Coronavirus : la propagation d’une communauté à l’autre

Yaneer Bar-Yam fait partie des scientifiques qui ont été les premiers à prendre la mesure des dangers du coronavirus, dès le mois de janvier. 

Le 19 mars, il a publié cette note très intéressante sur la contagion de communauté à communauté. 

A lire ici : https://necsi.edu/eliminating-covid-19-a-community-based-analysis

Une très brève synthèse, ci-dessous, mais je vous invite à lire l’article : 

1) La plupart des études s’intéressent uniquement à la contagion d’individu à individu. 

2) Cette analyse s’intéresse au nombre moyen de communautés qu’infecte une communauté infectée. 

3) Peu importe la taille de la communauté : pays, ville, etc…

4) La contagion de communauté à communauté est *proportionnelle* à la probabilité qu’un individu d’une communauté infectée voyage jusqu’à une communauté non-infectée, et *exponentielle* par rapport à la longueur du délai des actions prises au sein de la communauté. 

Dit autrement : 

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Coronavirus : Si on ne *sur-réagit* pas individuellement, on met tout le collectif en danger.

C’est vraiment triste de voir à quel point les dirigeants et les médias n’ont pas pris la mesure de la situation à temps. Ce matin, je relisais la note publiée par Nassim Nicholas Taleb, Joseph Norman et Yaneer Bar-Yam, le 26 janvier : « Systemic Risk of Pandemic via Novel Pathogens – Coronavirus: A Note ». Moi-même, je la relayais le 1er février. 

Voici ce qu’on pouvait trouver dans cette brève note :

1) Quand on en sait peut sur un nouvel agent pathogène, il faut être extrêmement prudent. 

2) Dans ce genre de phénomènes (« extreme fat-tailed process »), les taux de contagion et de mortalité sont généralement sous-estimés. 

3) Tant qu’on ne sait pas à quel point des personnes peuvent être contagieuses sans avoir de symptômes, des mesures comme des tests de température dans les aéroports, par exemple, ne serviront pas à grand chose. Les incertitudes rendent généralement les choses plus compliquées que prévu, pas plus faciles. 

4) Réduire drastiquement les contacts entre personnes, grâce à des frontières collectives et des changements de comportement, et de l’auto-contrôle communautaire, sont des mesures essentielles à prendre.

5) Réduire la mobilité et les échanges aura un coût à court terme, mais ne pas le faire sera catastrophique.

6) Hélas, certains seront fatalistes et diront qu’on ne peut rien faire…

Au moment où ils ont publié cette note, on était à +/- 4000 personnes infectées et une centaine de décès, dans le monde, mais essentiellement en Chine. Et pourtant, durant plus d’un mois, on nous a dit que fermer les frontières était exagéré, que c’était du repli sur soi, que ce n’était qu’« une grippe », etc., et combien de médias n’ont pas fait de sujets sur « la parano » ambiante, combien de journalistes n’ont pas comparé le nombre de décès dus au coronavirus avec le nombre de tués sur la route ou décès pour cause de diabète… 

Combien de vies auraient été épargnées si on avait écouté celles et ceux qui savent, plutôt que celles et ceux qui « croient savoir »…

Hier, 15 mars, deux des auteurs du précédent article ont publié : « Ethics of Precaution:Individual and Systemic Risk ». Je conseille à tout le monde d’en prendre connaissance au plus vite. L’idée est simple : 

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Parution de “Psychologie évolutionniste et maladies mentales”

Néo Santé Édition publie, sur son site, un article de synthèse que j’ai écrit sur la psychologie évolutionniste ou “Evo Psy”.

L’article est assez long (plus long que mes formats habituels dans Néo Santé), je vous en fais ici un résumé et vous invite à aller lire l’article, si ce sujet vous intéresse. C’est un champ d’analyses assez fascinant !

Lien : https://www.neosante.eu/psychologie-evolutionniste-et-maladies-mentales/

En quelques mot… ➡️ Notre corps est encore très très majoritairement adapté à l’environnement que nous avons connu durant des millions d’années. Beaucoup de traits de notre anatomie et de notre métabolisme s’expliquent par notre évolution. C’est vers ça que convergent tous les arguments en faveur d’un entraînement fonctionnel, de méthodes naturelles d’entraînement (MovNat), l’exposition au froid (The Iceman (Wim Hof)), et surtout de l’alimentation paléo : courir pieds nus ou en minimalistes, ne rien manger d’inflammatoire et de transformé, le jeûne intermittent, etc.

Mais qu’en est-il de notre comportement ? Est-ce qu’il y a des éléments de notre comportement qu’on peut comprendre et expliquer à partir de notre évolution ?

(Remarque : rien que poser la question, c’est déjà sortir de la sociologie, où l’on est censé expliquer le social par le social, comme le voulait Emile Durkheim. Je crois pourtant qu’il y a la place pour une approche empirique pluridisciplinaire).

