Exemple de différence en théorie et pratique n°45672 : le “racisme anti-blanc”.

Est-ce que le racisme est systémique et structurel ? Oui, le racisme s’inscrit dans une relation de domination d’un groupe sur un autre. C’est un ordre social qui produit et reproduit des inégalités (d’accès à l’emploi, au logement, à l’enseignement) à partir de la couleur de peau et/ou de l’origine ethnique (parfois de la religion, de l’origine géographique, etc.). Donc, ce n’est pas symétrique : le racisme, inscrit dans les structures sociales (qu’on peut observer en termes d’accès à l’emploi, etc.), relevant de la domination d’un groupe sur un autre (“racisme anti-noir” pour faire simple), n’est pas la même chose que les réactions des populations dominées envers le groupe dominant (“racisme anti-blanc”).

(Un bon petit livre sur le sujet : “La mécanique raciste” de Pierre Tevanian, 2008).

Mais dans le pratique, je ne serai pas plus votre pote si vous n’aimez pas les Blancs que si vous n’aimez pas les Noirs. On ne sera pas plus pote si vous êtes juif et que vous n’aimez pas les musulmans, ou si vous êtes musulman et n’aimez pas les juifs. Et même chose, je ne serai pas plus pote avec un homo hétérophobe qu’avec un hétéro homophobe.

En bref, si vous avez cette légère tendance à classer les gens sur leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur religion, leur sexe ou leur sexualité, à faire des généralisations au sein de ces groupes, et à développer des comportements discriminatoires et/ou haineux à leur encontre… on a peu de chances d’être potes, que vous soyez dans un groupe dominé ou dans un groupe dominant. Dans ma vie quotidienne, je jugerai de la même manière les différentes formes de racisme.

Et je rajouterais encore que 99% des discussions sur le sujet dans les médias opposent des intellectuels qui expliquent des phénomènes (structurels), et des individus qui parlent de leur vécu et des principes qui les guident dans leur vie quotidienne. Ces discussions ne servent à rien…

Extrême-droite et publicités Facebook

“Le Vlaams Belang est le 1er parti en Flandre grâce à ses pubs Facebook” IS THE NEW “les jeunes sont violents à cause des jeux vidéos”…

… Pour préciser : Ces 20 à 30 dernières années, les politiques ont reproduit des conditions que Hannah Arendt, par exemple, décrivait dans “Les origines du totalitarisme” (1951) :

  • Des masses de population qui ne se reconnaissent plus dans aucun parti (p. 311), ni dans la classe dirigeante (pp. 312-313) qu’elles perçoivent comme corrompue (p. 353) et décadente (p. 468).
  • Des masses d’individus isolés, atomisés (p. 323) qui ne composent plus un groupe solidaire, et qui sont généralement insatisfaits et sans réel espoir (p. 315).

> > > Une phrase-clé des 500 pages de l’ouvrage est, à mon sens, celle-ci :

“Les masses détestent la société dont elles se sentent exclues, autant que les parlements dans lesquels elles ne sont pas représentées” (p. 107).

… Et quand, aujourd’hui, ces totalitarismes repointent le bout du nez, les politiques vont nous dire qu’il faut vite réguler les pubs sur les réseaux sociaux pour lutter contre ces totalitarismes… #Facepalm

. . .

Réf : Arendt, H. 1962. “The Origins of Totalitarism”, Cleveland & NY: Meridian Books.

Brève réflexion sur la structuration du territoire

Une réflexion très rapide (en courant ce matin dans les bois), par rapport à la structuration du territoire… 

Quand on se balade dans la nature, on passe par tout un ensemble de lieux-dits, le plus souvent liés à des éléments naturels : rivières et ruisseaux, moulins, bois, monts, vallées, rochers, vieilles fermes, etc.

Et on retrouve pratiquement tous ces éléments naturels dans les cartes, et les textes du Moyen-Âge (chartes, chroniques, etc.), parce que ces éléments structuraient l’espace : limites de duchés et comtés, propriétés, dépendances, dîmes, etc. En fait, ces éléments ont structuré notre espace durant des milliers d’années (probablement des millions même si on n’en a pas de traces écrites).

Dit autrement, les cartes IGN des randonneurs et randonneuses sont assez similaires aux cartes Ferraris (1770-1778) des historiens et historiennes.

Les éléments naturels, liés au territoire et au terroir, structurent bien mieux, et plus naturellement, l’espace que les autoroutes qui coupent les campagnes, divisent les hameaux, etc., ou que les centres commerciaux en périphérie des centres villes et des lieux de vie…

Comprenons-nous, il est évidemment compliqué, avec le mode de vie actuel, de se passer des grands axes autoroutiers, des pôles économiques, etc., mais les aménagements futurs devraient à mon sens retrouver le lien avec l’histoire et la topologie géographique.

