La “Génération Transition” : Retour sur l’enquête “Génération Quoi ?” de la RTBF

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Petit retour sur l’enquête “Génération Quoi ? – Autoportrait des 18-34 ans en Belgique francophone“, réalisée par la RTBF et analysée par les sociologues Johan Tirtiaux et Jérome Pieters. Pas mal de choses ont été écrites ou commentées lors de la parution de l’enquête, la semaine passée, mais je voulais revenir sur quelques éléments qui me semblent importants, dans une optique de mobilisation collective.

Les jeunes veulent s’engager : 61% d’entre eux déclarent qu’ils seraient prêts à participer demain ou dans les mois prochains à un mouvement de révolte de grande ampleur. C’est surtout le cas des ouvriers (73%) et des chômeurs (68%).

  • 95% pensent que l’argent tient une place trop importante dans notre société,
  • 95% pensent que la finance dirige le monde,
  • 94% pensent qu’il y a trop d’injustice.

Mais l’offre politique actuelle ne répond à aucune de leurs attentes d’engagement : 90% des répondants déclarent ne pas avoir confiance dans la politique. Imaginez un peu : seule une personne entre 18 et 34 ans sur 10 a encore confiance dans la politique, telle qu’elle se présente actuellement, avec ses partis, son système électoral, ses institutions. 57% ne voudraient pas s’engager dans une organisation politique (alors que, comme on vient de le montrer, 61% seraient prêts à participer à un mouvement de révolte).

DENVER - AUGUST 27: (L-R) Jojo Peace, Jamie Laurie, lead singer of the Flobots and Zach de la Rocha (C) lead singer of Rage Against the Machine join the Iraq Veterans Against The War group in an anti-war march from the Denver Coliseum to the Pepsi Center during the 2008 Democratic National Convention on August 27, 2008 in Denver, Colorado. U.S. Sen. Barack Obama (D-IL) will be officially be nominated as the Democratic candidate for U.S. president on the last day of the four-day convention. (Photo by Doug Pensinger/Getty Images)
(Photo by Doug Pensinger/Getty Images)

Les auteurs de l’étude rajoutent : “les jeunes semblent déçus par des hommes politiques qui ne leur paraissent pas à la hauteur des problèmes de nos sociétés et des problèmes qu’ils rencontrent“.

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Brève réflexion sur l’élection de Donald Trump

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#Trump, #Brexit… Autant de signes de l’écart qui se creuse entre la classe politique installée, centrée sur elle-même, défendant ses intérêts et le reste de la population. Le moins qu’on puisse dire est qu’on en a plein le c** de voir constamment les mêmes têtes, décider entre eux, d’un avenir qui ne nous convient pas du tout.

L’erreur du parti démocrate est de s’être obstiné à proposer une candidate représentant l’establishment, représentant tout ce qui est en crise dans notre société : la finance, les institutions, le carriérisme politique, etc., représentant tout ce qu’on ne veut plus. Et cela face à un candidat qui lui, précisément, s’est présenté contre ces institutions discréditées !

Trump n’est même pas soutenu par le parti républicain ! On ne peut pas dire que cette victoire consacre la victoire des Républicains sur les Démocrates. Elle consacre la victoire du rejet des institutions, et la défaite de celles et ceux qui s’obstinent à s’accrocher à un modèle de société qui s’effondre complètement.

Très récemment, l’enquête Elderman (photo) montrait que les Etats-Unis, comme le Royaume-uni, étaient les pays où l’écart de confiance dans les institutions entre la petite minorité très informée et le reste de la population était le plus grand… Et l’écart est le même lorsqu’on compare les revenus ! #Brexit #Trump

… La France ? En 1ère position, les amis !! Et c’est exactement vers cela qu’on va ! Qui parie qu’au deuxième tour des présidentielles, les Français n’auront d’autre choix qu’un candidat de l’establishment, des lobbies, des institutions, installé en politique depuis des années, de gauche ou de droite, face à une Marine Le Pen, qui jouera exactement la même carte que Trump ou Farage : celle du rejet des institutions, du status quo et de la classe dirigeante ? La route est toute tracée pour le Front national.

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Il faut un nouveau modèle de participation politique

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Dans un contexte de crise du modèle politique, de montée de l’extrême-droite partout en Europe, et d’un fossé grandissant entre le peuple et les institutions, les mouvements porteurs de revendications nouvelles, au niveau environnemental, alimentaire, énergétique, social, économique, etc., doivent se doter d’un nouveau modèle politique, basé sur la nature de leurs revendications.

