Le charlatanisme participatif. Ou pourquoi je n’assisterai plus jamais à une réunion impliquant des post-it…

C’est devenu presque une évidence, toute réunion ou animation, tout séminaire ou atelier, doit impliquer : des post-it, des marqueurs de couleurs et de grandes feuilles blanches (des flip-charts) ! Et si possible un animateur-facilitateur-expert-en-intelligence-collective-et-animation-de-groupe

On fait une première réunion, et c’est très chouette, on s’amuse bien, on rigole, l’ambiance est bonne, et les dizaines de post-it rassemblés sous forme d’un arbre aux multiples branches ou d’une fleur aux multiples pétales sur le flip-chart donnent l’impression qu’on a bien bossé. Puis, une deuxième réunion, sur le même modèle, laisse l’impression qu’on avance déjà un peu moins bien, et certains commencent à se demander à quoi tout cela va-t-il servir (et qu’est-ce qui a été fait des premiers post-it). Et à la troisième réunion, il n’y a presque plus personne, et on se lamente sur le fait qu’il est devenu très difficile de mobiliser les gens à l’heure actuelle…

Soyons clairs : gérer un groupe n’est jamais une chose facile. Et bien que le « groupe » soit notre environnement tout à fait naturel, il s’agit d’un système extrêmement complexe (ou plutôt faudrait-il dire : parce que c’est notre environnement naturel, c’est un système extrêmement complexe). Tout cela pour dire que je ne blâme pas toutes celles et ceux qui essaient de trouver des solutions pour animer des groupes, et encore moins celles et ceux qui essaient de réunir des gens, en groupe, pour s’engager socialement, politiquement, environnementalement, etc.

Non, le ras-le-bol que j’ai – et que j’ai l’impression de partager avec de plus en plus de monde – c’est envers ces « animateurs-facilitateurs-experts-en-intelligence-collective-et-animation-de-groupe », as known as « charlatans en participation ».

Le charlatanisme, c’est l’art d’abuser de la crédulité publique, ici en l’occurrence de la crédulité de celles et ceux qui organisent des activités de groupe, et en particulier de la crédulité des mouvements citoyens, qui aspirent à davantage de participation dans leur fonctionnement interne – je vais donner un exemple concret et vécu juste après.

Au niveau médical, le charlatanisme, c’est de le fait de proposer à des malades des remèdes illusoires ou insuffisamment éprouvés en les présentant comme salutaires ou sans danger (art. 39, intégré à l’article R4127-39 du code de la santé publique, en France). Et dans nos démocraties « malades » (malades entre autres d’un manque de participation et d’implication de la population), il se trouve plein de charlatans disposés à proposer des remèdes tous moins éprouvés les uns que les autres. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment nouveau, Trotsky (1930) parlait déjà de « charlatanisme démocratique » lorsqu’on « vendait » aux ouvriers, la République démocratique, qui n’était pour lui, qu’une forme masquée de l’Etat-bourgeois, un « mensonge des dirigeants sociaux-démocrates ».

Un exemple concret…

Très récemment, j’assistais à une journée de réflexion sur les mouvements citoyens émergents. Etaient présents, un ensemble de mouvements et partis citoyens, des acteurs du changement, des porteurs de projets innovants vers plus de participation citoyenne, de transparence, etc.

Les organisateurs, pensant certainement bien faire, avaient invité un de ces « animateurs-facilitateurs-experts-en-intelligence-collective-et-animation-de-groupe ». Son animation portait sur l’ « intelligence collective »…

Nous avons donc reçu chacun 3 post-it (première étape obligée de toute animation de groupe). Sur chacun de ces post-it, nous devions écrire un mot évoquant pour nous l’ « intelligence collective ». Munis de nos 3 mots, nous devions former un groupe avec 3 ou 4 personnes autour de nous, et choisir au sein du groupe, à partir de nos 10-15 mots mis en commun, 5 mots liés à l’ « intelligence collective ». De là, chaque groupe se choisissait un représentant, qui allait proposer les 5 mots choisis en l’ensemble de l’assemblée, et de là ces représentants sélectionnaient 10 mots.

