, centrales, etc. Cela nécessite, comme l’explique Rifkin (2014), des compagnies intégrées verticalement, et gérées de façon extrêmement centralisées, pour pouvoir contrôler l’ensemble des opérations. Au final, quelques pays exportateurs de pétrole et quelques grosses multinationales produisent l’énergie que des milliards d’êtres humains consomment.

Notre modèle alimentaire n’est pas tellement différent. Le 20ème siècle a été une longue centralisation de la production alimentaire dans les mains d’une minorité toujours plus petite. Il suffit de regarder les statistiques liées à l’agriculture : toujours moins d’exploitations agricoles, mais des exploitations de plus en plus grandes. Cela se confirme, aux Etats-Unis, comme en France, en Belgique ou partout en Europe. Aujourd’hui, une grande partie de ce qu’on mange est produit dans d’immenses exploitations agricoles. Ainsi, la province d’Alméria, en Espagne, est devenue, avec ses 30.000 hectares de serres, “le potager de l’Europe” (selon une formule du Monde, 25.06.2007). Continue reading Energie, alimentation, participation citoyenne : Et si la transition était principalement une question d’échelle ?

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“… Said no one ever !”. Personne ne dit jamais ça.

 

Et si on essayait de décrire la situation actuelle, en partir de ce que (presque) personne ne dit jamais ?

Exemple 1 : (Presque) personne ne dit “J’adore mon boulot ! Je m’y vois encore bien dans 10 ans !”, ou “Mon boulot est épanouissant, j’y trouve vraiment du sens, je suis fier de ce que je fais !”, ou “Chaque matin, j’ai hâte d’aller bosser !”, ou “La législation liée à mon secteur est vraiment adaptée à la réalité du terrain”, ou “L’organisation interne est hyper bien pensée, et les personnes aux postes clés sont extrêmement compétentes !”… Said No One EVER !

Au contraire, énormément de personnes se sentent frustrées dans leur emploi : mauvais fonctionnement, incompétence du n+1, du n+2, du n++….. , surcharge de boulot à cause de collègues trop souvent absents, harcèlement, sentiment de ne servir à rien, de faire toujours la même chose, de ne pas être à sa place, de ne pas être reconnu à sa juste valeur, pré-burnout, burnout, bore-out, dépression, etc. Et surtout un sentiment généralisé que tout se dégrade, qu’avant on pouvait mieux travailler, qu’avant on était plus efficaces, qu’avant l’ambiance était meilleure…

Alors, bien sûr, avant, tout le monde n’aimait pas nécessairement son boulot, et il n’est pas difficile d’imaginer que passer 10 heures au fond d’une mine n’était pas “épanouissant”. Mais le monde d’hier se structurait probablement davantage entre ceux qui étaient fiers de leur boulot (et qui pouvaient être fiers de bien faire ce qu’ils devaient faire) et ceux qui n’étaient pas satisfaits, et qui se divisaient eux-mêmes entre ceux qui avaient conscience que collectivement ils pouvaient faire changer les choses (la « conscience de classe ») et ceux qui étaient complètement résignés. Toujours ce Fight or Flight.

Aujourd’hui, tout cela semble brouillé, et nous sommes nombreux à surnager, entre deux eaux, comme si on attendait que quelque chose arrive. Un C4 ? L’effondrement du système ? Un burnout ?

Continue reading “… Said no one ever !”. Personne ne dit jamais ça.

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Parution de la 1ère partie de ma série sur la radicalisation

Parution de la première partie de ma série sur la radicalisation, dans le n° 11 (novembre 2017), de la revue numérique de la Fondation “Ceci n’est pas une crise”.

Ces réflexions sur la radicalisation feront partie du livre à paraître sur les notions d’empowerment et d’anti-délégation.

Présentation de la série des 4 articles :

Ce premier article fera l’historique des émeutes et “échauffourées” qu’ont connues les quartiers touchés actuellement par les phénomènes de radicalisation, ces quartiers d’ “où proviennent les terroristes” et qu’on ne découvre que dans la mesure où on aurait fermé les yeux durant 30 ans sur le malaise grandissant d’une population, et sur le sentiment d’abandon qui s’y est créé.

