Parution : “Comment le sucre nous enfume !” – Sport & Vie, n°154

Photo 25-01-16 16 33 27

Nouvelle parution : Je publie dans le numéro de janvier-février (n°154), du magazine “Sport & Vie”, un article sur le sucre. Il s’agit d’une version améliorée de l’article que j’avais publié sur ce blog : “Et si nous refusions d’être au service de l’industrie alimentaire ?“. Comment les grosses industries alimentaires, rassemblées en fédérations, arrivent à nous faire croire que manger trop sucré n’est pas si grave (tant que l’on fait du sport), et comment les marques s’infiltrent partout dans le sport et la santé, sous couvert de promotion de l’activité physique ?

Entre militantisme CrossFit contre l’industrie du sucre et du soda (voir le combat de CrossFit, Inc. au Etats-Unis) et analyse de sociologie des médias (après tout, c’est de là que je viens), cet article fait le point sur les stratégies des marques et industries (exactement les mêmes que celles des cigarettiers à une époque), et en appelle, en toile de fond, les acteurs du sport et de la santé à ne pas être les “idiots utiles” de l’industrie alimentaire…

Commander le numéro en ligne : http://www.sport-et-vie.com/numero-154/a-decouverte-ski-alpinisme.4341.php

Share

New Books (4)

Photo 5-01-16 09 45 51

Ca faisait un petit temps que je ne l’avais plus fait : voici les derniers ouvrages que j’ai achetés dans le cadre de ce que j’essaie d’écrire sur “Anti-délégation. Ou la société de l’Empowerment” (nouvelle formulation du titre !). Chacun de ces livres devrait me permettre d’avancer sur quelques points précis…

Bureaucratie“, de David Graeber, auteur du fameux articles “Bullshit Jobs“, dont j’ai parlé ici, ainsi que “Fragments of an Anarchist Anthropology” (PDF). Ce livre devrait prolonger l’ouvrage de Béatrice Hibou, “La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale“, avec en plus un angle anarchiste. Cette phrase du quart de couverture me parle particulièrement : “Comment en sommes-nous arrivés, dans une société dite libérale, à passer une grande partie de notre temps à remplir de plus en plus de formulaires ? Et à quel point nos vies sont-elles gâchées par toute cette paperasserie sans fin ?

Terreur dans l’hexagone. Genèse du djihad français“, de Gilles Kepel. On a pas mal parlé de cet ouvrage dans la presse. J’ai déjà lu beaucoup de choses sur la radicalisation des jeunes, mais ce qui m’intéresse ici, c’est le fil conducteur que tend l’auteur entre les émeutes de 2005 et les attentas récents. Sa dernière partie, qui intègre dans une même analyse radicalisation et montée de l’extrême-droite, m’intéresse aussi. Tout cela rejoint ce que j’ai pu écrire sur la métaphore du bateau qui coule

La décroissance et l’Etat“, Entropia – Revue d’étude théorique et politique de la décroissance. Plusieurs articles m’intéressent particulèrement dans ce numéro : “L’Etat et la révolution (de la décroissance)” (Serge Latouche), “La société décroissante contre l’Etat ?” (Gilles et Jean-Marc Luquet), “Pour une théorie de l’Etat dans la modernité” (Clément Homs), ou encore “Pour une décroissance libertaire” (Jean-Claude Besson Girard). J’espère y trouver quelques éléments intéressants quant au lien entre la crise de l’Etat capitaliste industriel moderne et les mouvements de la décroissance.

L’âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable“, de Philippe Bihouix. J’avais vu l’auteur à l’émission “Ce soir (ou jamais !)“. Ce livre pourrait être un complément intéressant à l’ouvrage “Comment tout peut s’effondrer” de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, paru d’ailleurs chez le même éditeur.

