Adoptez l’état d’esprit de Mikko Salo et Chris Spealler. 7 conseils pour progresser au CrossFit !

Lors d’une discussion en marge de la compétition Rogue contre Again Faster, au lac Tahoe, Mikko Salo et Chris Spealler ont peut-être fourni à l’ensemble de la Communauté CrossFit les conseils les plus précieux qu’ils pouvaient donner. Non pas par rapport à un mouvement de soulevé ou de gymnastique, mais par rapport à leur état d’esprit.

C’est ce qu’on appelle le « mindset », en anglais, qui pourrait se traduire par la « mentalité », voire le « paradigme », et qui désigne cet ensemble d’idées, de perceptions et de dispositions qui nous guident dans notre manière de percevoir nos capacités;

Dans un ouvrage célèbre sur la question « Mindset. The New Psychology of Success », Carol S. Dweck distingue deux « mindset » :

  • Le « Fixed Mindset » : Ceux qui ont cet état d’esprit croient que les capacités et les talents sont en quelque sorte innés. On naîtrait avec certains points forts et points faibles, qui resteraient identiques, quoi que l’on fasse. Leur objectif est alors d’éviter les situations qui révéleraient leurs points faibles et de privilégier toute situation mettant en avant leurs points forts. Dans cet état d’esprit, l’échec fait peur, puisqu’il révèle un point faible, et donc dévalorise la personne.
  • Le « Growth Mindset » : Dans cet état d’esprit, les capacités et les talents peuvent être travaillés, cultivés et développés. L’échec ne fait donc pas peur. En aucun cas, il ne nous définit: il nous indique ce sur quoi nous devrons travailler, les points que nous devrons améliorer. Ici, nul besoin de se comparer constamment aux autres : on s’entraîne pour soi.  On progresse pour soi. Et c’est de cette manière que l’on atteint des sommets : Michaël Jordan, par exemple, ou John Wooden, ont évolué avec succès dans cet état d’esprit.

MIKO SALO…

La confiance en soi de Mikko Salo traduit cet état d’esprit basé sur le travail et l’amélioration. « Du moment que je fais de mon mieux, ça va, dit-il, même si je ne gagne pas ». Dans cet état d’esprit, ne pas gagner n’est pas grave, tant qu’on sait qu’on s’est amélioré et qu’on a fait du mieux que l’on pouvait. Rien n’égale le fait de savoir qu’on a fait ce qu’il fallait faire (Robbins, 2001 :368).

« Becoming is better than being » dit-on. Le vrai gagnant est celui qui peut faire aujourd’hui quelque chose qu’il ne pouvait pas faire hier, quel que soit son classement (Dweck, 2008 :24).

CHRIS SPEALLER…

Chris Spealler va plus loin encore en dissociant complètement sa performance et son identité : « Votre performance et votre identité sont deux choses tout à fait différentes », dit-il. Arriver à ne pas transformer un échec (« I failed ») en une identité (« I’m a failure ») est une force qui permet d’apprendre de ses erreurs plutôt que de se décourager (Dweck, 2008 :33).

Cela est particulièrement important pour un athlète comme Chris Spealler dont les performances sur un WOD seront attendues par des CrossFitters du monde entier.

« Mais mon temps sur le WOD, dit Spealler, ne dicte pas qui je suis en tant qu’être humain ».

Dans cet état d’esprit, une évaluation à un moment donné a peu de valeur pour connaître les aptitudes de quelqu’un. Du coup, tout stress inutile est écarté. C’est effectivement l’idée qu’une évaluation peut vous mesurer pour toujours qui crée le stress (Dweck, 2008 :29).

Et on voit à quel point l’état d’esprit de Chris Spealler est puissant, pour conserver la confiance en soi : Est-il déçu de ne pas avoir gagné les CrossFit Games 2010 ? Oui ! Mais est-il affecté par sa performance ? Non ! Parce qu’il sait qu’il a fait de son mieux et qu’en aucun cas, cet échec ne le dévalorise en tant que personne.