Le deuxième article fera un détour par les Etats-Unis, qui ont connu, avant la Belgique ou la France, un Islam des quartiers défavorisés, avec les Black Muslims et Malcolm X d’abord, puis les Five-Percenters, et finalement le Salafisme. Ce détour permet de comprendre la dimension identitaire de la radicalisation religieuse.

Le troisième article plongera pleinement dans les ressorts de la radicalisation, auprès des populations les plus jeunes, et au sein de l’ensemble des pratiques à risque qui assurent leur quotidien.

Enfin, le quatrième article mettra en miroir cette forme de radicalisation religieuse avec d’autres déclenchements de violence, dans des quartiers très proches, voire similaires : la montée d’un hooliganisme d’extrême-droite.

Lire l’article sur le site de la revue…

Référence :

Patte, Y. (2017), Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ? Partie #1, Revue numérique de la Fondation Ceci n’est pas une crise, n°11, novembre, pp. 10-15.

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Les “Devoirs” de Cicéron (5): Ne pas réagir à une injustice, c’est en commettre une !

Nous poursuivons avec les différentes facettes de la justice et de l’injustice chez Cicéron, en particulier dans son texte “Les Devoirs” [De Officiis].

Nous savons que la justice est ce qui prime chez Cicéron. Et que l’excès de loi pouvait amener paradoxalement à l’injustice.

Il rajoute un élément important – et donc on peut trouver une multitude d’exemples dans l’actualité : Ne pas réagir à une injustice, c’est en commettre une !

[#23] Celui qui ne résiste pas, ne s’oppose pas, alors qu’il le peut, à l’injustice, est en faute tout autant que s’il abandonnait ses parents ou ses amis ou sa patrie.

Et Cicéron essaye de comprendre pourquoi est-ce que certaines ne réagissent pas aux injustices dont ils sont témoins. C’est ce qu’il appelle “l’injustice par omission” : Continue reading Les “Devoirs” de Cicéron (5): Ne pas réagir à une injustice, c’est en commettre une !

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Les “Devoirs” de Cicéron (2) : La vertu réside dans l’action

Poursuivons dans cette série de petits articles sur Cicéron et son Traité des devoirs [De Officiis].

L’article précédent montrait que Cicéron mettait l’accent sur une forme de connaissance, “phronèsis“, orientée vers l’action, et en particulier vers des actions justes et profitables pour tout le monde.

C’est qu’en fait, chez Cicéron, aucune des vertus de la beauté morale ne renvoie à de la connaissance pure. Il est toujours question d’action.

Extraits :

[#153] la connaissance et la contemplation de la nature seraient en quelque sorte mutilées et inachevées s’il n’en résultait aucune action réelle; or cette action se voit surtout dans la sauvegarde des intérêts humains; elle concerne donc la société du genre humain; elle est par conséquent à placer au-dessus de la connaissance.

[#15] cette espèce de la beauté morale qui réclame une action et non pas seulement la réflexion de l’esprit.

Cicéron rajoute encore 2 précisions : Continue reading Les “Devoirs” de Cicéron (2) : La vertu réside dans l’action

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“Les Devoirs” de Cicéron (1) : Le concept de “Phronèsis”

Voilà quelque chose que j’avais envie de faire depuis un petit temps : publier une série d’articles courts basés sur des extraits d’un de mes textes préférés : Le “Traité des Devoirs” [De officiis] de Cicéron… Ok, ça paraît chiant / intello, mais je vous jure que ce texte ne l’est pas du tout !! Je trouve ce texte très sensé, et surtout d’une universalité qu’on trouve assez rarement, c’est-à-dire que la manière avec laquelle il aborde les choses permet au texte de rester très actuel.

Il y a 7 ou 8 points que j’aimerais mettre en avant. Pour chacun de ces points, j’essaierai de faire le lien avec quelques questions actuelles. Et j’essaierai, via les réseaux sociaux (ma page Facebook & mon compte Twitter) de faire réagir quelques personnes d’intérêt.

Toutes les citations proviennent de la version du texte que j’ai en ma possession : Cicéron, Les Devoirs, Livre I, Paris : Editions “Les Belles Lettres”, 1965.