Ce texte fait suite à deux articles que j’ai lus récemment. Le premier est la publication d’un sondage récent RTBF – La Libre – Dedicated montrant qu’un belge sur deux est favorable à la fin du vote obligatoire. Sans obligation, il n’y a plus que 65% des Belges qui iraient voter.

Ca confirme un sondage plus ancien (2014) qui montrait que la population âgée de 25 à 35 ans – ces fameux Millenials, Génération Y, etc. – n’attendent plus rien de la politique. 96% d’entre eux pensent que la politique n’apportera aucune réponse à leurs problèmes…

Le deuxième article est un espèce de coup de gueule de Quitterie de Villepin, intitulé “2017-2022 : subir est la pire des options. Tic, tac, tic, tac…“, publié sur son blog, sur le site de Media Part.

Je ne peux que vous conseiller de lire ce texte, long, mais qui résume tout l’enjeu des années à venir : “choisir ou subir, c’est la seule question“, et je la rejoins pleinement dans cette affirmation. Quitterie de Villepin est une militante des nouvelles formes de participation citoyenne. Elle est, entre autres, à l’origine du mouvement politique “MaVoix“, qui veut redonner le pouvoir aux citoyens. L’objectif de MaVoix est de hacker les législatives de 2017, en France, en faisant élire à l’Assemblée nationale, des candidats de ce mouvement citoyen, tirés au sort. En mai 2016, ils se sont présentés aux législatives partielles, à Strasbourg, avec un résultat tout à fait prometteur.

Dans son article, Quitterie écrit :

Nous voulons pouvoir choisir, pour pouvoir assumer notre part de responsabilité et ne plus subir sans qu’on nous demande notre avis sur des questions aussi essentielles qui engagent notre avenir et celui de nos enfants“.

Elle rajoute :

Si tu ne choisis pas de te redonner les moyens de décider, décider vraiment, pas juste en te défaussant sur les autres, alors, tu ne pourras que subir. Et ça concerne directement tous les aspects de ta vie, de nos vies.

Je suis tout à fait convaincu que cohabitent actuellement un ras-le-bol de devoir donner sa voix à des gens qui en feront n’importe quoi, et une vraie volonté de se redonner un pouvoir de décision, avec de nouvelles formes de mobilisation politique. Et cette cohabitation est la tension entre “délégation” et “empowerment”, qui, je crois, caractérise notre période actuelle.

Je m’explique… La société industrielle, moderne, capitaliste et étatique, qu’on a connue depuis, disons, le début du 20ème siècle, est entièrement basée sur la “délégation” : en gros, dans tous les domaines, la division du travail poussée à l’extrême, amène à déléguer des pans entiers de notre existence, comme autant de chèques en blanc, à des prestataires de services ou des fournisseurs de produits. Continue reading Il faut un nouveau modèle de participation politique

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Brève réflexion sur l’interdiction du burkini

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Dans le livre “The Law in Nazi Germany: Ideology, Opportunism, and the Perversion of Justice” (2013), les deux auteurs, Steinweis & Rachlin, expliquent que le 22 août 1933, l’Allemagne nazie interdisait l’accès aux piscines et aux plages, aux personnes juives, comme par exemple la célèbre plage Wannsee, à Berlin (photo ci-dessus).

Dans ses “Réflexions sur la question juive” (1946), Jean-Paul Sartre interprète cette interdiction comme la croyance nazie selon laquelle la piscine entière serait “polluée” si un “corps juif” y plongeait… Mais Steinweis & Rachlin pensent qu’au-delà de cette obsession délirante pour la pureté, il s’agissait d’une volonté d’être “entre Aryens” sur la plage, sans contact avec des Juifs.

Ils relèvent d’ailleurs que cela n’était pas nouveau. Au 19ème siècle, sous le règne de Wilhelm II, entre 1890 and 1918, une chanson circulait déjà sur les plages de l’île allemande de Borkum (en mer du nord) :

“À Borkum, seul l’esprit allemand est en vigueur,
et seul l’allemand est notre bannière.
Nous maintenons pur l’honneur
De la Germanie et pour toujours!
Mais celui qui s’approche avec ses pieds plats,
Avec son nez crochu et ses cheveux crépus,
Celui-ci ne peut pas profiter de la plage.
Il doit partir ! il doit partir !”

