CrossFit, Inc. ferme ses comptes Facebook et Instagram

Vous l’avez peut-être vu : CrossFit a décidé de fermer tous ses comptes Facebook et Instagram (CrossFit, CrossFit Games, etc.).

C’était pourtant de gros comptes : rien que le compte “CrossFit” principal représentait 3,1 millions de personnes sur Facebook et 2,8 millions sur Instagram. Et à cela, on peut encore rajouter les 5 millions de personnes connectées aux comptes Facebook (2,7 M) et Instagram (2,4 M) des CrossFit Games.

La raison ? Le refus de CrossFit, Inc. de se soumettre à la politique de Facebook.

J’ai lu pas mal de commentaires, depuis hier, qui pointent la politique de confidentialité, la vie privée, etc. Mais en lisant le texte publié aujourd’hui sur CrossFit.com, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de plus important.

Lien vers l’article : https://www.crossfit.com/battles/crossfit-suspends-facebook-instagram

Je m’explique.

Le texte débute avec l’idée que le CrossFit a toujours soutenu une prescription “anti-conformiste” (“contrarian” en anglais) en matière d’alimentation, de conditionnement physique et de santé.

CrossFit – et c’est ça qui me plaît, moi – est bien plus qu’une marque présente dans le sport : c’est une entreprise qui mène un réel combat pour la promotion d’un mode de vie sain, comprenant une alimentation naturelle et un mode de vie actif, dans un monde où la condition physique se dégrade, et où les maladies chroniques sont en augmentation.

Ce combat, CrossFit le mène contre les lobbies de l’industrie alimentaire, contre l’establishment du monde de la santé (associations professionnelles, etc.), et parfois contre les gouvernements. Plus encore, CrossFit dénonce depuis longtemps les collusions entre ces 3 secteurs : lobbies, associations professionnelles et gouvernements.

On connaît le combat de CrossFit contre Coca-Cola et tout l’industrie du soda, ainsi que sa dénonciation des collusions entre les marques de soda et l’American College of Sports Medicine (ACSM) ou la National Strength and Conditioning Association (NSCA). Ca ne se passe pas qu’aux Etats-Unis, j’avais moi-même publié une analyse sur les collusions entre les grandes marques alimentaires (donc Coca-Cola) et des agences gouvernementales en Belgique et en France : “Et si nous refusions d’être au service de l’industrie alimentaire ?

(Une version de ce texte a été publiée dans la revue “Sports & Vie”, n° 154 – janvier/fevrier 2016 : “Comment le sucre nous enfume !“)

Mais quel rapport avec Facebook ?

C’est que le petit Poucet “CrossFit” n’a pas à lutter contre le seul Goliath de l’industrie agro-alimentaire (et ses soutiens gouvernementaux). Il y a un autre géant : celui de l’information ! Et ce géant-là est tout puissant : Facebook est devenu, avec ses 2,3 MILLIARDS d’utilisateurs, le média principal de l’espace public. De facto, ce réseau social devient l’autorité qui peut décider – en toute obscurité – ce qui peut être et ce qui ne peut pas être diffusé. Et cela, sans avoir le moindre mandat démocratique pour le faire.

Ce qui semble avoir déclenché le suppression, par CrossFit, de ses propres comptes, c’est la fermeture, par Facebook, d’un groupe rassemblant 1,65 millions de personnes, autour d’une alimentation pauvre en glucides et riche en lipides, alimentation qui va à l’encontre du discours dominant, proposé par les agences étatiques, et soutenu par l’industrie agro-alimentaire.

De plus en plus souvent – et ce n’est pas qu’en matière de sport et de santé – Facebook se fait le censeur d’un discours anti-conformiste, et cela sans qu’il y ait la moindre possibilité d’en débattre : les publications sont supprimées, les comptes sont fermés. Et ça pose d’immenses questions en termes de débat public, de démocratie, de liberté de parole, etc. Les maladies chroniques ne cessent d’augmenter, et les preuves s’accumulent quant aux causes liées à notre alimentation industrielle et transformée. Mais le géant Facebook semble avancer de pair avec les multinationales agro-alimentaires, les lobbies professionnels et les agences gouvernementales.

On sait que Greg Glassman, fondateur de la méthode CrossFit, est un grand libertarien, et qu’il a toujours fait évoluer CrossFit dans ce sens-là. Une des dimensions du libertarisme est l’indépendance : le fait de ne pas dépendre d’autres personnes ou institutions. Ca rejoint aussi l’idée d’empowerment évidemment. Un article de Morning Chalk Up rappelle que Glassman n’a aucun intérêt à ce que le développement de CrossFit repose sur un média sur lequel il n’a aucun emprise. Ca rendrait CrossFit très fragile.

Lien : https://tinyurl.com/y6ap726h

Au-delà de cela, il y a aussi, de manière sous-jacente, dans le libertarisme, la question de l’ “échelle” : plus un média devient puissant (gigantisme), plus son pouvoir va susciter le lobbying d’autres géants (les multinationales du secteur) et des réglementations à grande échelle. La décentralisation, la multiplicité des acteurs, et les petites unités conviennent bien mieux au libertarisme.

Ce qui m’impression beaucoup – et je terminerai là-dessus – c’est que CrossFit est, à ma connaissance, la première grosse structure (15.000 salles affiliées, des millions de pratiquants dans le monde) à décider de quitter Facebook pour ces raisons-là. Alors que de nombreux mouvements (politiques, citoyens, etc.) continuent à jouer le jeu de Facebook, tout en se plaignant d’être régulièrement censurés. Certains, même, continuent à voir dans les réseaux sociaux, un moyen de s’émanciper, de promouvoir de nouvelles formes de démocratie, etc.

” – Bullshit !“, à mon sens. La question n’est pas “anciens médias” versus “nouveaux médias”, mais : qui a en main sa propre communication. Clairement, avec Facebook, nous n’avons pas la main sur notre propre communication. Et CrossFit vient de reprendre la main en quittant ce réseau et en concentrant sa communication sur son site web.

Clairement, CrossFit est bien plus qu’une méthode d’entraînement…

Et vous, quel est votre avis ?

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