Premier extrait à propos de la “Phronèsis”… vous ne savez pas ce que c’est ? Et bien, c’est bien ça le problème !! Voilà un concept qu’on a tout à fait perdu ! Et pourtant…

Extrait de Cicéron :

La première de toutes les vertus est cette sagesse que les Grecs appellent σοφία (“sophia”).  Sous le nom (…) de prudence que les Grecs appellent φρόνησις (“Phronesis“), nous entendons une autre vertu qui est la science des choses à rechercher et des choses à éviter.

Explication :

Voilà une nuance qui semble tout à fait s’être perdue : la meilleure traduction de phronèsis est probablement la “sagesse pratique“, voire la “prudence dans la prise de décision”.

Quelques siècles avant Cicéron, Aristote avait déjà fait de la phronèsis, une de ses vertus intellectuelles (dans l’Ethique à Nicomaque) : “Ce qui caractérise l’homme prudent, c’est la faculté de délibérer avec succès sur les choses qui lui sont bonnes et avantageuses (…) qui peuvent contribuer, en général, au bonheur de sa vie.

Aristote rajoute : “Voilà pourquoi nous regardons Périclès et ceux qui lui ressemblent, comme des hommes prudents, parce qu’ils sont en état de voir ce qui est bon et avantageux pour eux-mêmes et pour les autres; et nous les croyons capables de diriger avec succès les affaires d’une famille, et celles d’un état“.(1)

Ce qui est vraiment intéressant, à mon sens, c’est que la notion de phronèsis ne rentre pas dans l’opposition classique – et qui à mon sens n’a aucun sens – entre science fondamentale et science appliquée. La phronèsis représente un troisième terme. Aristote distinguait effectivement (2): Continue reading “Les Devoirs” de Cicéron (1) : Le concept de “Phronèsis”

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Brève réflexion sur la contamination des oeufs et le rôle de l’AFSCA

Illustration : Les Humeurs d’Oli

Dans un article de L’Echo, Philippe Baret, professeur à la faculté des bio ingénieurs de l’UCL explique : “L’Afsca (…) va avoir tendance à venir contrôler un petit producteur et à faire confiance a priori aux acteurs historiques de l’agro-industrie.

De fait :

  • l’AFSCA déverse du détergent sur des tartes faites par les habitants d’un village lors d’une fête locale… parce qu’il y a “de la poussière et des araignées”.
  • l’AFSCA fait couper une haie d’aubépines quasi centenaire pour “un risque potentiel de feu bactérien pour les vergers voisins”.
  • l’AFSCA fait interdire l’utilisation de petits fruits sauvages par une maraichère bio, parce qu’ils ne sont pas “traçables”.
  • l’AFSCA fait fermer un frigo solidaire à Namur.
  • l’AFSCA interdit à des cuisiniers de boire de l’eau en cuisine en pleine canicule.

… Mais l’AFSCA ferme les yeux sur la contamination au Fipronil, un insecticide interdit !

Observation #1 : La meilleure manière de diminuer les risques alimentaires est de favoriser une alimentation décentralisée, locale, bio, à petite échelle et ancestrale.
-> Fournir des oeufs à 100 personnes génère moins de risques que de fournir des oeufs à 100.000 personnes.
-> On a survécu des millions d’années avec des araignées, de la poussière, et des fruits non-traçables. On connaît par contre peu l’impact du Fibronil sur la santé à long terme.
-> l’AFSCA favorise le modèle alimentaire le plus risqué.

Observation #2 : l’AFSCA fait partie de ces institutions “iatrogènes”. En voulant éliminer tout risque alimentaire à coups de réglementation, l’institution favorise les grosses industries qui ont les moyens financiers et humains de répondre à toutes ces réglementations, alors même que ces grosses industries vendent majoritairement des produits de moins bonne qualité nutritionnelle, lorsqu’ils ne sont pas carrément néfastes pour la santé, et à la base de tout un ensemble de troubles de santé hautement plus dangereux : diabète, hyperinsulinémie, hypertension, athérosclérose, inflammation chronique, certaines formes de cancer, etc. Au final, Mac Do et Coca-Cola ont beaucoup moins de chances d’être pénalisés par l’AFSCA qu’un petit maraîcher bio.

La solution n’est pas dans un changement de fonctionnement de l’AFSCA. La solution est dans un nouveau modèle de société.

