Le canton de Neuchâtel décide de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

[Retour sur une info d’il y a quelques semaines] :

Le canton de Neuchâtel, en Suisse, a décidé de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

Article à lire ici…

Déclaration d’un des auteurs de cette motion :

“Au moment où l’impact néfaste des produits phytosanitaires sur la faune, la flore et les humains n’est plus à démontrer, il convient d’agir et l’État doit jouer un rôle modèle dans ce domaine”.

Ce qui est intéressant, c’est que cette démarche part d’en bas (“bottom-up”), puis que ça a démarré l’année passée, avec la ville de Neuchâtel qui, elle seule, avait déjà décidé que toutes ses terres devaient être cultivées en bio. Le Grand conseil cantonal vient donc d’élargir la mesure à tout le canton.

Le canton de Neuchâtel détient plus ou moins 1000 hectares de terres agricoles réparties sur 300 parcelles exploitées par 145 agriculteurs.

Je trouve que ça montre une chose : “relocaliser l’agriculture” – ce dont on parle tout le temps – ce n’est pas juste recréer des exploitations agricoles là où il n’y en a plus, c’est aussi retrouver du POUVOIR DE DECISION sur l’agriculture au niveau LOCAL. On peut décider de choses à un niveau local qu’on ne peut pas décider à un niveau beaucoup plus global.

Le canton de Neuchâtel compte un peu moins de 180.000 habitants. En comparaison avec la Belgique, ça représente donc un niveau de pouvoir entre nos communes et nos provinces. Et c’est un niveau de pouvoir qui a beaucoup plus de pouvoir (donc de compétences) que nos communes et nos provinces. Continue reading Le canton de Neuchâtel décide de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

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La démocratie participative, le lien avec le territoire. Et pourquoi il est important, en Belgique, de garder les provinces.

Les demandes de participation citoyenne et de démocratie plus délibérative n’ont de sens que si elles s’accompagnent d’une réflexion sur l’ÉCHELLE de la décision, c’est-à-dire sur le territoire, sa structuration et la répartition des compétences. (Ouïe ! Sujet “touchy” en Belgique)

Creusons un peu : ce n’est pas un hasard si l’origine du mot “citoyen” est “civitas” en latin, c’est-à-dire la “Cité”, et plus particulièrement la “Cité-État”, comme en Grèce (en particulier dans la période hellénistique) et dans l’Empire romain. La “Cité” ne peut pas se réduire à un territoire, mais y est quand même relativement liée. Plutarque* voyait d’ailleurs l’acte fondateur de la démocratie athénienne dans un mot très rarement mentionné : le “synœcisme”, c’est-à-dire la réunion de plusieurs villages en une Cité.

La démocratie se construit mieux du bas vers le haut, selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire en donnant la responsabilité d’une action publique à l’entité la plus proche de celles et ceux qui sont directement concernés par cette action. (Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarit%C3%A9) Et si on ne peut pas régler un problème à cette échelle, on passe alors à l’échelle supérieure. Du bas vers le haut.

En ce sens, je crois que celles et ceux qui veulent la disparition des provinces se trompent. Les communes belges comptent en moyenne 19.000 habitants (médiane = 12.000 habitants). Sans les provinces, l’échelle supérieure aux communes (c’est-à-dire les régions) compte soit 3,6 millions d’habitants (Région wallonne), soit 6,5 millions d’habitants (Région Flamande). Le saut d’échelle est beaucoup trop grand. Ca veut dire que si une problématique dépasse le territoire d’une commune, on est obligé de faire un saut vers l’échelle régionale, et on crée inévitablement un gap entre celles et ceux qui vont décider et celles et ceux qui sont concernés.

Chaque saut d’échelle constitue un risque démocratique. “More is different” : on ne décide pas à 3 ou à 6 millions comme on décide à 20.000. On ne peut pas réfléchir aux dispositifs de participation citoyenne sans aborder les questions d’échelle.

Les Provinces

Et à bien des égards, les provinces présentent une grande “robustesse” historique (“Effet Lindy”), avec des découpages peu changés depuis les anciennes provinces, les départements français, les principautés, les comtés, et les “civitates” de l’Empire romain. En fait, les Provinces présentent une réalité historique (et géographique) plus grande que les Régions, qui sont surtout le fruit du 19ème siècle industriel (et dans une moindre mesure des deux guerres mondiales). L’histoire de la Région wallonne en particulier, est celle du mouvement ouvrier, du patronat, et des concertations sociales.