La fin du salariat“, de Jean-Pierre Gaudard. Ce sera probablement l’un des derniers bouquins que je lirai, avant de boucler le (long) chapitre sur le travail, qui s’intitulera probablement “Repenser la notion de ‘Travail’“…

Liberté & Cie. Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises“, d’Isaac Getz et Brian M. Carney. En complément de l’ouvrage précédent (“La fin du salariat“), cet ouvrage de Getz et Carney montre qu’on peut aussi imaginer d’autres formes de salariat, dans lesquelles les travailleurs peuvent reprendre en main leurs conditions de travail.

Qu’est-ce qu’un peuple ?“, un ouvrage collectif avec des articles de Badiou, Bourdieu, Butler, Didi-Huberman, Khiari et Rancière. Celui-là, c’est pour le côté plus “intellectuel” avec des considérations philosophico-théoriques sur “le peuple” :-) Mais quelques-unes pourraient me servir pour un chapitre sur “le peuple” dans la société actuelle. Y a-t-il encore un sens à parler de “peuple” ? Et si oui, qui seraient ceux qui se revendiqueraient encore du peuple ?

Voilà donc ce sur quoi je travaillerai les prochaines semaines. Si vous avez lu certains de ces ouvrages, que vous voulez partager vos impressions, vos questions, n’hésitez pas ! J’ai, depuis le début, conçu la rédaction de mon livre comme un travail collectif, se nourrissant de toutes les discussions que je pouvais avoir (et que souvent, les réseaux sociaux permettent).

Je remarque aussi que ce sont souvent les mêmes éditeurs qui publient les ouvrages qui sont dans la même veine que mes travaux : “LLL – Les Liens qui Libèrent” (qui ont publié Graeber et Rifkin, par exemple) et les éditions du Seuil, collection “Anthropocène” (qui ont publié les ouvrages de Bihoux et Servigne & Stevens). Peut-être que c’est chez eux que je devrai me diriger prioritairement pour la publication ? Si vous avez des conseils, n’hésitez pas non plus ! 😉

Bonne lecture !

Share

Crise de la société & Empowerment : le bateau qui coule et les différentes stratégies

Je teste quelque chose de nouveau : une vidéo explicative d’une partie des réflexions que je mène sur la notion d’empowerment dans un contexte de crise de la délégation. Disons que cette partie s’y prêtait bien : elle vise à utiliser une métaphore pour présenter la situation actuelle et les différentes stratégies possibles. Et elle complète le chapitre sur les définitions que je viens de publier ici… 

Je crois que nous pourrions imaginer la société de la délégation comme un gros bateau : jusqu’il y a peu de temps, nous étions tous dedans, et nous avions en quelque sorte délégué la décision du cap au capitaine et à ses lieutenants. Pour le meilleur et pour le pire, tout le monde participait de près ou de loin à l’avancée de ce navire, par conviction ou par obligation. C’est le modèle culturel industriel que décrivaient très bien Bajoit et Franssen en 1995, et dont parlent pratiquement tous ceux qui parlent de “La Modernité”, de la société industrielle, etc. C’est l’Etat moderne, bureaucratique. C’est l’Etat de Durkheim ou Weber en sociologie, de Hegel en philosophie, etc. Et en économie, c’est le capitalisme d’Etat, c’est l’industrie, la grande distribution, etc. J’en parlerai dans les chapitres suivants.

Ce que j’appelle la crise de la société de la délégation, c’est ce bateau qui commence à prendre l’eau. Est-ce qu’il prend l’eau à cause de phénomènes extérieurs indépendants, comme une tempête, des courants marins, etc., ou est-ce par une mauvaise navigation de l’équipage ? Je ne sais pas, et c’est probablement un peu des deux. Peut-être dans une confiance trop grande de l’équipage dans des outils censés prévoir ces phénomènes extérieurs, ou dans le fait qu’ils n’aient pas voulu les voir. Peu importe en réalité. Le fait est que le bateau commence à couler, et qu’à l’intérieur, l’équipage doit faire face à des mutineries, ou du moins à une perte de confiance dans l’équipage. La crise de la délégation, c’est la volonté des personnes embarquées dans le navire de vouloir prendre un autre cap, mais l’équipage qui ne l’entend pas…