Et rien ne peut ébranler cette confiance en soi. Les athlètes qui fonctionnent selon cet état d’esprit ont appris à dépasser constamment l’échec, et à apprendre de celui-ci. « Tu rates une répétition, par exemple lors d’une série de muscle-ups, ce n’est pas grave, affirme Spealler, tu corriges ton mouvement et tu réessayes. C’est juste une répétition ! ».

EN PRATIQUE :

Comment se manifeste cet état d’esprit, ce « mindset » lors d’un entrainement CrossFit ? Il se manifeste dans vos pensées, dans les mots que vous vous dites à vous-mêmes, c’est-à-dire dans cette petite voix, que l’on appelle tantôt « Self-Talk » (Amundson, 2010), tantôt « Inner Voice » (Swift, 2009).

Apprenez à la maîtriser :

CONSEIL 1. Chassez les pensées négatives qui surgiraient dans votre tête avant ou pendant le WOD. Ne laissez pas cette petite voix vous dire « Ce WOD n’est pas pour moi », « Je ne sais pas faire ça », « Ca va être dur ». En elles-mêmes, ces pensées sont décourageantes. Anthony Robbins (2001) parle de « disempowering thoughts ». Préférez des pensées positives, encourageantes : « Je peux le faire », « J’ai raté cette répétition, je reste concentré, je me rappelle le mouvement et je réessaye ». N’oubliez pas : les pensées sont autoréalisatrices. Si vous pensez que vous n’y arriverez pas, vous n’y arriverez pas. « CAN’T = Certainly Are Not Trying ».

CONSEIL 2. N’espérez pas que le Workout du jour soit composé d’exercices qui vous conviennent. Ne cherchez pas à prouver vos capacités. Cherchez à les développer. Et pour cela, rien de tel qu’un WOD inhabituel, avec des exercices que vous maîtrisez moins bien, qui vous fera travailler différemment. C’est comme ça que vous progresserez !

CONSEIL 3. Comme Chris Spealler, n’ayez pas peur de vous montrer vulnérable et affirmant que vous pouvez gagner. Ne cherchez pas des excuses à l’avance, qui justifieraient votre échec (« Je me suis blessé hier », etc.). Au contraire, croyez en vos chances de réussite et de victoire. Plus encore, soyez certain de réussir : c’est la seule manière de donner le meilleur de soi-même. Et rappelez-vous : si vous avez donné le meilleur de vous-même, il n’y a aucune raison d’être déçu !

CONSEIL 4. N’exagérez pas l’importance d’un événement insignifiant (Shrago, 2010 :4) comme le fait de rater une répétition (un muscle-up, un snatch, etc.). C’est juste une répétition parmi les milliers que vous avez faites et que vous ferez encore. Focalisez-vous directement sur la solution en vous rappelant l’exécution correcte du mouvement, et 3, 2, 1, attrapez la barre, les anneaux, ou quoi que ce soit et faites la répétition suivante !

CONSEIL 5. Cherchez toujours à progresser ! Pas à finir en premier ! A l’issue du WOD, le vrai gagnant est celui qui a réellement progressé. Si vous avez terminé premier du WOD mais en restant dans votre zone de confort, vous êtes perdant ! N’oubliez jamais qu’intégrer la compétition dans un WOD sert à motiver. Mais un « Workout Of The Day » est, par définition, un « entraînement » : son objectif doit être la progression.

CONSEIL 6. Par conséquent, il est tout à fait inutile de tricher ! A la fin du WOD, la seule chose que votre organisme « sait », c’est le nombre de répétitions effectuées, les charges portées et l’amplitude des mouvements. Celui qui aura « oublié » certaines répétitions, qui aura réduit l’amplitude de ses mouvements (extension incomplète des hanches, bras non ‘lockés’, etc.) ou qui aura pris une charge trop légère, pour terminer plus vite, aura moins progressé que celui qui a fait toutes ses répétitions, qui aura fait ses mouvements en pleine amplitude, avec une charge idéale.