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Les “communs” : première synthèse

Il faut aller de l’avant. Si on veut aller vers un nouveau modèle de société, il faut passer par cette étape de construction théorique, de “conceptualisation”, d’un nouveau paradigme. On ne peut pas simplement répéter qu’il faut que ça change, sans rien proposer, et en espérant qu’un nouveau modèle de société se construise, par lui-même, devant nos yeux. L’ “empowerment”, c’est aussi reprendre en main cette capacité à penser notre société, à proposer quelque chose de nouveau, d’innovant.

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut réinventer la roue. Aucune société n’a jamais été pensée sans lien avec son passé. On ne pourra construire un nouveau modèle de société qu’en l’inscrivant dans une histoire. De nombreux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui se sont déjà posés, à des époques antérieures, et il est intéressant d’observer la manière dont nous avons tenté d’y répondre, à l’époque. Avec quels concepts ? Quels outils ? Et dans quel but ?

Parmi les concepts intéressants, il y a celui de “communs”. On en parle assez bien actuellement. Mais je ne suis pas sûr que toutes celles et ceux qui en parlent se soient réellement plongés dans la littérature sur cette question. D’où l’objet de ce texte.

Personnellement, je suis convaincu que cette notion de “communs” doit être utilisée pour aborder à l’avenir les questions environnementales, l’aménagement du territoire, la mobilité, l’économie locale et circulaire, les énergies renouvelables, et tout un ensemble de questions actuelles.

Un prix Nobel d’Économie

En 2009, Elinor Ostrom (1933-2012), politologue et économiste américaine, reçoit le prix Nobel d’Économie pour son travail sur les “communs”, qu’elle définit comme une ressource naturelle ou non-naturelle dont l’utilisation peut profiter à une population définie. Cette ressource est même parfois le principal moyen de subsistance de cette population. Ça peut être le poisson disponible dans une zone de pêche définie, l’eau d’une rivière ou de nappes phréatiques utilisée pour irriguer des cultures, des pâturages que se partagent des bergers pour laisser paître leur troupeau, mais également des ponts nécessaires au transport de marchandises, des places de parking dans une zone déterminée, etc. (Ostrom, 2018).

On l’imagine tout de suite, le risque principal est que certains s’approprient cette ressource au détriment des autres : un pêcheur qui pêcherait tout le poisson de la zone de pêche, un agriculteur qui s’approprierait toute l’eau des canaux d’irrigation, etc. Plus encore, si toutes les personnes concernées essayent de s’approprier un maximum d’unités de la ressource (nombre de poissons, m3 d’eau, etc.), la ressource s’appauvrira… au point d’être détruite et de ne plus pouvoir profiter à personne. Ce risque a un nom : c’est la “tragédie des communs”.

L’histoire de cette tragédie

Et là, il faut faire un peu d’histoire pour comprendre. Le terme vient d’un article de Garrett Hardin, intitulé “The Tragedy of the Commons”, publié en 1968 dans la revue “Science”. Je me base sur sa réédition, en 2001, dans la revue “The Social Contract”.

Hardin (1915-2003) était un philosophe écologiste américain. En 1968, sa préoccupation première est la croissance de la population et son impact sur la planète. L’article propose essentiellement une réflexion théorique sur l’opposition entre une population qui croît indéfiniment dans un monde qui est, lui, fini.

Il faut savoir que la “tragédie des communs” d’Hardin s’inspire directement des lectures de William Forster Lloyd, en 1832. Des lectures publiées en 1833 sous le titre “Two lectures on the Checks to Population”. Elles sont republiées en 1980 dans la revue “Population Council”. Lloyd (1794-1852) était un mathématicien et économiste britannique, mais également Ministre de l’Église d’Angleterre. Et il tenait une Chaire d’économie politique à l’Université d’Oxford. Continue reading Les “communs” : première synthèse

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Parution : Néo Santé, n°68, juin 2017

Nouvelle parution : “Pourquoi manger local et de saison ?”, Néo Santé, n°68, juin 2017, p.24. Je parle assez souvent de l’intérêt de manger local et de saison, principalement pour des raisons environnementales et de développement local face à la grande distribution. Mais manger comme cela est également très important dans une optique santé. Pourquoi ?

  1. Parce que les aliments de saison nous apportent ce dont nous avons besoin au moment où nous en avons besoin : hydratation et protection par rapport aux rayons du soleil en été (baies, carottes, tomates, etc.), apport calorique supplémentaire au fur et à mesure que les températures baissent en automne (noix, potirons, choux…), et ainsi de suite pour les quatre saisons.
  2. Plus les fruits et les légumes sont consommés rapidement après leur récolte, plus ils sont nutritifs. En moyenne, les aliments vendus en grande surface auront attendu plus d’une semaine entre leur récolte et leur consommation. Les brocolis auront perdu 56% de leur vitamine C. Les haricots verts : 77% !