Article de L’Echo : http://www.lecho.be/dossier/choixredac/Philippe-Baret-UCL-L-Afsca-se-cache-derriere-ses-controles/9921482

Un lien : le groupe Facebook Protégeons nos produits artisanaux de l’AFSCA

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Parution : carte blanche dans La Libre Belgique

Nous, citoyens, en sommes là. Entre le sentiment d’impuissance, porté par les politiques eux-mêmes, et la tentation de la toute-puissance, portée par les populismes nationalistes.

Le 12 juin dernier, le président Trump mettait en scène sa toute-puissance, lors d’une réunion de cabinet surréaliste, où, l’un après l’autre, ses ministres et conseillers vantaient les mérites du chef. Quel honneur et privilège, pour eux, de travailler pour un si grand homme ! Tout cela en présence des caméras et journalistes. Belle mise en scène de la toute-puissance de celui qui veut rendre l’Amérique “great again”. Mais comment la comprendre ?

N’est-ce pas le retour de bâton d’un monde politique qui, trop souvent, met en scène sa propre impuissance ? A Ottignies-Louvain-la-Neuve, la consultation populaire a montré que 80 % des habitants qui ont participé au vote sont contre l’extension du centre commercial L’Esplanade. Mais la commune leur rappelle qu’elle n’a pas le pouvoir de stopper le projet, qu’elle est liée à des engagements antérieurs et que la décision revient à la Région.

Autre dossier ? Ores et les intercommunales : les communes n’avaient pas la capacité de négocier plus avantageusement le rachat des parts d’Electrabel, à cause de deals fixés avant, ailleurs (le fameux “droit de PUT”), auxquels elles étaient tenues. Et on pourrait reparler de Belfius, d’Arcelor Mittal, de Caterpillar…

Sauvetage des banques, politique industrielle, projets urbanistiques, transition énergétique, protection de l’emploi, accords internationaux, quel que soit le domaine, très souvent, le discours du politique est “on ne peut rien y faire”, “nous sommes pieds et poings liés avec ………………………………….” (remplissez les pointillés : “des décisions prises avant”, “des décisions prises ailleurs”, “des réglementations”, “des intérêts privés”, etc.).

… Lire la suite sur le site de La Libre Belgique !

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ORES, SEDIFIN… et extension de L’Esplanade. L’impuissance politique. Réponse à Hadelin de Beer de Laer

 

Cet article s’inscrit dans une discussion commencée avec Hadelin de Beer de Laer, dans le cadre de l’affaire ORES. Pour rappel, deux transactions sont questionnées : le rachat des parts d’Electrabel dans ORES Assets par les communes, et la vente des parts des communes dans Electrabel Customer Solutions, à Electrabel.

Un rachat d’un côté, une vente de l’autre, et peut-être des centaines de millions d’euros que les pouvoirs publics auraient perdus dans l’histoire. C’est en tout cas, ce que de plus en plus d’experts commencent à dire, dont Damien Ernst et Frédéric Chomé.

Si vous voulez sauter toute la partie “technique” sur ORES, et aller directement aux réflexions sur questions de démocratie que cela implique (après la partie en italique), je ne me vexerai pas 🙂 Mais c’est sûr que c’est plus intéressant de comprendre tous les détails de l’affaire.

Le fait est que j’ai publié un article sur l’affaire, intitulé : “L’affaire ORES : Exemple parfait d’une crise de la délégation“. Ce qui se joue au niveau des intercommunales est effectivement, à mon sens, un parfait exemple des limites de la délégation, dans nos démocraties représentatives.

Hadelin de Beer de Laer a réagi à cet article. Plutôt négativement. De fait, Hadelin de Beer de Laer est conseiller communal ECOLO à Ottignies-Louvain-la-Neuve et administrateur de l’intercommunale SEDIFIN, qui a participé au rachat des parts d’Electrabel. C’est d’ailleurs lui qui est venu défendre SEDIFIN, lors du conseil communal de Genappe (la commune où j’habite), lorsque l’approbation des comptes des intercommunales était à l’ordre du jour (conseil communal du 30 mai 2017).

Suite à son commentaire, qui laissait sous-entendre, d’une part, que je n’avais pas tout compris aux transactions en question, et d’autre part, que je le “crucifiais” sans avoir entendu les arguments qu’il allait présenter au conseil communal, je lui ai promis de faire un compte-rendu de son intervention. C’est ce que j’ai fait. Et afin d’être sûr qu’on puisse discuter sur une base sur laquelle nous étions d’accord, je lui ai demandé de valider mon compte-rendu.