Au risque de me répéter (je l’ai écrit dans plusieurs textes), la transition vers un nouveau modèle de société doit, je crois, commencer par une réflexion sur la structuration du territoire. Et on ne construira pas une société plus respectueuse de l’environnement sans structurer le territoire de cette société sur son environnement naturel.

Pour être précis, dans le projet de construire quelque chose de nouveau, je mettrais d’abord autour de la table – avant les sociologues, les politologues et les économistes -, des géographes et des historiens et historiennes. D’abord réfléchir au territoire (déterminé par des éléments naturels et fruit d’une longue histoire). Et puis réfléchir à quel société on construit sur ce territoire.

Des géographes et des historiens et historiennes intéressés ?

Pour aller plus loin :

Continue reading Brève réflexion sur la structuration du territoire

Manque de confiance en politique et partis radicaux

Cette enquête ULB, VUB, KUL, illustre parfaitement ce que j’ai récemment expliqué ici 👉 “Brève réflexion sur la croyance en politique” .

Moins on a confiance dans le système politique (moins on “croit” dans le système politique), moins on va voter pour celles et ceux qui “représentent” ce système politique, c’est-à-dire les partis “traditionnels”.

L’enquête montre que la confiance dans la politique chute encore depuis 2014 et 2009. Et que celles et ceux qui ont le moins confiance dans la politique ont le plus voté pour les extrêmes : Vlaams Belang en Flandre et PTB en Wallonie.

Sur une échelle de 0 à 10, la confiance dans les partis politiques et dans les politiciens et politiciennes ne dépasse pas le score de 3 en Wallonie. Et ce n’est guère mieux en Flandre (entre 3 et 4).

Tableau : https://press.vub.ac.be/gebrek-aan-vertrouwen-in-politiek-en-ideologie-bepalen-proteststem

Tout le problème, c’est que si les partis traditionnels ne cessent de répéter ” la démocratie, c’est NOUS”, le changement qu’attendent de plus en plus de gens aura toutes les chances d’être beaucoup moins porté par des idéaux démocratiques. C’est ce qu’on voit dans l’enquête : les électeurs et électrices du PTB et du VB sont les moins satisfaits vis-à-vis de la démocratie. Et ça rejoint assez bien ce qu’il se passe ailleurs : Hongrie, Italie, Brésil, etc…

 Il faut donc construire une réelle alternative, radicalement différente de ce qui se fait actuellement (et qui n’arrive plus à susciter de confiance), mais fondée sur des idéaux et des mécanismes démocratiques.

👉 Et ça passera par davantage de rotation au pouvoir, par une réflexion sur la bonne échelle territoriale, une priorité donnée au niveau local, davantage de pouvoir aux assemblées, moins de bureaucratie, plus de participation, etc.

📄 Un document d’une trentaine de pages, en néerlandais, reprend les principales observations de cette enquête (avec les chiffres, etc.) : téléchargeable ici !

📰 Article Vrt.be (photo de couverture) : https://www.vrt.be/…/le-manque-de-confiance-dans-la-politi…/

Brève réflexion sur la croyance en politique

Tout système politique doit créer de la croyance : la croyance qu’il permet de sélectionner les bonnes personnes pour gouverner.

Et cela se fait de manière “tautologique” (comme beaucoup de choses qui participent au “fétichisme politique” décrit par Bourdieu*) :

On se dit que ce sont les bonnes personnes au pouvoir, parce qu’elles ont été choisies par le bon système politique.

ET (en même temps)

On se dit que c’est le bon système politique, parce qu’il a permis de mettre les bonnes personnes au pouvoir.

… Et tant que cette croyance se maintient et se reproduit dans une part assez grande de la population, tout se passe plus ou moins bien. L’élu incarne la validité du système politique, et le système politique fonde la validité de l’élu.

Jusqu’à ce que, comme maintenant, le système politique n’arrive plus à créer cette croyance. C’est flagrant en Belgique, comme en France.

Alors, là, tout s’inverse : Continue reading Brève réflexion sur la croyance en politique

#Walgov : Brève réflexion sur la “société civile” en démocratie

Autant je peux comprendre qu’on ne soit pas convaincu par la proposition de @lacoordination et des associations très ciblées qu’elle représente, autant je ne comprends pas le dénigrement de la notion de “société civile”. Philippe Walkowiak, journaliste RTBF, en parle comme d’un “ectoplasme” ??