C’est fascinant à quel point une approche évolutionniste peut être à la croisée des disciplines scientifiques, et l’article propose d’en faire la cartographie : anthropologie, sociologie, psychologie, psychiatrie, psychopathologie, biologie, éthologie, primatologie…

… Et bien sûr la théorie darwinienne de l’évolution, qui représente un peu la colonne vertébrale de tout cela.

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Addenda à ma lettre au roi

Vous pouvez lire la lettre ici sur le site de La Libre

J’ai essayé que la lettre ne soit pas trop longue. Voici quelques notes complémentaires :

1) Le Congrès national de 1830 en Belgique restait marqué par la Révolution française, qui a constitué une grande source d’inspiration. D’où le fait que les Constituants aient pensé un système centralisé, correspondant aussi aux besoins de la société industrielle encore naissante. Dans une ère postindustrielle, comme aujourd’hui, il y a un sens à penser à décentraliser.
=> C’est ce que j’ai développé dans ce texte

2) Dans ses Politiques, Aristote a fortement mis l’accent sur l’importance de la taille d’une communauté politique. En particulier, il fait la distinction entre les “grandes cités” et les “cités populeuses”. Il écrit que la plupart des gens jugent la “grandeur” d’une cité par le nombre de ses habitants, “alors qu’il vaut mieux prendre en considération (…) la capacité car la cité elle aussi a une oeuvre déterminée à accomplir, de sorte que c’est celle qui a la capacité de la mener au plus au point à son terme qu’il faut considérer comme la plus grande”.
=> Autrement dit, on n’est pas nécessairement plus forts quand on est plus nombreux. On est plus forts quand on est plus forts. Point. S’il y a certaines décisions qu’on n’est plus capables de prendre à 10 millions au niveau fédéral, il faut les prendre à un niveau plus local.

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En quoi le localisme est-il fondamentalement différent du nationalisme, du régionalisme ou du provincialisme ?

Suite à ma lettre au roi, je voulais clarifier cette distinction importante.  

Nous habitons toutes et tous dans un village ou une ville spécifique, au sein d’une province ou d’un département ou d’un canton, au sein d’une région, au sein d’une nation, au sein d’un continent, et au final sur Terre. Cette structure pourrait s’apparenter un peu aux poupées russes, les matriochkas.

Chacun de ces niveaux est tout à fait défini. Quand on parle d’une nation, on peut la définir très précisément, on connaît sa superficie, ses frontières, sa population. Idem pour une région, un département ou une province.

On peut définir très précisément la limite, entre ce qui fait partie de ce territoire (l’”in-group” ou l’”endogroupe”) et ce qui est extérieur au territoire (l’”out-group” ou l’”exogroupe”).

Et être nationaliste, régionaliste ou provincialiste, c’est privilégier un seul de ces niveaux. Et ne considérer ni tout ce qui est en-dessous, ni tout ce qui est au-dessus.  

Pour un ou une nationaliste, par exemple, la seule frontière pertinente, c’est celle de la nation : peu importe de quelle région ou province on vient au sein de cette nation, l’important est d’appartenir à cette nation, par opposition à celles et ceux qui n’y appartiennent pas.

De même, certains vont privilégier la région comme territoire d’appartenance principale. Tout ce qui sera en-dessous (des sous-régionalismes) n’aura pas d’intérêt pour eux, et ils ne reconnaîtront pas d’appartenance aux échelles supérieures : la nation, le continent, etc.

Vous avez compris le principe…

Le localisme, c’est privilégier “ce qui est local”. Et l’immense intérêt de cette vision, c’est précisément que le “local” N’A PAS DE DÉFINITION. Selon de quoi on parle, le “local” aura des étendues différentes.

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Brève réflexion sur le fait de “recréer du lien” (social)

Beaucoup d’initiatives en transition sont animées par la volonté de “recréer du lien social”. Et c’est évidemment une très bonne chose.

Mais souvent, lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi on a “perdu” ce lien social, on tombe dans une explication un peu simpliste : “c’est la faute de l’individualisme”. J’ai toujours trouvé que cet “individualisme” ressemblait fort aux “gros concepts” de Gilles Deleuze : des termes qui ont toute l’apparence de l’explication scientifique, mais qui, au lieu d’aider à penser, amènent bien souvent à ne pas penser. “C’est la faute de la société individualiste. Point” Fin de l’explication.

Il y a pourtant des explications plus concrètes et plus pertinentes, à mon sens. Comme par exemple celle-ci*…

👉 Les liens sociaux sont moins fonction du nombre de personnes qu’on rencontre, que du nombre de fois qu’on rencontre chaque personne.

Dit autrement : on crée davantage de lien social en rencontrant 10 fois une personne, qu’en rencontrant une fois 10 personnes. Continue reading Brève réflexion sur le fait de “recréer du lien” (social)

Polarisation de la société : Interview sur BX1 (Bruxelles)

Suite à ma carte blanche intitulée “Notre société est-elle en train de dangereusement se polariser ?“ dans La Libre Belgique, j’ai été interviewé sur BX1 ! 

