Manque de confiance en politique et partis radicaux

Cette enquête ULB, VUB, KUL, illustre parfaitement ce que j’ai récemment expliqué ici 👉 “Brève réflexion sur la croyance en politique” .

Moins on a confiance dans le système politique (moins on “croit” dans le système politique), moins on va voter pour celles et ceux qui “représentent” ce système politique, c’est-à-dire les partis “traditionnels”.

L’enquête montre que la confiance dans la politique chute encore depuis 2014 et 2009. Et que celles et ceux qui ont le moins confiance dans la politique ont le plus voté pour les extrêmes : Vlaams Belang en Flandre et PTB en Wallonie.

Sur une échelle de 0 à 10, la confiance dans les partis politiques et dans les politiciens et politiciennes ne dépasse pas le score de 3 en Wallonie. Et ce n’est guère mieux en Flandre (entre 3 et 4).

Tableau : https://press.vub.ac.be/gebrek-aan-vertrouwen-in-politiek-en-ideologie-bepalen-proteststem

Tout le problème, c’est que si les partis traditionnels ne cessent de répéter ” la démocratie, c’est NOUS”, le changement qu’attendent de plus en plus de gens aura toutes les chances d’être beaucoup moins porté par des idéaux démocratiques. C’est ce qu’on voit dans l’enquête : les électeurs et électrices du PTB et du VB sont les moins satisfaits vis-à-vis de la démocratie. Et ça rejoint assez bien ce qu’il se passe ailleurs : Hongrie, Italie, Brésil, etc…

 Il faut donc construire une réelle alternative, radicalement différente de ce qui se fait actuellement (et qui n’arrive plus à susciter de confiance), mais fondée sur des idéaux et des mécanismes démocratiques.

👉 Et ça passera par davantage de rotation au pouvoir, par une réflexion sur la bonne échelle territoriale, une priorité donnée au niveau local, davantage de pouvoir aux assemblées, moins de bureaucratie, plus de participation, etc.

📄 Un document d’une trentaine de pages, en néerlandais, reprend les principales observations de cette enquête (avec les chiffres, etc.) : téléchargeable ici !

📰 Article Vrt.be (photo de couverture) : https://www.vrt.be/…/le-manque-de-confiance-dans-la-politi…/

Brève réflexion sur la croyance en politique

Tout système politique doit créer de la croyance : la croyance qu’il permet de sélectionner les bonnes personnes pour gouverner.

Et cela se fait de manière “tautologique” (comme beaucoup de choses qui participent au “fétichisme politique” décrit par Bourdieu*) :

On se dit que ce sont les bonnes personnes au pouvoir, parce qu’elles ont été choisies par le bon système politique.

ET (en même temps)

On se dit que c’est le bon système politique, parce qu’il a permis de mettre les bonnes personnes au pouvoir.

… Et tant que cette croyance se maintient et se reproduit dans une part assez grande de la population, tout se passe plus ou moins bien. L’élu incarne la validité du système politique, et le système politique fonde la validité de l’élu.

Jusqu’à ce que, comme maintenant, le système politique n’arrive plus à créer cette croyance. C’est flagrant en Belgique, comme en France.

Alors, là, tout s’inverse : Continue reading Brève réflexion sur la croyance en politique

Les caractéristiques communes à toutes les démocraties, selon Aristote

Dans le livre VI, chap. 2, des “Politiques”*, Aristote (384 av. JC. – 322 av. JC.) décrit : 

  • I. Le principe de la démocratie, 
  • II. Les caractéristiques communes à toutes les démocraties…

I. “Le PRINCIPE de base de la constitution démocratique, c’est la liberté. (…) Et l’une des formes de la liberté, c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant.”

La liberté en démocratie est donc fondée, pour Aristote, sur ce qu’il appelle “l’égalité numérique” : “il faut que chaque citoyen ait une part égale” (comprenez : une part égale du pouvoir). 

II. Sur cette base, il décrit les CARACTÉRISTIQUES communes à toutes les démocraties :

1/ Choix de tous les magistrats parmi tous les citoyens.

2/ Gouvernement de chacun par tous et de tous par chacun à tour de rôle.

3/ Tirage au sort des magistratures, soit de toutes, soit de toutes celles qui ne demandent ni expérience ni savoir. Continue reading Les caractéristiques communes à toutes les démocraties, selon Aristote

Les Grecs ont inventé la démocratie avant de connaître le papier…

Les Grecs ont inventé la démocratie avant de connaître le papier… Et c’est probablement une bonne chose à avoir en tête lorsqu’on réfléchit à la démocratie participative aujourd’hui.

Je m’explique !

