Les “Devoirs” de Cicéron (7): Partage et biens communs

Le texte “Les Devoirs” [De Officiis] de Cicéron regorge de principes extrêmement utiles. Pour rappel, Cicéron adresse ce texte à son fils, Marcus. Mais au-delà d’une transmission Père-Fils, “Les Devoirs” constituent l’héritage moral du monde antique, consigné, comme le dit Maurice Testard (qui a traduit l’oeuvre), par “le plus illustre des auteurs latins, le père de l’humanisme, à l’adresse et au bénéfice des générations futures“. 

Dans le contexte actuel d’émergence de mouvements citoyens (en parallèle d’une critique de l’économie libérale et de l’Etat), la notion de “biens communs” réapparaît.

Cicéron définit les “biens communs” avec un extrait de Quintus Ennius (239-169 av. JC) :

[#51] L’homme qui, à l’égaré, obligeamment montre son chemin,

Fait comme s’il en allumait la lampe à sa propre lampe,

Elle ne brille pas moins pour lui-même quand elle a donné à l’autre la lumière.

Quintus Ennius est considéré comme le père de la poésie latine, régulièrement cité par Cicéron, et plus tard par Montaigne (c’est entre autres l’auteur de cette phrase fondamentale à mon sens : “Le bien est principalement l’absence de mal” [nimium boni est, nimium boni est, cui nihil est mali]).

Il est intéressant que l’exemple choisi soit celui de l’information : si j’indique le chemin à quelqu’un qui est égaré, je n’en connais pas moins bien le chemin moi-même. L’information se partage sans que celui qui la partage n’y perde quoi que ce soit.

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Energie, alimentation, participation citoyenne : Et si la transition était principalement une question d’échelle ?

Commençons avec l’exemple de l’énergie. Le modèle de production énergétique que nous avons connu depuis la fin du 19ème siècle est un modèle extrêmement centralisateur : une petite minorité qui produit de l’énergie pour une grande population.

Ce sont les énergies fossiles qui impliquent cela : les ressources fossiles sont localisées à certains endroits spécifiques du globe et leur transformation en énergie implique d’immenses moyens à mettre en œuvre : mines, puits de forage, pipelines, centrales, etc. Cela nécessite, comme l’explique Rifkin (2014), des compagnies intégrées verticalement, et gérées de façon extrêmement centralisées, pour pouvoir contrôler l’ensemble des opérations. Au final, quelques pays exportateurs de pétrole et quelques grosses multinationales produisent l’énergie que des milliards d’êtres humains consomment.

Notre modèle alimentaire n’est pas tellement différent. Le 20ème siècle a été une longue centralisation de la production alimentaire dans les mains d’une minorité toujours plus petite. Il suffit de regarder les statistiques liées à l’agriculture : toujours moins d’exploitations agricoles, mais des exploitations de plus en plus grandes. Cela se confirme, aux Etats-Unis, comme en France, en Belgique ou partout en Europe. Aujourd’hui, une grande partie de ce qu’on mange est produit dans d’immenses exploitations agricoles. Ainsi, la province d’Alméria, en Espagne, est devenue, avec ses 30.000 hectares de serres, “le potager de l’Europe” (selon une formule du Monde, 25.06.2007). Continue reading Energie, alimentation, participation citoyenne : Et si la transition était principalement une question d’échelle ?

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