C’est quand même pas une notion sortie du chapeau d’Ecolo. Pour beaucoup d’auteurs, la “société civile” est un élément fondamental de la démocratie.

A mon sens, c’est Tocqueville qui en parle le mieux… (Cet article est issu d’un Thread que j’ai publié sur Twitter

Dans “De la démocratie en Amérique”, Tocqueville explique l’importance de ce qu’il appelle “la vie civile” aux Etats-unis : c’est-à-dire toutes ces associations qui ne sont ni politiques, ni industrielles.

Tocqueville compare avec la France et l’Angleterre. En France, le gouvernement tend à s’occuper de tout; en Angleterre, ce sont les grands Seigneurs; et aux Etats-Unis, ce sont les associations. Continue reading #Walgov : Brève réflexion sur la “société civile” en démocratie

Adoption du Nutri-score par la Belgique

“Reprendre en main son alimentation”, c’est refuser de “déléguer” son alimentation (et par là sa santé) aux personnes ou aux instances qui décident, pour nous, ce que nous devrions manger : les géants de l’industrie alimentaire, la grande distribution… et les politiques.

Exemple avec le Nutri-score, initialement mis en place en France en 2016, et adopté par la Belgique le 2 avril 2019.

Ce “score” est censé aider les consommateurs à faire des choix alimentaires plus sains, et par là, à lutter contre les maladies cardiovasculaires, l’obésité et le diabète.

Chaque produit alimentaire se voit attribuer une lettre allant de “A” (aliment à favoriser) à “E” (aliment à limiter).

Très bien… Sauf que des frites surgelées ou du Coca Light se retrouvent avec de très bonnes notes (respectivement “A” et “B”), alors que des filets de maquereaux se voient attribuer un très mauvais “D”.

Comparons 2 repas, pour lesquels j’ai collecté les aliments sur le site de l’enseigne Colruyt, en Belgique.

#1 Repas “Junk Food”, dont on sait que c’est le “meilleur” régime pour développer des maladies cardiovasculaires, du diabète, de l’obésité.

  • Frites surgelées : A
  • Pain Hamburger : B
  • Hamburger : D
  • Coca light : B

 

#2 Repas d’inspiration “méditerranéenne”, dont on sait que c’est un des meilleurs régimes pour diminuer les risques cardiovasculaires et le diabète.

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Le test électoral 2019 RTBF/La Libre Belgique/UCLouvain

Est-ce que certains ou certaines d’entre vous ont fait le “Test électoral 2019” RTBF / La Libre Belgique / UCLouvain, etc. ? Qu’en avez-vous pensé ?

Je vais essayer de synthétiser ce qui, selon moi, pose problème dans ce genre de test…

1) Ce test pourrait laisser penser que l’électeur ou l’électrice construit (ou devrait construire) son choix politique de manière rationnelle, en analysant les programmes politiques, et en se positionnant sur chaque proposition comme étant “d’accord” ou “pas d’accord”.

C’est ce qu’on appelle un “biais scolastique”: ce travail d’analyse est uniquement fait par celles et ceux qui ont le “temps libre”, le “loisir” de le faire: journalistes politiques, politologues, etc. (Scolastique vient de skholế, qui renvoie autant à l’école qu’au temps libre). Continue reading Le test électoral 2019 RTBF/La Libre Belgique/UCLouvain

Brève réflexion sur les déterminismes

Etre sociologue, c’est entre autres révéler les déterminismes sociaux en termes de classe, d’origine, de genre.

Etre coach, c’est en général aider l’individu à faire fi des déterminismes.

Le mauvais sociologue fait fi des déterminismes dans son analyse. Il produit l’illusion d’une liberté inconditionnelle. Le mauvais coach maintient l’individu dans l’illusion qu’il n’est pas libre d’aller à l’encontre des déterminismes qui pèsent sur lui ou elle.

Les dirigeants politiques préfèrent les mauvais sociologues. Les #SJW* sont de très mauvais coachs.
Les débats sur la méritocratie et la justice sociale impliquent quasi toujours les mauvais sociologues et les mauvais coachs.

L’idée d’empowerment, c’est aller à l’encontre de tout cela. C’est prendre en compte cette phrase de Bourdieu (Questions de sociologie, 1984: 44-45) :

“Tout progrès dans la connaissance de la nécessité est un progrès dans la liberté possible”.

Pour aller un peu plus loin dans cette idée, j’ai publié, il y a quelques temps, ce texte : “Agir grâce à la notion d’Empowerment. Exemples en matière d’alimentation, de sport, d’emploi, de transition, etc…

* Social Warrior Justice