Celui-ci est recopié ci-dessous, en italique. Il représente donc bien ce qu’Hadelin de Beer de Laer a dit, et a voulu dire, au conseil communal de Genappe.

… Vous me suivez toujours ?

A mon sens, son intervention conforte ma description d’un système à bout de souffle, qui désapproprie les citoyens de toute emprise sur les enjeux qui les concerne. Et comme je crois que ça va bien au-delà du cas d’ORES et des intercommunales, et que ça relève d’une posture spécifique de nombreux élus, je ferai le lien avec un autre dossier, sur lequel Hadelin de Beer de Laer s’est également fort impliqué : l’extension de l’Esplanade à Louvain-la-Neuve.

Mais commençons par le compte-rendu, que je vous invite quand même à lire : Continue reading ORES, SEDIFIN… et extension de L’Esplanade. L’impuissance politique. Réponse à Hadelin de Beer de Laer

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La démocratie participative : réponse à un texte d’Hadelin de Beer

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Cet article est une réponse au texte « Faire vivre la démocratie participative dans notre ville », de Hadelin de Beer, conseiller communal à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Ce n’est pas tant une critique de son texte qu’une invitation à débattre : j’apprécie le fait qu’il lance une réflexion sur la démocratie participative, mais je pense que son postulat de base est mal choisi.

Le problème principal réside dans le fait de penser la participation citoyenne dans un cadre de pensée qui reste celui de la séparation du peuple et de ses élus, et du monopole de ces derniers sur l’initiative et la prise de décision finale.

Au lieu d’être « acteurs » du processus démocratique, comme le supposerait l’idée de participation, les citoyens restent l’objet d’initiatives proposées par le politique: ils « sont consultés ». Grammaticalement, la nécessité de passer par la forme passive du verbe témoigne du fait que les citoyens restent « passifs », ils répondent à une demande du politique. « Sur quoi solliciter les citoyens » se demande Hadelin de Beer. Dans la participation, la population devrait autant questionner que répondre. En fait, elle devrait débattre.

D’où vient l’erreur de départ ? Du postulat de base, dans le texte, selon lequel on pourrait partir de l’hexamètre de Quintilien (qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi?) dans le but de « connaître les circonstances pour prendre une bonne décision ». Le problème est que le présupposé est tout à fait « objectiviste », et toutes les difficultés que rencontre Hadelin de Beer, pour répondre à ces six questions, révèlent la limite de cette illusion objectiviste lorsqu’on aborde des enjeux sociaux.

En réalité, plus aucun chercheur en sciences sociales ne pense qu’il existerait une « réalité » et qu’on pourrait la « découvrir », la « révéler », à partir de ces six questions. En particulier en politique. Pierre Bourdieu a assez montré que la « réalité » est le lieu d’une lutte permanente pour définir « la réalité » (Bourdieu, 1980: 67).

L’image illustrant l’article est particulièrement révélatrice du présupposé objectiviste : un « Sherlock Holmes » se penchant avec sa loupe sur une réalité à découvrir. Si c’est le peuple qui est en-dessous, on l’imagine comme une colonie de petites fourmis dont l’agitation est à ce point obscure à l’élite politique, que celle-ci doit se munir d’une loupe et d’une grille de six questions.

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C’est d’autant plus dommage que le texte est écrit par un conseiller de la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, siège d’une Université (UCL), dont la faculté de sociologie a produit certains des meilleurs sociologues en sociologie du Sujet, sociologie de l’action, sociologie des mouvements sociaux, ou en recherche-action. Je pense à Guy Bajoit, à Abraham Franssen, à Luc Van Campenhoudt. Je ne sais plus si Bajoit l’a écrit quelque part, mais je me rappelle, lors de discussions, qu’il disait que le sociologue ne devait pas « rester au balcon » mais descendre dans la rue. Tout semble indiquer, dans le texte d’Hadelin de Beer, que l’élu se penche, depuis son balcon, sur cette population qui « grouille » en-dessous, et qu’il faudrait consulter. J’exagère son propos, mais c’est ce qu’inspire l’image utilisée. J’y reviendrai. Continue reading La démocratie participative : réponse à un texte d’Hadelin de Beer

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