Le canton de Neuchâtel décide de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

[Retour sur une info d’il y a quelques semaines] :

Le canton de Neuchâtel, en Suisse, a décidé de faire passer toutes ses exploitations agricoles en bio !

Article à lire ici…

Déclaration d’un des auteurs de cette motion :

“Au moment où l’impact néfaste des produits phytosanitaires sur la faune, la flore et les humains n’est plus à démontrer, il convient d’agir et l’État doit jouer un rôle modèle dans ce domaine”.

Ce qui est intéressant, c’est que cette démarche part d’en bas (“bottom-up”), puis que ça a démarré l’année passée, avec la ville de Neuchâtel qui, elle seule, avait déjà décidé que toutes ses terres devaient être cultivées en bio. Le Grand conseil cantonal vient donc d’élargir la mesure à tout le canton.

Le canton de Neuchâtel détient plus ou moins 1000 hectares de terres agricoles réparties sur 300 parcelles exploitées par 145 agriculteurs.

Je trouve que ça montre une chose : “relocaliser l’agriculture” – ce dont on parle tout le temps – ce n’est pas juste recréer des exploitations agricoles là où il n’y en a plus, c’est aussi retrouver du POUVOIR DE DECISION sur l’agriculture au niveau LOCAL. On peut décider de choses à un niveau local qu’on ne peut pas décider à un niveau beaucoup plus global.

Le canton de Neuchâtel compte un peu moins de 180.000 habitants. En comparaison avec la Belgique, ça représente donc un niveau de pouvoir entre nos communes et nos provinces. Et c’est un niveau de pouvoir qui a beaucoup plus de pouvoir (donc de compétences) que nos communes et nos provinces.

En Belgique, l’agriculture est une matière régionale (donc une échelle au-dessus des communes et des provinces) ET subordonnée à la politique agricole européenne (PAC). Sur la page de la Région wallonne consacrée à l’agriculture, la première phrase est d’ailleurs :

“Nombre de législations en vigueur en Wallonie en matière d’agriculture découlent de décisions prises sur la scène internationale et européenne. C’est ainsi que la Wallonie, en collaboration avec les partenaires wallons concernés, prépare et met en oeuvre la Politique Agricole commune (PAC)”. (Source ici)

Il faut se réapproprier l’agriculture au niveau local. Les communes (et les CPAS) belges ont d’ailleurs elles-aussi des terres agricoles qu’elles pourraient décider de faire passer en bio. Les chiffres ne sont pas faciles à avoir, mais dans la province du Luxembourg, par exemple, 7 % de la surface agricole appartient au secteur public local (communes, CPAS, Fabriques d’Eglises). Ca représente quand même 10.000 hectares, soit 10 fois plus que la surface agricole du canton de Neuchâtel. (Source ici)

Un modèle agricole dans lequel les terres – et tant que ressource partagée – appartiennent à la collectivité, mais sont exploitées par des agriculteurs indépendants, me semble être un modèle qui se rapproche de celui des “communs” d’Elinor Ostrom. Aucun des exploitants ne peut dégrader la ressource qui est commune à toute la collectivité locale (en fait, LES ressources, puisqu’ils préservent du coup également la qualité de l’air, des cours d’eau, des nappes phréatiques, etc.).

Toutes les incantations politiques sur l’agriculture bio resteront vaines, je pense, tant qu’il n’y aura pas un vrai travail sur le “territoire” (et ses déclinaisons : “terre”, “terroir”, etc.) et sur une relocalisation des compétences vers les pouvoirs locaux, c’est-à-dire les échelons de pouvoir au plus proche des réalités, et au plus proche des citoyennes et citoyens…

Questions :

  • 🇧🇪 En Belgique : quels partis demandent que l’agriculture revienne aux provinces et aux communes ?
  • 🇫🇷 En France, je serais intéressé de savoir comment ça se passe : y a-t-il des terres qui appartiennent aux collectivités locales ?

Quelques textes pour aller plus loin :

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