Plus d’infos dans l’article…

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Empowerment & Anti-délégation : un exemple de circuit court pour l’alimentation

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L’un des avantages de publier l’ouvrage “Empowerment ou la société de l’anti-délégation” au fur et à mesure, c’est de pouvoir régulièrement publier des articles sur des faits précis, et montrer en quoi ils s’inscrivent dans la réflexion plus large que je propose…

Aujourd’hui, par exemple, je lisais, dans l’excellente revue « Socialter. Le Magazine de l’économie nouvelle génération », un article sur « La Ruche qui dit Oui ».

Créée en 2011, cette entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS) a permis la création de plus de 300 « ruches », comptant 150.000 membres. Ces ruches sont des lieux d’échange entre producteurs locaux et consommateurs. Le principe ? Un particulier, une association, une entreprise, décide d’ouvrir une « ruche ». Il contacte les producteurs de fruits, légumes, viande, etc., dans un rayon de maximum 250 km. Chaque semaine, l’animateur de la ruche publie sur le site internet une liste de produits fermiers disponibles (donc locaux, de saison, etc.). Chaque producteur fixe son prix. Les consommateurs commandent sur internet. Si la commande n’est pas suffisante, il n’y a pas de livraison, il n’y a donc jamais de gaspillage. Le jour fixé, consommateurs et producteurs se retrouvent et l’échange est fait.

La vente est donc directe. C’est ce qu’on appelle le « circuit court ». Et c’est le producteur qui fixe ses prix. Il n’y a ni grossistes, ni grandes enseignes commerciales pour déterminer les prix, parfois au détriment des producteurs. De cette manière, 1.400.000 produits ont déjà été vendus (au 1er septembre 2013).

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que cela illustre une des caractéristiques de la société de l’anti-délégation : pratiquement toutes les dynamiques qui lui sont propres sont à l’œuvre dans les projets qui relèvent de cette culture. Dit autrement, la société de l’anti-délégation brouille souvent les frontières des différents champs sociaux.

Si on s’intéresse à ce ruches, on se rend compte que s’entrecroisent :

  • un attrait pour le local,
  • une utilisation optimale des moyens digitaux : internet, réseaux sociaux…
  • une logique participative,
  • la constitution d’une communauté de consommateurs,
  • la référence à l’économie collaborative.

“La Ruche qui dit Oui” soutient effectivement des appels à financement de projets agricoles sur le site KissKissBankBank, pionnier actuel du financement participatif en France.

Les échanges se font de façon horizontale et décentralisée entre particuliers et producteurs. Ca fait déjà quelques années qu’on connaît les « paniers », les AMAP (en France, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne), les GAC (groupements d’achats collectifs) ou les GAS (groupement d’achats solidaires. La ruche constitue une manière d’optimiser cette nouvelle façon de commercer, grâce à la plate-forme informatique. Une communauté se crée, grâce aux réseaux sociaux.

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Ce qui est intéressant également, c’est de voir qu’aucun label ne peut remplacer le contact direct entre un producteur et un consommateur (les ruches organisent aussi des visites des exploitations agricoles). En fait, on pourrait aller plus loin et dire que les labels – même bio – n’ont de sens que dans une économie à grande échelle, où les consommateurs et les producteurs ne se rencontrent plus. Si je n’ai aucun lien avec le producteur de ce que je mange, quelle assurance puis-je avoir quant à la qualité du produit ? Aucune. Si ce n’est un label auquel je ferais confiance parce qu’il serait garanti par une instance intermédiaire, reconnue par l’Etat (l’instance qui centralise toutes les garanties, les normes, les règles, etc.). Toute l’administration créée par les labels (nécessité pour les producteurs de répondre à des cahiers des charges très strictes) n’est qu’une conséquence d’une économie toujours plus globale, dépersonnalisante, différenciée, typique des sociétés modernes.

Ce refus des labels est un phénomène connu dans le vin par exemple, où des petits producteurs, qui travaillent de manière ancestrale, refusent de se plier aux exigences administratives (démarches à faire, cahier des charges, etc.) des labels « bio », au risque d’être perçus comme non-« bio » alors que leurs produits sont parfois plus « bio » que des vins reconnus comme « bio ». Ce sont les producteurs de vins « naturels », qui ne fait pas vraiment l’objet d’une labélisation actuellement.

Si les ruches vous intéressent, le site internet propose une carte des différentes ruches, dont 5 en Belgique.

A lire : 

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