Paléoanthropologie : l’homme qui ramène à manger est un mythe

Ceux qui veulent trouver dans notre évolution une justification aux inégalités hommes-femmes actuelles se trompent toujours. L’anthropologie et la biologie viennent donner une perception tout à fait différente de la manière dont nos ancêtres vivaient.

Kristen Hawkes, anthropologue à l’Université de Utah, a publié de nombreuses analyses sur les populations Hadza en Tanzanie (dont le mode de vie est ce qui reste de plus proche du mode de vie de nos ancêtres du paléolithique).

Elle a ainsi pu démontrer que les chasseurs (traditionnellement les hommes) ne revenaient avec de quoi manger… que 3,4 % du temps ! La survie du groupe ne pouvait donc pas dépendre de la chasse*. Ce sont les femmes qui procuraient au groupe la majorité des calories nécessaires à la survie. Chez les Hadzas, elles provenaient principalement de tubercules.

Ces tubercules sont profondément enterrés et difficiles à extraire. Et c’est l’habilité de la mère à les extraire qui est corrélée avec la croissance de l’enfant.

Mais lorsque la mère a un second enfant, cette corrélation disparaît et c’est la quantité de nourriture que la grand-mère peut ramener, qui est corrélée avec la croissance de l’enfant. D’après Hawkes, traditionnellement, le rôle de la grand-mère est donc très important pour la survie de l’enfant.

Et de là, découlent deux choses :

1. Peut-être est-ce pour cela que chez l’Humain la femme vit encore si longtemps après l’âge de reproduction : l’aide d’une grand-mère augmente les chances de survie de l’enfant.

2. Nous sommes une espèce où les demandes du petit enfant sont telles que celui-ci n’est jamais élevé uniquement pas sa mère. Il y a toujours un entourage, avec traditionnellement la grand-mère, mais également le père, les tantes et oncles, les frères et soeurs, etc. Et c’est caractéristique de l’être humain : chez les chimpanzés, les bonobos et les orang-outans, l’enfant est uniquement élevé par sa mère (qui parfois même, ne laisse pas d’autres individus s’approcher de son enfant). Et c’est peut-être cela qui nous aurait amené à développer des caractéristiques sociales, telles que la coopération et le partage, qui nous distinguent des autres primates. Très tôt, l’enfant est pris en charge par d’autres adultes que sa mère. (Un proverbe africain dit d’ailleurs : “Il faut tout un village pour élever un enfant.”). Hawkes a bossé avec des modèles de biologie mathématique pour calculer ça : https://goo.gl/pzNVtk

Les études de Hawkes : https://faculty.utah.edu/u0030555-KRISTEN_HAWKES/…/index.hml

SOURCE : https://goo.gl/FXEsvG

* Précision : Non, ca ne veut pas dire que nous étions végétariens, ça veut dire que la base de notre alimentation était des végétaux, qui présentent une régularité et une abondance dont nous avions besoin, contrairement à la viande, qui dépend à chaque fois du succès de la chasse (qui est de 3,4% pour les Hadzas). Toutes les études sur les peuples de chasseurs-cueilleurs montrent qu’ils basaient leur alimentation sur une source d’aliments qu’ils étaient sûrs d’avoir de manière régulière : une plante, généralement, qui poussait de manière abondante et régulière. Dans la nature, les sources d’énergie digestibles sont relativement rares : quand une population trouvait une de ces sources dans son environnement immédiat, il est fort probable qu’elle devenait centrale. Les pygmées ont évolué avec une alimentation basée sur les tubercules. Les Aborigènes d’Australie doivent leur survie aux graines et au millet ; les chasseurs-cueilleurs de Nouvelle Guinée au safou (fécule extraite de la pulpe du safoutier). Les tribus !Kung du désert du Kalahari ont 33% d’aliments d’origine animale dans leur alimentation, bien plus que les Hadza de Tanzanie. Chaque peuple a vécu dans un environnement déterminé, avec un faune et une flore spécifiques, des techniques de cueillette et de chasse spécifiques, et l’espèce humaine a une incroyable capacité d’adaptation.

Photo : En Ethiopie, probablement le peuple Hamer.

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