En une quinzaine de minutes, la quarantaine de participants avaient donc sélectionné, « collectivement », 10 mots liés à l’ « intelligence collective »…

… Bon, je passe tous les biais possibles et imaginables qui ont abouti au fait que finalement ce sont 2 personnes qui ont pris le lead pour trier et sélectionner l’ensemble des mots et en ressortir 10 (probablement les 2 personnes qui ont été chefs scouts quand elles étaient jeunes), mais surtout, l’ « animateur-facilitateur-expert-en-intelligence-collective-et-animation-de-groupe » concluait très fièrement avec un « Et bien, vous voyez, en une quinzaine de minutes, nous sommes arrivés à produire tous ensemble, une définition de l’intelligence collective ! » Et de s’applaudir en souriant (bêtement) !!

… SAUF QUE NON. Dix mots, ça ne fait pas une définition. Dix mots, ça fait dix mots. Point. Même pas une phrase. Pour une phrase, il faut des verbes, des articles, des négatives éventuellement. Et quand on rajoute tout cela, on se rend compte qu’on peut utiliser tout à fait les mêmes mots, et être en total désaccord. Autrement dit, avoir sélectionné dix mots, ce n’est encore aucunement s’être mis d’accord.

PIRE, il pose cette question : « Est-ce que tout le monde rentrerait en paix chez lui/elle avec cette définition de l’intelligence collective ? ». Pas d’objection de la part de la salle. Il se réapplaudit encore et dit, aux mouvements citoyens présents : « Vous voyez, l’intelligence collective, ça marche ! Et ça permet de mettre en œuvre la participation citoyenne ! »

… SAUF QUE TOUTE LE MONDE S’EN FOUT de sa (non-)définition de l’intelligence collective. Ça n’a aucune conséquence sur nos vies. On passe à la suite de la conférence et les dix-mots-qui-ne-formaient-pas-une-définition sont aussitôt oubliés. En somme, ça marche parce que ça ne sert à rien.

Les mouvements citoyens qui étaient présents, eux, vont devoir gérer de vrais problèmes, avec des vrais enjeux, et des gens qui jouent leur vie autour de ces enjeux. Le charlatanisme consiste à leur vendre une solution qui ne marcherait pas du tout dans ces cas-là.

« Quand un charlatan promet de guérir en peu de jours un ulcère invétéré, il prouve qu’il est un ignorant dangereux » (William Bunchan, 1783, dans son « Médecine domestique »).

Le Charlatan de la fable de La Fontaine

Le hasard a fait que quelques jours après, j’assistais à des réunions où précisément les participants « jouaient leur vie ». Il s’agissait de réunions sur des projets éoliens concrets. Pour que vous ayez une idée de l’ambiance : 3/4 des participants pensaient que la valeur de leur maison allait chuter de moitié à cause des éoliennes à proximité, qu’ils allaient devenir sourds à cause du bruit et que leurs enfants allaient développer de l’épilepsie à cause des effets stroboscopiques (et des chauves-souris allaient également être perturbées). Le quart restant pensaient qu’on allait tous subir les conséquences désastreuses du réchauffement climatique si on ne passait pas immédiatement aux énergies renouvelables comme l’éolien. Bonne ambiance, quoi. Continue reading Le charlatanisme participatif. Ou pourquoi je n’assisterai plus jamais à une réunion impliquant des post-it…

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Les “Devoirs” de Cicéron (2) : La vertu réside dans l’action

Poursuivons dans cette série de petits articles sur Cicéron et son Traité des devoirs [De Officiis].

L’article précédent montrait que Cicéron mettait l’accent sur une forme de connaissance, “phronèsis“, orientée vers l’action, et en particulier vers des actions justes et profitables pour tout le monde.

C’est qu’en fait, chez Cicéron, aucune des vertus de la beauté morale ne renvoie à de la connaissance pure. Il est toujours question d’action.

Extraits :

[#153] la connaissance et la contemplation de la nature seraient en quelque sorte mutilées et inachevées s’il n’en résultait aucune action réelle; or cette action se voit surtout dans la sauvegarde des intérêts humains; elle concerne donc la société du genre humain; elle est par conséquent à placer au-dessus de la connaissance.

[#15] cette espèce de la beauté morale qui réclame une action et non pas seulement la réflexion de l’esprit.