CONSEIL 7. En tant que coach, il est important de rappeler aux athlètes qu’il est préférable de terminer dernier du WOD en ayant fait tous ses mouvements, au bon poids et selon la bonne forme, plutôt que de terminer premier au détriment de la progression. Vous risquez d’être confronté à des athlètes qui préfèrent toujours prendre moins lourd pour être sûrs de terminer en premier. Tant que leur technique reste impeccable, invitez-les à prendre plus lourd, même si, du coup, ils terminent derrière les autres.

Pour finir, rappelez-vous que la bonne question n’est pas « ai-je gagné / ai-je perdu ? », mais comme le dit Carol S. Dweck (2008 :207), « ai-je fait assez d’effort ? ». Vous serez alors dans le même état d’esprit que Mikko Salo !

Progresser rend heureux… C’est Tony Hsieh (2010) qui le dit !

REFERENCES :

Amundson, G. (2010) Coaching the Mental Side of CrossFit, The CrossFit Journal, July.

Dweck, C. S. (2008) Mindset: The New Psychology of Success, New-York : Ballantine Books.

Hsieh, T. (2010) Delivering Happiness, Business Plus Imports

Robbins, A. (2001) Awaken the Giant Within, London : Simon & Schuster.

Shrago, S. (2010) The Mind Game, The CrossFit Journal, March.

Swift, W. (2009) Performance Psychology : Taming the Inner Voice, The CrossFit Journal

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25 thoughts on “Adoptez l’état d’esprit de Mikko Salo et Chris Spealler. 7 conseils pour progresser au CrossFit !

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  2. C’est intéressant mais je pense que c’est pas aussi simple que ça comme principe, ou alors qu’il est justement trop compliqué pour être si simple.

    Quand on rate quelques chose sur l’echelle d’une répétition, d’un détail, qu’on est pourtant capable de faire en temps normal, il est très facile d’utiliser son esprit pour ne pas se détruire, tout comme il est facile d’ailleurs de l’utiliser contre soit.

    Mais lorsqu’on arrive pas ce qui semble pourtant être élémentaire et facile par toute les personnes qui nous entoure, on à beau se dire que c’est pas important, qu’on travaille pour soit, pas pour les autres, au final, ça vous affecte.

    Car nous sommes humains, et qu’on le veuille ou non, on à un esprit de compétition lorsque vous ne maîtrisez rien et que vous vous retrouvez au milieu d’expert, vous pouvez bénéficiez de leur conseil, de leur expériences, parfois même de leur motivation, mais à force votre esprit, ne pourra s’empêcher de se sentir frustré.

    Alors oui bien sûr, on peut dire “non, suffit d’appliquer ce principe justement”. C’est facile à faire quand on a un certain niveau, bien plus dur quand on l’a pas. c’est de la Psychologie.

    Maintenant ça veux pas dire que c’est impossible, pour pouvoir progresser, il faut accepter et comprendre ses faiblesse, autant en terme de moral qu’en terme de physique. Savoir qu’on se décourage a cause d’idiotie est une étape importante, le comprendre, l’accepter pour mieux le digérer et au final l’éliminer est une phase très très importante pour les personne qui n’ont pas cette “facilité” (dû au faite qu’il sont moins entrainer).

    J’espère que mes lignes serviront au moins à quelqu’un.

    • Merci Skarn pour ces remarques.

