Brève réflexion sur la croyance en politique

Tout système politique doit créer de la croyance : la croyance qu’il permet de sélectionner les bonnes personnes pour gouverner.

Et cela se fait de manière “tautologique” (comme beaucoup de choses qui participent au “fétichisme politique” décrit par Bourdieu*) :

On se dit que ce sont les bonnes personnes au pouvoir, parce qu’elles ont été choisies par le bon système politique.

ET (en même temps)

On se dit que c’est le bon système politique, parce qu’il a permis de mettre les bonnes personnes au pouvoir.

… Et tant que cette croyance se maintient et se reproduit dans une part assez grande de la population, tout se passe plus ou moins bien. L’élu incarne la validité du système politique, et le système politique fonde la validité de l’élu.

Jusqu’à ce que, comme maintenant, le système politique n’arrive plus à créer cette croyance. C’est flagrant en Belgique, comme en France.

Alors, là, tout s’inverse :

On se dit que ce n’est plus le bon système politique, puisque visiblement, il n’a pas permis de mettre les bonnes personnes au pouvoir.

ET (en même temps)

On ne croit plus dans les personnes qui sont au pouvoir (et parfois avant même qu’elles arrivent au pouvoir)… puisqu’elles ont de toute façon été sélectionnées par un système auquel on ne croit plus.

(“A la Bourdieu“, ça donnerait : si un système politique doit son crédit au crédit des personnes qu’il crédite, un système politique est discrédité par le discrédit des personnes qu’il avait créditées).

Pratiquement toute l’actualité politique renvoie à cette double perte de la croyance : les 15 ministres qui ont quitté le gouvernement Macron en 2 ans, la difficulté des négociations pour former des gouvernements en Belgique, les scandales politiques, le taux d’absentéisme, les gilets jaunes, toutes les propositions de référendums, de RIC, de tirage au sort, les buzz et bad buzz politiques sur les réseaux sociaux, etc…

> > > Le “réenchantement” de la démocratie, auquel certains et certaines appellent, est un travail fondamental – et urgent – de mise en place de nouvelles pratiques démocratiques permettant de faire accéder de nouvelles personnes au pouvoir.

-> Des changements politiques ne seront pas perçus comme des changements s’ils aboutissent à la sélection des mêmes personnes qu’on a connues depuis 30 ans.

-> Des nouveaux venus en politique ne seront pas perçus comme des acteurs du changement s’ils ont été sélectionnés par le même système qu’on a connu depuis un siècle.

Le cercle de la croyance qu’il faut créer passe par ce double mouvement d’innovation politique et d’apparition de nouvelles têtes en politique. L’un donnant du crédit à l’autre et inversement.

* Ce double crédit circulaire, du système électif à celles et ceux qu’il élit, et vice versa, est très proche de ce que Bourdieu a pu décrire à propos de la délégation, des mandataires politiques et de la constitution des porte-parole. Lire : “Le mystère du ministère“, ARSS #140, déc. 2001, ou “La délégation et la fétichisme politique“, ARSS #52-53, juin 1984.

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