3442941

Alors, de là, il y a celles et ceux qui décident de prendre leur destinée en main, qui se construisent leur propre petit radeau et qui se lancent seuls en pleine mer. Certes, ils perdent la sécurité que leur procurait le fait de se laisser porter par un gros bateau – sécurité toute éphémère puisque le bateau commence dangereusement à couler, mais ils gagnent en liberté et en possibilité de gérer eux-mêmes la manière dont leur petit bateau va faire face aux flots. Au moins, ils décident du cap. Au moins, ils sont maîtres à bord. Ils sont seuls, ou “partagent” à plusieurs leur petite embarcation. Peut-être se sont-ils mis à plusieurs pour la construire, en mettant en commun leurs ressources, à partir de plans en “open source” ? Peut-être les pièces ont-elles été imprimées avec une imprimante 3D partagée ? Peut-être leurs petits bateaux sont-ils “connectés” entre eux ?

extreme-windsurfingSurtout, peut-être que leur petite embarcation est capable de mieux faire face à la tempête, peut-être est-il plus maniable ? Peut-être a-t-il été conçu en pensant à la tempête ? Peut-être navigue-t-il mieux lorsqu’il y a du vent, lorsqu’il y a des vagues ? Peut-être est-ce un windsurf, un kitesurf, un bodyboard ou une planche de surf ? Peut-être que celles et ceux qui sont dessus ont trouvé un moyen de jouir du vent et des vagues plutôt que de les redouter ? Peut-être qu’ils regardent le gros navire couler et qu’ils se disent : “c’est pas facile sur mon petit bateau, je suis tout seul dessus ou nous sommes quelques-uns sur ce petit bateau que nous nous sommes construits, mais au moins, nous ne sommes pas en train de couler avec le gros navire”.

article-2331313-1A03F808000005DC-135_634x432De l’autre côté, il y a celles et ceux qui se retrouvent en pleine mer, qui n’ont pas su se construire leur petit bateau, qui ne savent pas nager, ou qui savent nager, mais pas en pleine mer, dans le froid et la tempête. Ceux-là n’ont qu’un moyen de ne pas mourir, c’est de se raccrocher à n’importe quel objet flottant – probablement un vestige du navire – qui passe à leur portée. Et de s’y raccrocher, comme à une bouée de sauvetage. De s’y abandonner totalement, comme à une dernière possibilité de ne pas finir noyé. Est-ce qu’on peut les comprendre ? Fuck, yeah !! Personne n’a envie de mourir noyé !! Mais quelles sont ces dernières bouées de sauvetage, auxquelles on délègue le soin de nous maintenir hors de l’eau ? D’un côté, c’est à mon sens les mouvements nationalistes et les mouvements d’extrême-droite au sens large. Ce sont les gangs et milices qui commencent à se constituer un peu partout, comme les groupuscules anti-salafistes, anti-islamistes, antisémites, c’est le repli communautaire ou régional. C’est PEGIDA en Allemagne (“Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes”, c’est-à-dire en français : Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident), c’est Bloc Identitaire, Egalité et Réconciliation, Non au changement de peuple et de civilisation, Groupe Union Défense (GUD), Blood & Honour, Riposte laïque, la Ligue de Défense juive, Civitas en Belgique et en France, le NPD en Allemagne ; c’est Nissa Rebela, Jeune Bretagne ou Breiz Atao au niveau régional ; c’est la English Defence League et ses versions polonaises et norvégiennes (Polish Defence League et European Defence League). C’est quelque chose auquel se raccrocher parce que sinon, on n’existe plus. C’est la dernière possibilité pour exister en tant que… Français, ou Allemands, ou Polonais…