      Evidemment, je ne dis pas que c’est facile d’adopter ce “growth mindset”, c’est-à-dire cette espèce de foi dans la possibilité de toujours progresser. Surtout que tout – et en particulier l’école – nous pousse dans le “fixed mindset”, donc dans l’idée que chaque épreuve est là pour juger nos capacités une fois pour toutes…

      Et ça dépendra également de votre entourage, donc ici en l’occurrence de ceux avec qui vous vous entraînez. Un bon coach, des bons co-équipiers (experts ou pas) devraient vous aider à progresser sans vous juger…

      Il n’y a pas si longtemps, j’étais tout à fait incapable de faire des “double-unders” (double sauts à la corde). Et c’est vrai que c’est très frustrant, parce que ce n’est pas une question de force ou de puissance. En plus, beaucoup de gens y arrivent très vite. J’étais coach CrossFit et je n’y arrivais pas, alors que des nouveaux crossfitters faisaient ça très bien. Autrement dit, j’avais toutes les raisons de me décourager et de me dire que je n’y arriverais jamais, que ce n’était pas pour moi.

      Puis, en réfléchissant à tout ce que j’ai mis par la suite dans l’article, j’ai continué à travailler dessus en commençant : 1. par me dire que j’étais capable de le faire; 2. par réfléchir à la meilleure manière de positionner mes bras, mes mains, etc.
      Pour la première fois, dernièrement, j’ai pu intégrer des “double-unders” dans un WOD. Je n’ai pas pu faire une série de 50 reps, mais je ne m’énervais pas en ratant et en devant recommencer…

      Et tout cela fait “effet boule de neige”. Lorsqu’on sait qu’une fois on est passé de l’état d'”incapable” à l’état de “capable”, grâce à l’entrainement, on sait que ça ira pour tout autre défi. Dans le passé, j’ai été incapable de faire des overhead squats, et puis j’y suis arrivé. J’étais incapable de faire des Muscle-up, et puis j’y suis arrivé. Et ainsi de suite…

      Et ce qui est intéressant, c’est que tout ça est transposable dans le reste des domaines de la vie (professionnelle, familiale, etc.).

      Merci en tout cas pour ta remarque…

      • Un plaisir en tout cas de te lire et que nous partage tout ça.

        Je sais que des personnes peuvent parfois lire ce genre de texte en prenant ça comme une attaque contre eux, j’espère qu’en lisant nos commentaires ils comprendront que c’est dur et qu’ils peuvent eux aussi y arriver.

        Moi je m’y accroche en tout cas.

        Merci pour ton blog.

  3. Pingback: Jeudi 30 décembre 2010 | ABATTOIR CROSSFIT PLATEAU

  4. bjr Yves…je viens de trouver ton article…il est vrmt tres bien je dois faire un article très prochainement sur le crossfit en France et je voulais savoir si je pouvait citer ton article car il me correspond assez bien…
    merci pour ta réponse à bientôt
    yvangt (voir chaine youtube)

    • Bonjour Yvangt, bien sûr que tu peux citer l’article ! (si possible avec un petit lien si tu publies en ligne

      Je suis vraiment intéressé de savoir dans quel cadre tu écris cet article sur le CrossFit en France ! Tiens-moi au courant, j’essaierai d’orienter mes lecteurs vers ton article !

      Pour d’autres infos sur le CrossFit, n’hésite pas : yvespatte@yahoo.fr

      Bon travail !

      Yves

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  7. Salut Yves,
    Je suis partisan du conseil n°5, progresser, c’est un des seuls facteurs de motivation, tentez de faire toujours mieux, plus lourd, plus vite, et prenez des photos de vous et notez vos performances 🙂

  8. Superbe article,

    une bonne source de motivation avant un wod ou quand on sort doucement de blessure comme moi.
    Ca te regonfle à bloc et te motive pour te donner à 300%.

    Merci.

    David Crossfit Namur.

  9. Excellent; j’ai adoré ton article, très riche d’enseignement. C’est exactement l’état d’esprit que j’arrive à maintenir depuis quelques mois en sport. D’ailleurs je trouve qu’au fur et à mesure de la confrontation avec mes limites (trail, crossfit mais également à l’entrainement avec les MUs) et avec mes échecs, j’y arrive bizarrement de mieux en mieux et je progresse! Du coup je me répète régulièrement: “Tu as fais ton maximum, tu es meilleur que la veille” et ça m’aide énormément à entretenir la motivation. Au plaisir de lire d’autres articles, Nico.

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