Cicéron rajoute encore 2 précisions : Continue reading Les “Devoirs” de Cicéron (2) : La vertu réside dans l’action

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11 conseils pour être productif quand on écrit

Picture @ Ryan Morse

Blogueur.euse, écrivain.e, chercheur.euse, si l’écriture fait partie de vos activités, vous connaissez peut-être ces moments où vous avez plein d’idées… et ces moments où rien ne vient…

Je parle de l’écriture, parce que c’est ce que je connais le mieux, mais cela vaut probablement pour toute activité créative. Le fait est qu’on ne peut pas décider QUAND on a une idée.

Et c’est probablement ce qui distingue des telles activités créatives, basées sur des moments d’inspiration, et d’autres activités professionnelles : je peux décider quand je vais envoyer un e-mail, quand je vais faire mes factures, quand je vais lire tel rapport ; je ne peux pas décider quand j’aurai une idée d’article.

Pour autant, est-ce qu’il y a moyen de créer les conditions qui favorisent l’émergence d’idées ? Ces dernières années, j’ai essayé de tracker ces conditions, c’est-à-dire ces modes d’organisation, de gestion des tâches et d’horaire, qui permettent de favoriser l’apparition d’idées nouvelles, et leur transformation en textes.

Ca vaut pour moi, et je ne peux en rien assurer que ça vaille pour tout le monde. Néanmoins, j’ai retrouvé certains de ces éléments chez d’autres auteurs, ou chez celles et ceux qui ont également réfléchi aux processus créatifs.

1. Ne pas être submergé de boulot

Comme l’explique très bien Tim Ferriss, dans un article sur le “Deload” (phase où on se décharge de certaines choses), les idées émergent rarement dans les journées / périodes rythmées par des “Zut ! J’ai oublié d’envoyer ce mail !“, “Il faut absolument que je réponde à untel !“, “Il faut que je me rappelle de…“, etc.

On n’est jamais aussi productif que lorsqu’on n’a pas l’esprit (pré-)occupé par 10.000 petites tâches à faire.

J’ai, en particulier, remarqué que, lorsqu’on a des tâches en suspens, le cerveau tourne un peu en boucle en revenant dessus. C’est l’effet Zeigarnik : le cerveau se rappelle plus facilement une tâche incomplète qu’une tâche complétée. Donc, avoir une longue liste de mails “hyper urgents” auxquels vous devez répondre depuis 5 jours, n’aide pas à l’émergence de nouvelles idées. Cette liste de mails virevolte dans votre esprit et ne vous permet pas d’avoir toute la liberté de penser à autre chose. Ou, autre image : vous trainez cette longue liste comme un boulet qui vous empêche d’avancer à pleine vitesse.

Mon conseil : Compléter un maximum de tâches qui sont en suspens… ou rayez-les de la liste. Une tâche qu’on a reportée durant des jours et des jours n’était peut-être pas vitale. En fait, ça rejoint une idée de Taleb que j’aime beaucoup : il y a un genre d’instinct à la procrastination. On sait instinctivement ce qu’on peut reporter et ce qu’on doit faire immédiatement. Ainsi, si vous êtes poursuivis par un ours, vous n’allez pas procrastiner la fuite. Ce qu’on reporte continuellement n’est généralement pas vital.

2. Avoir beaucoup de temps devant soi

C’est quelque chose qui est très bien expliqué, dans un article de Paul Graham, intitulé : “Maker’s Schedule, Manager’s Schedule“. L’auteur explique qu’il y a deux types d’organisation du temps, dépendants des tâches qu’on a à effectuer.

  • D’un côté, l’horaire du type “manager” : des intervalles d’une heure, par exemple, dans la journée, chaque intervalle étant consacré à une tâche spécifique : une réunion, un rendez-vous, une tâche administrative ou comptable, etc. Rajouter une tâche est alors juste un problème pratique : trouver un créneau libre dans l’agenda et y fixer la tâche.
  • D’un autre côté, l’horaire des “makers”. L’auteur parle des programmeurs, mais ça vaut tout à fait pour des écrivains, blogueurs, etc. Il est très difficile de bien écrire, ou de coder, lorsqu’on sait qu’on n’a qu’une heure devant soi. En fait, une heure représente parfois juste le temps pour bien se mettre dans la tâche.