… Ou en tant que Musulman. Parce que cette bouée de sauvetage identitaire, c’est aussi l’Etat islamique, auquel les individus se remettent, et les groupes locaux se soumettent par “allégeance”. Lorsqu’on lit “Dabiq”, le magazine de l’Etat islamique, c’est exactement cela le message principal : « On ne vous laissera jamais être de ‘vrais’ Musulmans en Occident. Rejoignez-nous ! Et combattons l’Occident »… C’est donc très identitaire. Daech se présente, à des jeunes Musulmans, comme le seul moyen de survivre en tant que tels.

da3ech-iraq-620x330

On ne peut pas prévoir s’ils y arriveront, mais Daech est en train de constituer un réel “Etat” fort, avec son gouvernement hyper-centralisé, son administration, sa justice, sa monnaie, etc. Et il n’est donc pas étonnant qu’on retrouve à la tête de Daech, des anciens officiers irakiens du parti Baas. En Syrie, avec d’un côté le régime d’El-Assad et de l’autre, Daech, c’est deux visions identiques qui se combattent, en désappropriant la peuple de sa souveraineté. Les printemps arabes étaient certainement plus proches des stratégies d’empowerment, mais la contre-révolution a refermé la porte entre-ouverte. Le site d’information politique Al-Tagreer titrait, en juillet 2015, “Les printemps arabes se nourrissaient de l’espoir d’un monde meilleur. Daech, lui, s’est construit autour du désespoir”.

Et tout comme l’Etat islamique s’est développé en Syrie et en Irak, là où il n’y a plus rien, là où il n’y a plus d’Etat, plus d’organisation sociale, plus de lois, plus d’espoir, les filières européennes radicalisent des jeunes qui ont le sentiment que pour eux, il n’y a plus rien; que pour eux, l’Etat ne peut plus rien; que pour eux, il n’y a plus d’espoir…

Continue reading Crise de la société & Empowerment : le bateau qui coule et les différentes stratégies

Share

New Books (3)

Photo 8-11-14 20 47 37

Nouvelle commande arrivée ce matin. Je serais assez heureux d’avoir votre avis sur ces différents ouvrages/auteurs, si vous les avez lus…

Comité invisible. 2007. L’insurrection qui vient. Paris : La Fabrique Editions.

Comité invisible. 2014. A nos amis. Paris : La Fabrique Editions.

Hazan, E., & Kamo. 2013. Premières mesures révolutionnaires. Paris : La Fabrique Editions.

Astruc, L. 2012. (R)évolutions. Pour une politique en actes. Actes Sud.

Dardot, P. & Laval, C. 2010. La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. Paris : La Découverte.

Rifkin, J. 2014. La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Les Editions qui libèrent.

Tous ces ouvrages ont, à mon sens, un lien avec ce que j’écris sur l’Empowerment ou la société de l’anti-délégation, mais ce sera à confirmer avec leur lecture…

Share

Ne laissons pas la défense des petits indépendants à la droite réactionnaire (et raciste)…

b9454c009ffc9504e2c950b71ee85fb1 copie

Je voulais réagir à un article qui fait son petit buzz sur les réseaux sociaux, en ce moment, en Belgique : “L’Etat a tué mon resto préféré“. Le titre résonne évidemment avec ce que j’ai pu écrire sur l’Etat bureaucratique dans le cadre de l’ “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“.

Le restaurant dont il s’agit, c’est “Bleu de Toi”, à Bruxelles, qui a dû fermer récemment. Le premier paragraphe nous dit que “la courageuse restauratrice met la clef sous le paillasson après 22 ans. Encore un exemple de gâchis extraordinaire parce que nos politiciens n’ont pas compris que les petits indépendants sont ceux qui créent le plus d’emplois, qui dynamisent notre économie. Or, ils doivent, plus que d’autres supporter une fiscalité écrasante.”