C’est ce qu’on appelle, en allemand, le “Bäder Antisemitismus”, une expression qui désigne l’antisémitisme qui sévissait dans les stations balnéaires allemandes, avant l’arrivée du nazisme au pouvoir. En Autriche, on parle de “Sommerfrischen-Antisemitismus”, c’est-à-dire l’”antisémitisme des stations estivales”.

Le mardi 16 août 2016, une femme de 34 ans, portant un hijab, se voit demander par la police municipale de quitter la plage de Cannes, où elle se trouve avec son enfant, ou de payer une contravention. Autour d’elle, certains la défendent. Mais beaucoup se lâchent :

– “J’ai entendu des choses que l’on ne m’avait jamais dites en face, comme ‘rentrez chez vous !’ ‘Madame, la loi c’est la loi, on en a marre de ces histoires’, ‘Ici, on est catholiques !'”

Derrière cette histoire de burkini, est-ce que la plage ne devient pas un espèce de lieu d’ “entre-soi” où pour certains, se délasser signifie “être avec des gens qui me ressemblent et surtout pas avec celles et ceux qui me sont étrangers” ? N’est-ce pas une manifestation de la xénophobie (donc la “peur de ce qui est étranger”) qui se développe actuellement, en partie à la suite des attentats ?
Comment expliquer qu’il y ait un terme spécifique pour qualifier l’antisémitisme des stations balnéaires ? Comment expliquer que la question du voile reprenne autant de vigueur sur un lieu aussi a-politique, a priori, qu’une plage de vacances ?

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Brève réflexion sur le débat à propos du burkini

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OK, s’il avait fallu inventer une actualité pour illustrer la nécessité d’une approche centrée sur la notion d’‪#‎Empowerment‬, on n’aurait pas pu imaginer mieux que celui du burkini…

Une des choses qui distinguent encore et toujours l’homme et la femme – pratiquement partout dans le monde ! – c’est que le corps de la femme reste l’OBJET de débats. C’est pourquoi la notion d’Empowerment s’est beaucoup développée dans les mouvements d’émancipation des femmes, luttant pour se réapproprier leur corps, c’est-à-dire la possibilité d’être des “Sujets”.

Ca dépasse de loin l’idée de “corps-objet” dans la pub, etc., c’est plus largement l’idée que le corps de la femme est l’objet de débats, de discussions, d’interdictions, etc. Débats politiques, débats éthiques, débats religieux, débats culturels. Le corps de l’homme, lui, ne l’est pas.

Le corps d’un homme lui appartient. Le corps d’une femme appartient encore à la société. C’est cela, la domination.

Être “Sujet” de son corps, c’est en être pleinement maître. C’est le fait que son corps ne soit pas “objet” de débats et de jugements (positifs ou négatifs). Il suffit d’aller sur une plage, au bord d’un terrain de foot… ou dans une salle Crossfit, pour se rendre compte que la plupart des hommes ne se demandent pas s’ils sont assez minces, ou assez musclés, ou assez bronzés, ou assez épilés, ou assez poilus, ou assez tout ce qu’on veut, pour se mettre torse nu. S’ils ont chaud, ils se mettent torse nu. Point. Et toute la différence est là.

Défendre le burkini, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Défendre la nudité féminine, est-ce être socialiste ? Libéral ? Féministe ? Laïque ? Progressiste ? Réac’ ? Ces questions n’ont aucun sens.

Pour celles qui “vivent” ces questions (port du voile, burkini, mini-jupe, harcèlement de rue, etc.), les débats politiques traditionnels (gauche, droite, centre, République, laïcité, etc.) n’apportent rien. Au contraire, ils désapproprient les femmes du droit d’être sujet de leur corps, en faisant de celui-ci l’objet de leurs débats.

Il faut de nouvelles catégories de pensée, construites par la volonté des individus et des peuples d’être “Sujets” de leur développement. L’Empowerment, c’est exactement ça, et c’est pour cela que je bosse là-dessus.

Merci à Vincent Lahouze d’avoir partagé cette image qui illustre parfaitement ce que je veux dire !