> > > https://bx1.be/radio-chronique/linvite-societe-yves-patte

En 10 minutes, à propos de la polarisation de la société, on a rapidement parlé :

  • d’alimentation vegan v/s carnivore,
  • de port du voile,
  • de mobilité et aménagement du territoire,
  • du rôle des médias traditionnels,
  • des réseaux sociaux et de leur biais de confirmation.

Et on a terminé sur le LOCALISME. Je suis convaincu que ramener les décisions à une échelle locale, avec les personnes directement impactées par ces décisions, est la meilleure manière d’éviter ces polarisations et l’éclatement de la société.

Je pense que dans les années à venir, on va beaucoup parler de LOCALISME, et ce n’est actuellement porté par AUCUN parti politique…

Parution de ma carte blanche “Notre société est-elle en train de dangereusement se polariser ?”

La Libre Belgique publie aujourd’hui ma carte blanche intitulée “Notre société est-elle en train de dangereusement se polariser ?

Je suis très heureux qu’elle paraisse en ce début d’année (je l’avais envoyée il y a quelques semaines), parce que ce texte pourrait tout à fait remplacer mes voeux pour cette année à venir…

L’éclatement d’une société me fait au moins autant peur que son effondrement (si pas davantage). Et tout se passe comme si on allait toujours vers une plus grande polarisation de chaque débat, de chaque question : vegans contre carnivores, #velotaf contre SUV, technophiles contre technophobes, Team Greta contre Team anti-Greta…

“Comme si nous n’avions plus les outils pour penser les faits de société et que, par conséquent, par défaut, nous tendions vers les extrêmes. Comme si nous n’étions plus capables de réfléchir à nos positionnements sur des nuances de gris, et que par conséquent, nous nous réfugions sur le “tout noir” ou le “tout blanc” “.

En très résumé, cette polarisation : Continue reading Parution de ma carte blanche “Notre société est-elle en train de dangereusement se polariser ?”

Le besoin de communauté

Je suis persuadé qu’actuellement, nous ne faisons que recréer des paroisses. Lors du Séminaire #HealhtyBusiness (à CrossFit Nivelles), je parlais de la construction de communautés dans le CrossFit, et du lien avec les communautés religieuses. Et tout ce que j’ai dit lors de cette conférence vaut pour beaucoup de projets “en transition” également…

Cet article est celui du membre d’une église américaine qui décrit le manque de communauté de son église. Merci à internet d’avoir mis, par hasard, cet article sur mon chemin. Comment ? Je ne sais pas, mais merci ! Prenez le temps de le lire, c’est très intéressant !

> > > “Church Without Community“, The American Conservative, 12 décembre 2019.

Ca me conforte dans l’idée qu’on a besoin de ce niveau intermédiaire entre la famille et “la société”. Et les paroisses représentaient une forme de communauté, avec toutes les caractéristiques des liens communautaires : un sentiment d’appartenance, de l’interconnaissance (on sait qui est qui), de la solidarité, de l’entraide, de l’affectivité, etc. Continue reading Le besoin de communauté

Le Vlaams Belang (extrême-droite), premier parti de Flandre, dans un récent sondage…

“Everybody wants to go to heaven, but nobody wants to die” : Ca résume très bien l’attitude de l’ensemble des partis “démocratiques” face à cette montée de l’extrême-droite : tous ces partis aimeraient certainement que le Vlaams Belang n’ait pas autant de poids dans le champ politique belge… mais aucun n’est prêt à faire ce qu’il faudrait faire pour que ça ne soit pas le cas.

A savoir (prioritairement) : réfléchir à la structure du territoire, et créer les conditions d’une réelle participation des citoyens et citoyennes aux prises de décision.

1) Le territoire.

La montée de l’extrême-droite n’est PAS “SCALE FREE” : Aux dernières élections fédérales (mai 2019), le Vlaams Belang (VB) s’est retrouvé 2ème parti de Flandre et 3ème parti belge. Ce que montre le sondage Le Soir / RTL Info / Ipsos Belgium publié ce week-end, c’est que le VB est maintenant le 1er parti de Flandre avec 27,3% des intentions de vote. En extrapolant le nombre de sièges que ça représenterait à la Chambre (donc au niveau belge), le Vlaams Belang serait le 1er parti belge, avec 27 sièges !!

POURTANT, comme je l’ai déjà expliqué, au niveau provincial, le Vlaams Belang n’est dans aucune coalition. Aux dernières élections provinciales (octobre 2018), il ne s’est jamais mieux classé que 4ème parti. Le plus de sièges qu’a le VB dans les conseils provinciaux, c’est 6 sièges sur 36 (16,7%), dans les provinces d’Anvers et de Flandre orientale. Ailleurs, c’est moins.

Au niveau communal, il n’y a qu’à Ninove (à ma connaissance) que le VB a terminé en tête aux dernières élections (40%). Une commune de 39.000 habitants. Il était le 2ème parti à Alost et Turnhout; 3ème à Roeselare. A Anvers, le Vlaams Belang est seulement le 4ème parti. Et il y a énormément de communes où le VB a fait un très mauvais score, loin derrière les autres partis. Continue reading Le Vlaams Belang (extrême-droite), premier parti de Flandre, dans un récent sondage…