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Parution : “Comment le sucre nous enfume !” – Sport & Vie, n°154

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Nouvelle parution : Je publie dans le numéro de janvier-février (n°154), du magazine “Sport & Vie”, un article sur le sucre. Il s’agit d’une version améliorée de l’article que j’avais publié sur ce blog : “Et si nous refusions d’être au service de l’industrie alimentaire ?“. Comment les grosses industries alimentaires, rassemblées en fédérations, arrivent à nous faire croire que manger trop sucré n’est pas si grave (tant que l’on fait du sport), et comment les marques s’infiltrent partout dans le sport et la santé, sous couvert de promotion de l’activité physique ?

Entre militantisme CrossFit contre l’industrie du sucre et du soda (voir le combat de CrossFit, Inc. au Etats-Unis) et analyse de sociologie des médias (après tout, c’est de là que je viens), cet article fait le point sur les stratégies des marques et industries (exactement les mêmes que celles des cigarettiers à une époque), et en appelle, en toile de fond, les acteurs du sport et de la santé à ne pas être les “idiots utiles” de l’industrie alimentaire…

Commander le numéro en ligne : http://www.sport-et-vie.com/numero-154/a-decouverte-ski-alpinisme.4341.php

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Parution : Néo Santé, n°48, septembre 2015

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Nouvelle parution : “Alimentation et maladies mentales, Néo Santé, n°48, septembre 2015, p. 32. Deuxième volet de la série sur les liens entre l’alimentation et les maladies mentales. Les inflammations intestinales et les troubles du système immunitaire peuvent être la cause de maladies mentales comme la schizophrénie, c’est ce dont j’ai parlé le mois passé. L’article du mois de septembre aborde les troubles du déficit de l’attention, l’hyperactivité et les troubles du spectre autistique.

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Parution : Néo Santé, n°46, juin 2015

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Nouvelle parution : “Pourquoi craque-t-on ?, Néo Santé, n°46, juin 2015, p. 32. Si vous êtes un lecteur ou une lectrice assidu(e) de Néo Santé, vous mangez probablement assez sainement. Que ce soit “paléo” ou pas, vous faites probablement relativement attention à ce que vous mangez, en qualité et en quantité… Mais n’avez vous jamais “craqué” pour un aliment qui ne cadre pas du tout avec votre régime alimentaire ? Vous voyez, ces envies un peu incontrôlables ? Que nous disent-elles sur notre manière de nous alimenter ? Et comment les aborder ? Le sujet est extrêmement intéressant, parce qu’il se situe à l’intersection entre nos réels besoins physiologiques, nos envies émotionnelles et nos habitudes culturelles. Entre le biologique, le psychologique et le social. Et dans un jeu complexe d’allers-retours entre ces trois niveaux.

 

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Relire Frantz Fanon aujourd’hui. Sommes-nous sortis de la situation coloniale ?

Fanon

Ca fait maintenant quelques temps que je relis quelques classiques des années ’60. J’avais commencé avec Debord et Marcuse, et je poursuis avec Frantz Fanon, et son célèbre ouvrage “Les Damnés de la terre“.

Comme avec Debord et Marcuse, j’ai l’impression que la lecture, à l’heure actuelle, de ces classiques de la pensée contestatrice, apporte un peu de vent frais aux débats actuels. J’avoue avoir l’impression que les penseurs actuels tournent un peu en rond, avec les outils qu’ils nous proposent pour comprendre le monde présent. De débats télévisés en éditoriaux, de best-sellers en sorties médiatiques, leurs analyses non seulement manquent de prises avec le réel vécu, mais semblent incapables de susciter une mobilisation qui pourrait amener au changement social…

Damnés de la terreBien entendu, un ouvrage qui a plus de 40 ans n’apporte pas de nouvelles réponses aux questions qu’on se pose actuellement à propos du monde social. Il permet par contre de se poser des questions différemment, d’où l’impression de vent frais. Il est évident que Fanon ne peut apporter de réponses à des situations (émeutes en banlieue, etc.) qu’il n’a pas connues, mais ce qu’il écrit sur la situation coloniale peut amener à ses poser – ou se reposer – des questions sur certaines réalités actuelles.