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Brève réflexion sur l’insécurité et le monopole de l’Etat

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Dans un monde où les dirigeants n’ont rien vu venir de la radicalisation islamiste d’une certaine jeunesse, du repli identitaire xénophobe d’une autre, et du sentiment d’abandon des derniers, tout se passe comme si ces mêmes dirigeants n’arrivaient pas non plus à comprendre l’insécurité que ressent la population face à la montée des actes terroristes en France, en Belgique, en Allemagne, et un peu partout ailleurs. Dans l’illusion de leur propre sécurité, ils renvoient les “petites gens” à l’irrationalité de leur insécurité, au milieu de la foule, dans la rue, ou dans les transports en commun.

Ils nous disent : “Arrêtez de stresser. Vous êtes en sécurité. Continuons à vivre comme avant. Nous gérons”. La gestion de la sécurité est en fait un sujet central pour un sociologue (surtout un Wébérien). Etant potentiellement liée à la violence physique, la sécurité est au coeur de ce qui caractérise un “Etat” en sociologie : “le monopole de la violence physique légitime”. Seul l’Etat et ses représentants ont le droit d’appliquer des mesures de sécurité.

Alors, dire au petit peuple de ne pas se préoccuper de sa sécurité, c’est aussi rappeler à ce petit peuple que ce n’est pas lui qui dirige. Et par un tour de passe-passe, comme ceux que Bourdieu aimait dévoiler, les dirigeants peuvent défendre leur pouvoir, en prétendant (même de bonne foi) défendre la population.

Au coeur de notre société, il y a la “délégation“, le fait de déléguer à des structures (étatiques, économiques, politiques, institutionnelles, etc.) tout un ensemble de choses : le fait de nous fournir du travail, de décider pour nous, de nous nourrir, etc. Mais peut-être plus que tout, il y a le fait d’avoir délégué à l’Etat le fait de nous défendre. Le sentiment d’insécurité est au coeur de la faillite de cette société.

Image : Max Weber (1919) “Le Savant et le Politique“, Edition française 1959, introd. par Raymond Aron, Paris : Plon, p. 113.

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Brève réflexion sur notre désappropriation alimentaire

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Dans une perspective historique, ça ne fait pas très longtemps que notre alimentation s’est dégradée. Nos grands-parents ou arrières-grands-parents étaient, pour l’essentiel, capables de se nourrir par eux-mêmes : un potager, des poules, des lapins, quelques bêtes (souvent un cochon), des produits issus des fermes locales, de saison, pas de pesticides, etc. Ils mangeaient comme pas mal de gens voudraient arriver à re-manger actuellement.

Ce n’est qu’à la fin des années ’50 qu’on a commencé à se dire qu’on pourrait à la fois se décharger de la production de notre alimentation, et se libérer des contraintes de la nature, en déléguant toute notre alimentation à une minorité de producteurs, qui produiraient n’importe quel aliment, n’importe où, à n’importe quel moment de l’année, pour tout le monde. Et on s’est dit que c’était normal d’acheter des tomates cultivées en serres, à 3000 km, qui auront pris l’avion avant d’arriver dans nos assiettes en plein hiver… Toute la société a participé à cette erreur : producteurs, consommateurs, agriculteurs, distributeurs, vendeurs, industriels. Parce que c’était moderne, parce que c’était pratique, parce que c’était une belle promesse, parce que ça rapportait de l’argent. Mais toute un ensemble de maladies liées à l’alimentation ont grimpé en flèche, les terres agricoles se sont appauvries, la planète s’est réchauffée, et il y a un milliard d’êtres humains qui souffrent de malnutrition.

Mais 70 ans, c’est une toute petite erreur à l’échelle de notre Histoire. Si on fait le calcul depuis les premières sociétés sédentarisées (donc depuis qu’on n’est plus chasseurs-cueilleurs), ça fait moins d’1% de notre histoire ! En gros, c’est comme rater une sortie d’autoroute lorsqu’on part en vacances, c’est moins de 5 minutes sur un trajet de 8 heures ! C’est quoi 5 minutes ? Il est facile de retrouver la bonne route – elle n’est qu’à quelques minutes derrière nous ! – et ça n’a pas d’impact majeur sur le trajet…

… Bien sûr, c’est dans le cas où on se rend compte assez tôt qu’on fait fausse route, et qu’on cherche à retrouver le bon chemin. Si on s’obstine à poursuivre sur la route qu’on a prise en se trompant de sortie, les conséquences risquent d’être plus graves, et on arrivera moins vite, plus difficilement, ou pas du tout à destination…

Si vous voulez aller plus moi, cette réflexion rejoint ces 2 chapitres du livre en cours d’écriture :
Reprendre en main son alimentation et sa santé
Fuck this shit !! I’m gonna eat my own food !!