Evidemment, en tant qu’indépendant moi-même, chef de très (petite) entreprise, je ne peux que confirmer la situation difficile de l’entrepreneuriat en Belgique (mais j’imagine que ce n’est pas tellement différent en France). Tout se passe comme si l’Etat n’était là que pour empêcher le développement de toute activité économique indépendante. Une liste infinie de réglementations, de taxations plus ou moins justifiées, d’entraves, de “bâtons dans les roues”, rend, comme le dit l’article, “la vie d’indépendant en Belgique extrêmement périlleuse“. Chaque semaine, on parle dans la presse d’une enseigne qui doit fermer, submergée par les entraves administratives, comme cette boucherie de près de 100 ans, à Pépinster , en Belgique. Continue reading Ne laissons pas la défense des petits indépendants à la droite réactionnaire (et raciste)…

Share

Pour rebondir sur le dossier “Economie collaborative” de Socialter

Photo 19-08-14 18 09 20

J’aimerais conseiller le dernier numéro de la revue “Socialter“, et son dossier sur l’économie collaborative. Si vous pouvez vous procurer la revue, foncez !

De nombreux éléments composants ce dossier rejoignent ce que j’ai pu écrire sur la notion d’Empowerment et ce que j’ai appelé la société de l'”anti-délégation”. Pour celles et ceux qui arriveraient pour la première fois sur ce blog, les bases de ce projet se trouvent dans cette introduction “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“. Deux chapitres “en construction” ont été publiés : un chapitre sur l’Etat, la bureaucratie et le travail (“6. La crise de la délégation“) et un chapitre sur l’alimentation (“7.1. Reprendre en main son alimentation et sa santé“). Un chapitre paraîtra très prochainement sur les nouvelles formes de contestation : Occupy, les Indignés, etc.

(Toutes les références (n° de page, etc.) renvoie au numéro 6 de la revue Socialter, août-septembre 2014.)

DONC, en lisant le dossier de Socialter, j’ai apprécié l’impression que “j’étais dans le bon” avec mon analyse des mouvements sociaux et culturels actuels. Uber, Airbnb, les groupements d’achats collectifs, la Ruche Qui dit Oui, le co-voiturage, Wikipedia, etc… Tout cela relève bien d’une même dynamique. (J’avais déjà fait référence à la Ruche qui dit Oui, à partir d’un article de Socialter, dans cet article…).

MAIS je pense que le coeur de cette dynamique, le point central de ces évolutions, n’est pas en soi le partage ou la collaboration. Je pense que c’est autre chose, même si ces deux dimensions en sont constitutives. Je dirais que le partage et la collaboration sont des caractéristiques descriptives des évolutions actuelles, mais qu’elles n’en sont pas des caractéristiques définitionnelles. D’où la difficulté, qu’on ressent, me semble-t-il, dans le dossier de Socialter, pour définir si l’économie collaborative est toujours de la marchandisation ou si c’est du partage, si c’est libéral ou du “communisme à la cool” (p.31). Ce genre de questions est, selon moi, inutile parce que l’économie collaborative et les logiques de partage relèvent d’un mouvement plus large, qui rend l’opposition gauche-droite obsolète, comme je l’ai expliqué ici : “2.1. Au-delà de l’opposition gauche-droite.

Pourtant, ce mouvement plus large est plusieurs fois esquissé dans le dossier. Je pense que sa caractéristique définitionnelle est : le fait de reprendre le pouvoir sur soir-même et de ne plus déléguer à des institutions ou des intermédiaires, ce que l’on peut faire soi-même. Dans l’échange et le partage de particuliers à particuliers (peer-to-peer), je crois que c’est la dimension “particuliers à particuliers” qui est la plus importante, plus que l’échange ou le partage en soi. Continue reading Pour rebondir sur le dossier “Economie collaborative” de Socialter