Ce qui m’intéresse particulièrement – et j’avoue que c’est une lecture parcellaire de Fanon – est qu’il décrit le processus par lequel le colonisé reprend le contrôle de son Etre par le processus de libération nationale. “La ‘chose’ colonisée, dit Fanon, devient homme dans le processus même par lequel il se libère” (p.40)*. A partir du moment où l’on décide de reprendre le contrôle de sa destinée sociale, on se libère. C’est précisément un processus d’Empowerment que décrit Fanon. Continue reading Relire Frantz Fanon aujourd’hui. Sommes-nous sortis de la situation coloniale ?

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Comment percevez-vous votre volonté ?

De nombreuses recherches existent sur le concept de “volonté”, cette capacité à exercer de l’auto-contrôle. Mais trois chercheurs, dont Carole S. Dweck, l’auteur de “Mindset. The New Psychology of Success” (dont j’ai déjà parlé ici), ont découvert que la manière dont les gens se représentaient la volonté allait déterminer leur capacité à l’exercer.

En effet, celles et ceux qui se représentent la volonté comme une ressource limitée, qui diminue au fur et à mesure qu’on la sollicite, ont plus de chance de voir effectivement leur volonté diminuer au fur et à mesure qu’ils la sollicitent.

Inversement, celles et ceux qui voient la volonté comme une ressource non-limitée, ne connaissent pas de baisse de leur volonté, après une expérience ayant sollicité celle-ci.

Pour le dire simplement, si vous pensez que vous avez déjà dû faire preuve de volonté pour vous lever tôt au matin, pour travailler dur toute la journée et faire du sport le soir, et que vous pensez que votre volonté est une ressource limitée, vous avez plus de chance de manquer de volonté au soir lorsqu’il faudra choisir pour un repas sain.

Au contraire, si vous pensez que votre volonté ne s’épuise pas, tous vos efforts de la journée n’auront aucune conséquence sur vos efforts du soir, en matière d’alimentation par exemple.

C’est même l’inverse, rajouteront certains. Anthony Robbins et Stephen R. Covey, deux célèbres auteurs en développement personnel, parlent de la volonté comme d’un muscle. Il y a un muscle de la prise de décision, dit Robbins (2001 : 49), et comme tout muscle, plus on le sollicite, plus il devient fort. Et Covey (2004 : 292) de prendre l’exemple du sport pour dire que le muscle qu’on travaille le plus en faisant du sport régulièrement est le muscle de la “pro-activité”, qu’on peut comprendre ici comme celui de la volonté…

Percevez la réalité comme vous voulez qu’elle soit !

Cela révèle un point intéressant : la manière dont fonctionne la volonté, en terme de réalité psychologique, a moins d’importance que la manière dont chacun perçoit la volonté.

Nous ne sommes pas guidés par la réalité, mais par notre perception de la réalité (Robbins: 66). C’est notre perception des choses qui va déterminer nos actions (Covey : 28). C’est pourquoi il est primordial de bien choisir ses “métaphores”, ces images qu’on se construit pour s’imaginer les choses qui nous entourent. Ainsi, vous pouvez choisir de considérer que votre volonté est limitée et s’épuise au cours de la journée, ou de considérer que votre volonté est telle un muscle qui se renforce à chaque fois que vous en faites usage. Vous vous êtes levé(e)s tôt ? Très bien, vous avez donc plus de force pour bien déjeuner ! Vous vous êtes levé(e)s tôt et vous avez bien déjeuné ? Très bien, vous êtes bien parti(e)s pour faire un bon repas, sain et équilibré à midi ! Et ainsi de suite toute la journée, en y incluant tout ce qui pourrait solliciter votre volonté, au niveau professionnel, familial, sportif, domestique, etc. Vous avez choisi une métaphore “empowering”, c’est-à-dire qui vous donne du pouvoir sur vous-même.

Une question épistémologique

Ce genre de “prophétie auto-réalisatrice” est bien connue des sociologues, psychologues et philosophes. Toute théorie, quelle soit savante ou issue de la “pensée ordinaire”, comme disait Schütz, a des effets sur la réalité qu’elle exprime. La théorie “performe”, en ce sens qu’elle a un pouvoir “performatif”, de faire advenir ce qu’elle décrit.

Tenter d’agir sur les métaphores qui nous guident est donc une reconnaissance du pouvoir constituant du langage et des schèmes de perception et de pensée que ce langage procure. (voir Bourdieu, 2001: 188)

Références :

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