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Brève réflexion sur les tueurs de masse

Terrible-attentat-a-Nice-sur-la-promenade-des-Anglais-apres-le-feu-dartifice-lors-de-la-fete-nation_exact1024x768_lJe suis convaincu qu’on se trompe en cherchant systématiquement à savoir si les tueries de masse relèvent d’un fou furieux ou d’un fou de dieu, comme s’il s’agissait de deux choses différentes, qui s’expliqueraient différemment. Savoir si le tueur “s’était radicalisé”, en quelques années, ou quelques jours, n’a aucun sens, et n’explique rien. Ca laisse juste dans l’incompréhension.

Regardons :

  • Massacre de Columbine : 12 morts. Dylan Klebold : dépressif et suicidaire; Eric Harris : Psychopathe. Se sentant tous les deux persécutés par les autres élèves.
  • Andreas Behring Breivnik : 77 morts. Schizophrène. D’extrême-droite.
  • Andreas Lubitz : Se suicide en crashant son avion. 150 morts. Dépressif, en burnout, tendance suicidaire, se sent victime d’injustice.
  • Attentats de Paris : 130 morts. Attentats de Bruxelles : 32 morts. Des petits délinquants, au passé de petite criminalité, désocialisés, parfois déscolarisés et sans emploi, vivant dans les quartiers les plus paupérisés. Sentiment de ne plus pouvoir vivre ici en Occident.
  • Tuerie d’Orlando: 49 morts. Omar Mateen : instable, violent, bipolaire, raciste, homophobe. Prête allégeance à l’Etat islamique quelques heures avant l’attentat.
  • Tuerie de Nice : 84 morts. Mohamed Lahoueij-Bouhlel : dépressif, solitaire, isolé. “Radicalisé en quelques jours”.
  • Tuerie de Munich : 9 morts. 5 ans, jour pour jour après Breivnik. Auteur : dépressif. Pas de lien avec l’Etat islamique.
  • Attentat de Ansbach (Allemagne) : 15 blessés. Auteur : réfugié syrien, 2 tentatives de suicide dans le passé, séjour en clinique psychiatrique. Revendiqué par l’Etat islamique.

Si on passe son temps à chercher le lien avec l’Etat islamique, on passe à côté de ce qui pourrait, dans notre société, produire de tels profils.

Dans “Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?“, j’ai écrit : “La question est : comment est-ce possible que des jeunes élevés ici aient développé une telle haine envers notre société ? (…) Je pense qu’on est plus proche de la réalité sociologique en disant que certains “enragés” se sont islamisés, plutôt qu’en disant que l’islam s’est “enragée”, ce qui ne correspond pas à la réalité des millions de musulmans en Occident. Le problème est qu’à cette haine islamisée, va répondre une haine de l’islam. On commence très clairement à le voir. (…) La jeunesse sans avenir a pu expérimenter son ‘no future’ sous de nombreuses formes : conduites para-suicidaires, comportements à risque (drogues, mise en danger de soi), auto-destruction (de soi ou de son lieu de vie, lorsqu’on brûle son propre quartier), décrochage, abandon, vie dans la rue, rejet, galère, etc.

Je rajouterais que mettre l’accent sur le caractère islamiste des tueurs de masse revient à faire le jeu de l’Etat islamique : tous les dépressifs, suicidaires, perçus comme des rebus de la société, peuvent en se laissant pousser la barbe quelques jours (comme le tueur de Nice), mourrir non pas dans l’anonymat et l’insignifiance, mais comme des “soldats du Califat”…

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Pour une démocratie participative, concrète et réelle. Créons ensemble notre outil numérique

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– Proposition concrète pour le débat sur la démocratie, du 1er Juin 2016, Place de la République, Paris –

Les actualités politiques récentes, en France, en Belgique, et en Europe, semblent presque toujours opposer la population à ses dirigeants, les représentants à celles et ceux qu’ils sont censés représenter. Dans le domaine du travail, de la santé, de l’environnement, les dirigeants prennent des décisions qui ne sont pas souhaitées par la majorité de la population, confortant la thèse, partout commentée et répétée, de la « crise de la représentativité », et du fossé grandissant entre les électeurs et leurs élus.