Share

6. La crise de la délégation

Ben Horton_TheHunter&

Ce texte est le chapitre 6 de l’ouvrage en cours d’écriture “Empowerment ou la société de l’anti-délégation“. Toutes les infos et l’introduction à cette réflexion se trouvent ici (il est préférable de lire l’intro avant ce texte, pour bien en comprendre tout le sens, mais vous pouvez aussi vous contenter de ce texte, si seules ces questions vous intéressent… et peut-être que cela vous donnera envie d’aller voir dans quelle réflexion plus large ce texte s’inscrit ?) 😉

Vous pouvez télécharger ce chapitre 6 (Version juillet 2014) en PDF (23 pages)

Un autre chapitre, plus concret, a déjà été publié : “7.1. Reprendre en main son alimentation et sa santé

(J’en profite pour remercier les très nombreuses personnes qui m’ont envoyé des remarques, des commentaires, des suggestions. Je n’ai pas eu le temps de répondre à tout le monde. Certaines de mes réponses sont encore “en attente”, parce que je souhaite “bien” répondre à celles et ceux qui ont pris le temps de lire les premières parties et de m’envoyer des remarques intéressantes. J’ai en tout cas intégré de nombreuses remarques dans la réflexion. Merci à vous !)

*************

Chapitre 6 : La crise de la délégation

J’ai dit, dans l’introduction, que le mouvement de l’anti-délégation s’inscrivait dans une crise des piliers de la modernité, comme l’Etat, l’économie, le travail, la rationalité. Attention, je ne pense pas que la notion de « travail » soit en crise, ou que les plus jeunes générations ne veuillent plus travailler, ni que les avancées de la science fascinent moins, ni qu’il faille abandonner toute idée de construire une collectivité en partie institutionnalisée.

Je pense que le modèle « moderne » du travail, de l’Etat, de l’économie capitaliste est en crise. C’est-à-dire cette forme d’Etat, ces modes de travail, ces modalités de l’économie, qui relèvent de la bureaucratie, de la technocratie, de l’industrie, etc. Nous reviendrons sur ces dimensions. Ce dont il s’agit, c’est d’une « crise du modèle culturel de la société industrielle », comme l’avaient très bien vu Bajoit et Franssen dès 1995.  Et pour moi, ce qui caractérisait ce modèle, c’était que l’individu était appelé à déléguer une partie de sa destinée aux piliers de la société moderne.

6.1. Etatisme et capitalisme

Au cœur de la société de la délégation, en crise, se trouve l’Etat bureaucratique, moderne, et libéral.

Pour Max Weber, dont nous avons déjà parlé, l’Etat moderne et le capitalisme se sont développés ensemble. L’Etat moderne est effectivement le garant du droit rationnel, « prévisible ». En cela, il constitue la condition de l’épanouissement du capitalisme (Colliot-Thélène, 1992 :12)

C’est relativement facile à comprendre : lorsqu’on se limitait à des échanges simples, à du commerce traditionnel, local, proche du troc, c’était des règles traditionnelles (code d’honneur, etc.) qui pouvaient régir l’échange. Mais lorsqu’on échange des biens sur des marchés, avec une multitude d’intervenants, il est nécessaire qu’une instance garantisse la validité de l’échange. Continue reading 6. La crise de la délégation

Share

La HitBox, un entraînement fonctionnel ? Réfléchissez bien…

Capture d’écran 2014-04-03 à 11.48.10

Peut-être avez-vous vu ce nouveau concept de la marque Planet Fitness, la “HitBox“, présentée comme une zone d’entraînement fonctionnel “clé en main” ? (lien vers la vidéo)

Le problème est que “fonctionnel” et “clé en main” me semblent être tout à fait incompatibles. La formule de Planet Fitness sonne comme un oxymore : deux mots que leurs sens devraient éloigner, comme la “clarté sombre” de Baudelaire.

Capture d’écran 2014-03-31 à 11.44.11

Bien sûr, tout dépendra de la manière dont on définit un entraînement “fonctionnel”, mais en règle générale, cela se réfère à un entraînement basé sur des mouvements naturels, complets, dont on retrouve une utilité dans la vie quotidienne. On dit parfois que des mouvements fonctionnels sont des mouvements qui existent hors des salles de sport : se lever, soulever une charge du sol, amener un objet en hauteur, etc.