Nous sommes actuellement dans une société où l’écrit a énormément d’importance. Notre démocratie, au-delà d’être représentative ou participative, est très bureaucratique. Lorsque des citoyens et citoyennes veulent participer, s’impliquer, s’exprimer sur des enjeux politiques qui les concernent, on les renvoie vite vers le Code de la démocratie locale (247 pages), les 150 circulaires relatives au sujet, les décrets en vigueur, les projets de décret, les décisions du fonctionnaire-délégué, les rapports de telle ou telle commission, si ce n’est pas vers la Constitution ou le Code civil, qui sont des briques monumentales.

Le problème est que beaucoup de mouvements citoyens et participatifs tendent à donner une même importance à l’écrit. Lorsque des citoyens et citoyennes veulent s’y investir, on les renvoie d’abord vers les 12 pages de la Charte, les 150 propositions issues du week-end de réflexion, et les 30 comptes-rendus de réunions des 12 cercles thématiques qui composent l’organigramme du groupe. S’il s’agit d’un parti politique, on peut parfois rajouter les 200 pages du programme.

Ca peut faire peur à celles et ceux qui voudraient s’investir. Et celles et ceux qui vont tenter le coup risquent bien d’être très vite submergés d’e-mails, longs et alourdis de fichiers attachés (comptes-rendus de réunions, etc.). Et ils seront invités à s’inscrire à tout un ensemble d’outils informatiques… pour pouvoir échanger encore davantage de textes : Slack, Trello, Loomio, Drive, Dropbox…

C’est oublier une chose importante : le moment principal de la démocratie, c’est l’Assemblée, et la prise de parole publique, dans cette assemblée. Le moment où la démocratie se fait vraiment, c’est ce moment d’échange, en face à face, dans un même lieu : l’agora. Continue reading Les Grecs ont inventé la démocratie avant de connaître le papier…

Le canton de Neuchâtel décide de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

[Retour sur une info d’il y a quelques semaines] :

Le canton de Neuchâtel, en Suisse, a décidé de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

Article à lire ici…

Déclaration d’un des auteurs de cette motion :

“Au moment où l’impact néfaste des produits phytosanitaires sur la faune, la flore et les humains n’est plus à démontrer, il convient d’agir et l’État doit jouer un rôle modèle dans ce domaine”.

Ce qui est intéressant, c’est que cette démarche part d’en bas (“bottom-up”), puis que ça a démarré l’année passée, avec la ville de Neuchâtel qui, elle seule, avait déjà décidé que toutes ses terres devaient être cultivées en bio. Le Grand conseil cantonal vient donc d’élargir la mesure à tout le canton.

Le canton de Neuchâtel détient plus ou moins 1000 hectares de terres agricoles réparties sur 300 parcelles exploitées par 145 agriculteurs.

Je trouve que ça montre une chose : “relocaliser l’agriculture” – ce dont on parle tout le temps – ce n’est pas juste recréer des exploitations agricoles là où il n’y en a plus, c’est aussi retrouver du POUVOIR DE DECISION sur l’agriculture au niveau LOCAL. On peut décider de choses à un niveau local qu’on ne peut pas décider à un niveau beaucoup plus global.

Le canton de Neuchâtel compte un peu moins de 180.000 habitants. En comparaison avec la Belgique, ça représente donc un niveau de pouvoir entre nos communes et nos provinces. Et c’est un niveau de pouvoir qui a beaucoup plus de pouvoir (donc de compétences) que nos communes et nos provinces. Continue reading Le canton de Neuchâtel décide de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

Le “Democracy Index” montre le déficit de “participation politique” en Belgique

Comme chaque année, The Economist a sorti son “Democracy Index”. Et comme chaque année, la Belgique 🇧🇪 ne brille pas par ses performances…

Sur 21 pays d’Europe de l’Ouest, la Belgique est… 17ème ! 👎

Il y a 14 “démocraties complètes” (“Full democracy”) en Europe de l’Ouest, mais la Belgique n’en fait pas partie. Elle est classée dans les “Flawed democracies”, qu’on pourrait traduire par “démocraties défectueuses”. La définition qu’en donne The Economist est celle-ci (je traduis) :

“Ces pays ont des élections libres et équitables, et même s’il y a des problèmes (comme des entorses à la liberté de la presse), les libertés civiles de base sont respectées. Néanmoins, il y a des faiblesses significatives dans d’autres aspects de la démocratie, dont des problèmes de gouvernance, une culture politique sous-développée et des niveaux bas de participation politique”.

… Ca sonne plutôt correct comme constat, non ?

Et devinez sur quelle variable la Belgique fait son plus mauvais score ? … devinez… devinez… Bingo ! La “participation politique ” !! Score : 5/10 ! 👎👎

Qu’est-ce qui rentre en compte pour juger la “participation politique” ? Le turnover au niveau du Parlement, la participation des femmes et des minorités, l’engagement des citoyens, l’intérêt de la population pour les informations politiques, les efforts faits par les dirigeants pour promouvoir la participation, etc… Continue reading Le “Democracy Index” montre le déficit de “participation politique” en Belgique

Un jury tiré au sort en Cour d’assises. Pourquoi pas le tirage au sort en Politique ?