En Belgique, le gouvernement décide du prolongement de centrales nucléaires que l’on sait pourtant vétustes. En France, le gouvernement recourt à l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer le projet de loi “travail” auquel une partie importante de la population s’oppose. En Europe, on risque de réautoriser l’utilisation du glyphosate, pourtant classé par l’OMS comme “cancérigène probable pour l’homme”.

Comment ces décisions sont-elles possibles ? Tout comme le média est le message, je crois que la décision est déjà dans la prise de décision. Dit autrement, ce sont les modalités de la prise de décision politique qui déterminent la nature des décisions prises. Et cela implique donc que si l’on change de modèle de prise de décision politique, on changera immédiatement la nature de tout un ensemble de décisions. On changera la société, en changeant la manière dont on décide de cette société.

C’est ce point de départ qui m’a amené à réfléchir à un autre modèle, et la trame du texte sera celle que j’ai suivie. Je vous invite à me suivre, à votre tour, dans ce raisonnement…

Tout un ensemble de décisions sont liées au fait qu’elles ont été prises par une minorité à qui on a délégué le pouvoir de prendre des décisions. Une minorité qui s’est instituée, qui s’est professionnalisée, qui s’est “autonomisée” dirait-on en sociologie. Continue reading Pour une démocratie participative, concrète et réelle. Créons ensemble notre outil numérique

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Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?

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Ce chapitre est une version de travail d’un chapitre du livre en cours d’écriture “Anti-délégation. La société de l’Empowerment”. Je la diffuse pour toute personne intéressée à enrichir la réflexion. Lisez, commentez, partagez, discutONS-en, discutEZ-en.. Que toute personne intéressée à participer à la réflexion se sente autorisée à le faire !!

Bonne lecture !!

——————————- Début de l’article ——————————-

“Quand l’intérêt général s’en va, arrive le trader suivi du gourou. Quand l’Etat s’effondre, restent deux gagnants : les sectes et les mafias. Les banquiers d’affaires d’un côté et les hallucinés de l’autre. Quand l’idée de service est ridiculisée, ne reste plus qu’à se servir soi-même. Le cynisme engendre à la fois le fanatisme et la tricherie.” Régis Debray (2015 :17)

“Que cherchent tous ces jeunes à la dérive qui se suicident à l’aide d’un islam extrême ou à coups de canettes de bière suralcoolisées et de spliffs dix fois trop chargés ?” Abd al Malik (2004 :128-129)

Il est toujours plus facile d’avoir la mémoire courte. Les attentats récents en Europe mettent au devant de la scène, le phénomène de la radicalisation religieuse. D’un coup, on se rend compte que des jeunes sont prêts à aller mourir pour la cause djihadiste. Et des jeunes « de chez nous » – pas des jeunes Afghans formés dans d’obscures écoles coraniques pakistanaises. Non, des jeunes de nos quartiers, de nos banlieues, qui ont été dans nos écoles. Dans nos prisons aussi.

Tout autant qu’on est surpris que des jeunes puissent adopter une vision fondamentaliste de la religion musulmane, telle que le salafisme, on se surprend de voir d’autres jeunes embrasser le nationalisme et rejoindre les mouvements d’extrême-droite.

Oui, dans la deuxième décennie du 21ème siècle, des jeunes sont salafistes, des jeunes sont d’extrême-droite, des jeunes sont contre les droits de la femme, des jeunes sont racistes, antisémites, islamophobes, homophobes, etc. Mais ça n’est probablement pas arrivé du jour au lendemain. On ne se réveille pas un matin avec des vidéos djihadistes qui cartonnent sur Youtube et PEGIDA qui rassemble des milliers de personnes dans des manifestations islamophobes.

Je crois qu’il faut replacer l’émergence de ces phénomènes dans des processus sociaux plus longs. Le profil des jeunes français et belges, qui sont partis en Syrie, dont ceux qui ont commis les attentats à Charlie Hebdo en janvier 2015, dans les rues de Paris en novembre 2015 et à Bruxelles en mars 2016, invite à replacer la radicalisation dans l’histoire des populations et des quartiers dont ils provenaient. Les explosions de violence en banlieue en France, ou dans certains quartiers de Molenbeek en Belgique, ne sont pas récentes. Les jeunes qui n’arrivent plus à se construire une identité, du moins positive, ça n’est pas récent non plus. Et on a eu tout le temps de voir l’islam évoluer depuis les premières communautés immigrées en Europe de l’Ouest jusqu’à aujourd’hui.