Si votre entraînement se veut “fonctionnel”, il doit donc présenter la même variabilité et le même caractère aléatoire, hasardeux (“randomness” en anglais), que la vie quotidienne et/ou naturelle.  Et dans la vie quotidienne, ou dans la nature, RIEN ne se présente à nous “clé en main”.

En fait, tout le principe de notre évolution a été une adaptation à des environnements qui ne sont justement pas “clé en main”. C’est ce que l’on appelle la “pression de sélection” en biologie évolutionniste : les contraintes environnementales forcent les espèces à se transformer. Ce sont des changements climatiques, il y a 4 millions d’années, qui nous ont amené à nous tenir debout (Homo Afarensis). Plus tard, il y a 2,5 millions d’années, c’est Homo Habilis qui s’adapte en inventant les premiers outils lui permettant, entre autres, de varier sa nourriture. Son apport en calories augmente, son cerveau se développe, etc. C’est aussi par nécessité d’adaptation que nous sommes devenus omnivores. Toute notre évolution s’explique par le fait que rien ne nous est jamais servi “clé en main”.

C’est parce que la nature ne nous fournit pas toute la nourriture, directement bien préparée et découpée dans notre assiette, que nous avons dû développer des techniques de chasse, construire des outils, maîtriser le feu, et plus tard inventer une technologie culinaire. C’est parce que la nature ne nous fournit pas d’habitats sécurisés et chauffés “clé en main”, que nous avons dû développer l’architecture, inventer des techniques de construction, apprendre à maîtriser les matériaux, etc. Et que ce soit l’alimentation ou l’habitat, cela s’est toujours fait en s’adaptant, c’est-à-dire en répondant à la pression de l’environnement : tout comme les Inuits ont développé des techniques alimentaires différentes des Hadza dans l’est de l’Afrique, leurs techniques d’habitat sont également différentes. Continue reading La HitBox, un entraînement fonctionnel ? Réfléchissez bien…

Share

Empowerment & Anti-délégation : un exemple de circuit court pour l’alimentation

Photo 28-12-13 17 39 00

L’un des avantages de publier l’ouvrage “Empowerment ou la société de l’anti-délégation” au fur et à mesure, c’est de pouvoir régulièrement publier des articles sur des faits précis, et montrer en quoi ils s’inscrivent dans la réflexion plus large que je propose…

Aujourd’hui, par exemple, je lisais, dans l’excellente revue « Socialter. Le Magazine de l’économie nouvelle génération », un article sur « La Ruche qui dit Oui ».

Créée en 2011, cette entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS) a permis la création de plus de 300 « ruches », comptant 150.000 membres. Ces ruches sont des lieux d’échange entre producteurs locaux et consommateurs. Le principe ? Un particulier, une association, une entreprise, décide d’ouvrir une « ruche ». Il contacte les producteurs de fruits, légumes, viande, etc., dans un rayon de maximum 250 km. Chaque semaine, l’animateur de la ruche publie sur le site internet une liste de produits fermiers disponibles (donc locaux, de saison, etc.). Chaque producteur fixe son prix. Les consommateurs commandent sur internet. Si la commande n’est pas suffisante, il n’y a pas de livraison, il n’y a donc jamais de gaspillage. Le jour fixé, consommateurs et producteurs se retrouvent et l’échange est fait.

La vente est donc directe. C’est ce qu’on appelle le « circuit court ». Et c’est le producteur qui fixe ses prix. Il n’y a ni grossistes, ni grandes enseignes commerciales pour déterminer les prix, parfois au détriment des producteurs. De cette manière, 1.400.000 produits ont déjà été vendus (au 1er septembre 2013).