A l’occasion du procès Nemmouche, on peut se demander pourquoi des citoyens tirés au sort sont considérés comme aptes à juger un crime, mais seraient incapables de prendre des décisions de politique communale, par exemple ?

On sait que le tirage au sort était un élément central de la démocratie athénienne. Celui-ci renvoie directement à la notion d’ “égalité”, qu’on retrouve dans l’ “isonomie” : l’égalité des citoyens devant la loi.

Égalité en droits, comme en devoirs…

  • Ainsi, la tâche pour laquelle on tire au sort peut être une “corvée” à laquelle personne ne veut se coller (un long procès d’assise, un dimanche en tant qu’assesseur, etc.) : on tire alors au sort pour ne pas pénaliser certains plus que d’autres.
  • Ou inversement, la tâche pour laquelle on tire au sort peut être un “privilège” (être membre d’une Assemblée, prendre part aux décisions politiques, etc.) : on tire alors au sort pour ne pas favoriser certains plus que d’autres.

Dans un cas comme dans l’autre, derrière l’idée du tirage au sort, il y a l’idée que nous sommes toutes et tous égaux vis-à-vis de charges publiques : nous “pouvons” et nous “devons” toutes et tous assurer des charges publiques.

Et cela quelles que soient nos connaissances du domaine, quel que soit notre niveau d’étude, etc.

Il est étrange qu’on n’entende pas tellement, à propos des jury d’assise, les arguments habituels contre le tirage au sort au niveau politique : “Et si étaient tirés au sort des gens incompétents ? Et des extrémistes ? Et des gens mal intentionnés ?”

Les jurés prêtent “serment”, ce qui renvoie étymologiquement à un acte “sacré”, à un engagement envers quelque chose qui les “transcende”, ici en l’occurence : la Loi, ou la Justice pourrions-nous dire, représentés par la Cour. Continue reading Un jury tiré au sort en Cour d’assises. Pourquoi pas le tirage au sort en Politique ?

La démocratie participative, le lien avec le territoire. Et pourquoi il est important, en Belgique, de garder les provinces.

Les demandes de participation citoyenne et de démocratie plus délibérative n’ont de sens que si elles s’accompagnent d’une réflexion sur l’ÉCHELLE de la décision, c’est-à-dire sur le territoire, sa structuration et la répartition des compétences. (Ouïe ! Sujet “touchy” en Belgique)

Creusons un peu : ce n’est pas un hasard si l’origine du mot “citoyen” est “civitas” en latin, c’est-à-dire la “Cité”, et plus particulièrement la “Cité-État”, comme en Grèce (en particulier dans la période hellénistique) et dans l’Empire romain. La “Cité” ne peut pas se réduire à un territoire, mais y est quand même relativement liée. Plutarque* voyait d’ailleurs l’acte fondateur de la démocratie athénienne dans un mot très rarement mentionné : le “synœcisme”, c’est-à-dire la réunion de plusieurs villages en une Cité.

La démocratie se construit mieux du bas vers le haut, selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire en donnant la responsabilité d’une action publique à l’entité la plus proche de celles et ceux qui sont directement concernés par cette action. (Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarit%C3%A9) Et si on ne peut pas régler un problème à cette échelle, on passe alors à l’échelle supérieure. Du bas vers le haut.

En ce sens, je crois que celles et ceux qui veulent la disparition des provinces se trompent. Les communes belges comptent en moyenne 19.000 habitants (médiane = 12.000 habitants). Sans les provinces, l’échelle supérieure aux communes (c’est-à-dire les régions) compte soit 3,6 millions d’habitants (Région wallonne), soit 6,5 millions d’habitants (Région Flamande). Le saut d’échelle est beaucoup trop grand. Ca veut dire que si une problématique dépasse le territoire d’une commune, on est obligé de faire un saut vers l’échelle régionale, et on crée inévitablement un gap entre celles et ceux qui vont décider et celles et ceux qui sont concernés.

Chaque saut d’échelle constitue un risque démocratique. “More is different” : on ne décide pas à 3 ou à 6 millions comme on décide à 20.000. On ne peut pas réfléchir aux dispositifs de participation citoyenne sans aborder les questions d’échelle.

Les Provinces

Et à bien des égards, les provinces présentent une grande “robustesse” historique (“Effet Lindy”), avec des découpages peu changés depuis les anciennes provinces, les départements français, les principautés, les comtés, et les “civitates” de l’Empire romain. En fait, les Provinces présentent une réalité historique (et géographique) plus grande que les Régions, qui sont surtout le fruit du 19ème siècle industriel (et dans une moindre mesure des deux guerres mondiales). L’histoire de la Région wallonne en particulier, est celle du mouvement ouvrier, du patronat, et des concertations sociales.

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