Une double histoire est nécessaire : celle des quartiers/villes d’où proviennent les jeunes attirés par le djihadisme ou le nationalisme, et une histoire du rapport à l’islam.

Pour cela, première précaution : ne pas tomber dans une approche centrée sur la France. Facile à dire évidemment quand on écrit depuis la Belgique. Mais c’est important au niveau de la compréhension même du phénomène. Beaucoup d’auteurs (sociologues, islamologues, etc.) étant Français, l’analyse tourne souvent autour de questions qui structurent le débat français : la République, la laïcité, les banlieues. Pourtant, certains des terroristes de Paris et de Bruxelles vivaient en Belgique : ils n’ont pas été élevés dans les valeurs de la République, ne sont pas passés par l’ « école de la République », et ne se sont pas non plus radicalisés « contre » la République. De plus, ils ne vivaient pas dans une « banlieue », typiquement française, mais dans des quartiers ghettoïsés proches du centre de Bruxelles, comme ceux qui venaient de Molenbeek.

Cela invite donc à ouvrir la problématique à des phénomènes qui dépassent souvent les frontières. Tout ce qu’on lit sur « la République » peut être correct, mais c’est à mon sens, la traduction française de phénomènes sociaux plus larges, dont la crise de la délégation que j’essaie de décrire ici. 

 1. Des émeutes au djihad 

1.1 La construction du « problème des banlieues »

Directement en lien avec le fait de ne pas faire du « Franco-centrisme », il y a le « problème des banlieues ». Beaucoup de candidats français au djihad proviennent des « banlieues ». Mais ils sont connectés, comme les enquêtes l’ont montré, avec des jeunes bruxellois qu’on ne peut pas réellement appeler des « jeunes de banlieue », tant la structuration « centre-ville aisé / périphérie pauvre » n’existe pas en Belgique. La France a découvert Molenbeek : une commune pauvre de Bruxelles (en fait la deuxième commune la plus pauvre de Belgique), très proche du centre au niveau géographique, mais dont certains quartiers sont totalement ghettoïsés par rapport au reste de la ville.

C’est pourquoi je parlerai plutôt de quartiers « ghettoïsés ». Jacinthe Mazzocchetti (2012 : 2), qui bossait dans la même unité de sociologie que moi à l’époque, a une définition très intéressante de ces quartiers. Ils sont le résultat, dit-elle, de l’enfermement des immigrés (et de leurs descendants) dans certains quartiers, via le marché du logement, les discriminations rencontrées en milieu scolaire et les discriminations sur le marché du travail. Cette définition me semble plus efficace pour aborder les lieux d’origine de beaucoup de jeunes djihadistes, que ce soit en Belgique (sa recherche portait entre autres sur des quartiers de Molenbeek), en France (les « banlieues ») ou dans d’autres quartiers en Europe ou aux Etats-Unis (comme nous le verrons dans le New Jersey ou à Philadelphie).

D’autant plus que Mazzocchetti (2012 :2) rajoute une dimension importante : le rejet va dans les deux sens. La ghettoïsation est aussi un mouvement qui vient de l’intérieur des quartiers relégués : les acteurs marginalisés s’organisent, autour de solidarités ethniques. Mais cet « entre soi », conséquence d’un sentiment d’être exclu du reste de la société, rajoute encore à l’exclusion.

Encore une précaution, il ne s’agit en aucun cas de stigmatiser toute la population de ces quartiers. Je parlerai souvent de Molenbeek, d’Anderlecht, de Clichy-sous-Bois ou des Minguettes, mais je me garderai bien de prétendre que ces communes ou ces quartiers se réduisent à ce que j’en décris. Il y a plein d’habitants de ces lieux qui sont engagés dans des dynamiques très positives, ou d’autres qui ne font rien de spécial, à part subir les méfaits d’une minorité. L’empowerment passe aussi par le fait de laisser aux communautés le pouvoir de se définir elles-mêmes. Je ne voudrais pas les en désapproprier. Je décris la radicalisation d’une minorité d’habitants de ces lieux. Continue reading Désappropriation. Radicalisation. Abandon. A quoi se raccrocher ?

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