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que cela illustre une des caractéristiques de la société de l’anti-délégation : pratiquement toutes les dynamiques qui lui sont propres sont à l’œuvre dans les projets qui relèvent de cette culture. Dit autrement, la société de l’anti-délégation brouille souvent les frontières des différents champs sociaux.

Si on s’intéresse à ce ruches, on se rend compte que s’entrecroisent :

  • un attrait pour le local,
  • une utilisation optimale des moyens digitaux : internet, réseaux sociaux…
  • une logique participative,
  • la constitution d’une communauté de consommateurs,
  • la référence à l’économie collaborative.

“La Ruche qui dit Oui” soutient effectivement des appels à financement de projets agricoles sur le site KissKissBankBank, pionnier actuel du financement participatif en France.

Les échanges se font de façon horizontale et décentralisée entre particuliers et producteurs. Ca fait déjà quelques années qu’on connaît les « paniers », les AMAP (en France, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne), les GAC (groupements d’achats collectifs) ou les GAS (groupement d’achats solidaires. La ruche constitue une manière d’optimiser cette nouvelle façon de commercer, grâce à la plate-forme informatique. Une communauté se crée, grâce aux réseaux sociaux.

ruche-qui-dit-oui

Ce qui est intéressant également, c’est de voir qu’aucun label ne peut remplacer le contact direct entre un producteur et un consommateur (les ruches organisent aussi des visites des exploitations agricoles). En fait, on pourrait aller plus loin et dire que les labels – même bio – n’ont de sens que dans une économie à grande échelle, où les consommateurs et les producteurs ne se rencontrent plus. Si je n’ai aucun lien avec le producteur de ce que je mange, quelle assurance puis-je avoir quant à la qualité du produit ? Aucune. Si ce n’est un label auquel je ferais confiance parce qu’il serait garanti par une instance intermédiaire, reconnue par l’Etat (l’instance qui centralise toutes les garanties, les normes, les règles, etc.). Toute l’administration créée par les labels (nécessité pour les producteurs de répondre à des cahiers des charges très strictes) n’est qu’une conséquence d’une économie toujours plus globale, dépersonnalisante, différenciée, typique des sociétés modernes.

Ce refus des labels est un phénomène connu dans le vin par exemple, où des petits producteurs, qui travaillent de manière ancestrale, refusent de se plier aux exigences administratives (démarches à faire, cahier des charges, etc.) des labels « bio », au risque d’être perçus comme non-« bio » alors que leurs produits sont parfois plus « bio » que des vins reconnus comme « bio ». Ce sont les producteurs de vins « naturels », qui ne fait pas vraiment l’objet d’une labélisation actuellement.

Si les ruches vous intéressent, le site internet propose une carte des différentes ruches, dont 5 en Belgique.

A lire : 

Share

Parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60”

Photo 28-12-13 15 18 51

Nouvelle parution : “Relire aujourd’hui les classiques des années 60”, La Libre Belgique, sam.-dim. 28-29/12/2013, pp. 52-53. Qu’avons-nous fait des auteurs critiques des années 60 ? De Marcuse, de Debord, de Fanon, pour ne citer qu’eux… Alors qu’émerge une critique nouvelle à la fois de la société de consommation et des instances étatiques et supra-étatiques, sous les formes variées de préoccupations écologiques, de développement durable, de décroissance, de simplicité volontaire, de revendications sur les conditions de travail, des “Indignés”, de mouvements citoyens, des printemps arabes, érables, etc., les auteurs qui avaient mené cette critique dans les années 60 semblent être passés à la trappe… lire la suite.

Cet article a été écrit en août 2013, donc avant que je commence à mettre sur papier les réflexions sur l’Empowerment et la société de l’anti-délégation, dont j’ai publié l’article introductif il y a quelques jours. Mais très clairement, Marcuse, Debord et Fanon sont des auteurs qui m’ont amené à développer cette réflexion. L’article paru aujourd’hui dans La Libre Belgique fait donc tout à fait partie de la même réflexion…

Share