The “Fail Early – Fail Often” principle explained… (cartoon)

“FAIL EARLY – FAIL OFTEN” : un principe de base de l’entrepreneuriat… mais que tout Skater connaĂźt intuitivement ! 😉

Fail early, fail often : On chute 1000 fois Ă  une toute petite hauteur, pour minimiser les risques de chute Ă  plus grande hauteur.

Et mĂȘme chose dans le CrossFit…

Fail early, fail often : Il faut avoir ratĂ© 1000 Snatches Ă  50 kg, pour minimiser les risques Ă  100 kg…

Il faut toujours commencer petit, avec un premier client, puis un deuxiĂšme, puis un troisiĂšme, etc… Constamment rĂ©ajuster, rĂ©adapter, affiner ce que qu’on propose.

Remarquez que c’est quelque chose qu’on ne peut pas faire si on commence par une recherche de subventions, d’investisseurs, de crowd-funders, ou de coopĂ©rateurs.

DĂ©velopper 1 an, lever 300.000 €, et puis seulement rencontrer un premier client, c’est comme se lancer directement de la grande rampe…

C’est entre autres de cela qu’il sera question lors du Workshop “Vivre de ses projets”, le 1er dĂ©cembre, Ă  Genappe 😉

C’est complet et les inscriptions sont clĂŽturĂ©es, mais vu la demande, j’en rĂ©organiserai certainement un prochainement 😉 Des suggestions de lieux ? (Bruxelles, Charleroi… ?)

Infos sur le workshop ici : http://www.yvespatte.com/formations/

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Monsanto : quand 12 citoyens font ce qu’aucun organisme public n’est arrivĂ© Ă  faire

Il n’est jamais facile de proposer une analyse d’un fait d’actualitĂ©, surtout d’un procĂšs qui va encore connaĂźtre des recours et autres rebondissements.

Je voudrais juste extraire un Ă©lĂ©ment qui me semble important : c’est un tribunal composĂ© de citoyens qui a fait ce qu’aucun organisme public n’avait Ă©tĂ© capable de faire.

La dĂ©cision de ce tribunal de San Francisco, condamnant Monsanto Ă  payer 289 millions de dollars, suite Ă  la reconnaissance du rĂŽle du glyphosate dans le cancer de Dewayne Johnson, constitue la reconnaissance par une jury composĂ© de citoyens, qu’une entreprise ne peut porter atteinte Ă  notre santĂ© et tromper l’opinion publique impunĂ©ment. Ce jury a d’ailleurs accordĂ© 39 millions de dollars au plaignant pour les dommages occasionnĂ©s, et 250 millions de dollars de “punition” Ă  Monsanto pour avoir volontairement cachĂ© les dangers de son produit.

Rappelons quelques points importants :

1. L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence

Je l’ai dĂ©jĂ  rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois. Cette phrase devrait clignoter Ă  l’entrĂ©e des bĂątiments de tous les organismes publics de protection de la santĂ© ou de l’environnement : l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.

Si on a testĂ© 1000 cas, on ne peut produire une affirmation scientifiquement valable que sur ces 1000 cas. Pas sur le 1001Ăšme. Encore moins sur les 100.000 autres cas qui suivent. On peut supposer, on peut faire des hypothĂšses, on peut proposer des probabilitĂ©s, mais on ne peut pas dire qu’un Ă©vĂ©nement n’arrivera jamais.

J’avais dĂ©jĂ  utilisĂ© cet exemple ici : Mettons 999 boules noires dans un sac, et 1 boule blanche. Je tire, une Ă  une, 500 boules. Elles sont toutes noires. Si Ă  partir de mes observations, j’en induis que toutes les boules du sac sont noires, je me trompe !

Probablement que chaque nouveau tirage d’une boule noire renforcera ma certitude : “vous voyez, toutes les boules sont noires”
 jusqu’à ce que la boule blanche apparaisse, venant dĂ©finitivement me donner tort ! Cette boule blanche, ça peut ĂȘtre un jardinier atteint d’un cancer parmi 1000 jardiniers.

La science peut tester ce qui est, ce qui a Ă©tĂ© (et c’est dĂ©jĂ  assez compliquĂ© comme ça de la faire valablement), elle ne peut pas tester ce qui va arriver. L’induction (gĂ©nĂ©raliser Ă  partir des faits singuliers) n’amĂšne aucune certitude scientifique.

L’esprit scientifique, l’empirisme, le scepticisme, etc., se sont construits sur cette critique de l’induction. DĂšs le 2Ăšme siĂšcle, dans ses “Hypotyposes” (Livre II), Sextus Empiricus, philosophe sceptique et mĂ©decin de l’Ă©cole de mĂ©decine antique “empirique”, Ă©crivait : Continue reading Monsanto : quand 12 citoyens font ce qu’aucun organisme public n’est arrivĂ© Ă  faire

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BrĂšve rĂ©flexion sur la “responsabilitĂ©” quand on laisse sortir un terroriste

Comment est-ce possible que les co-dĂ©tenus de Benjamin Herman, auteur de la tuerie Ă  LiĂšge, le jugeaient violent et dangereux, mais que le Ministre de la Justice affirme qu’il entrait dans les conditions de congĂ© pĂ©nitentiaire, et qu’il soit “normal” que la prison le lui ait accordé  alors que quelques heures aprĂšs, il tuait 2 policiĂšres et 1 jeune homme, en criant Allahu Akbar !

Ces propos du Ministre tĂ©moignent d’une naĂŻvetĂ© “scientiste” et du plus haut fĂ©tichisme bureaucratique !

Je m’explique


InterrogĂ© sur Radio PremiĂšre, Koen Geens (Ministre de la Justice) explique que le tueur “entrait vraiment dans les conditions” (d’octroi d’un congĂ© pĂ©nitentiaire). Ce Ă  quoi on devrait rĂ©pondre, de maniĂšre trĂšs sensĂ©e, “Ca, on s’en fout” ! Peut-ĂȘtre que dans la grille d’évaluation qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour juger les demandes de congĂ© pĂ©nitentiaire, Benjamin Herman remplissait tous les critĂšres, dont celui de ne pas “risquer de commettre de nouvelles infractions graves”. Sauf que dans la rĂ©alitĂ©, il a bel et bien commis de nouvelles infractions graves.

Alors, certains diront Ă©videmment que les critĂšres d’évaluation du risque ne doivent pas ĂȘtre bons, et qu’il faut affiner ces critĂšres. Mais personne ne remettra en cause le fait de juger la rĂ©alitĂ© Ă  partir d’une grille d’évaluation, de critĂšres standardisĂ©s, etc. Et pourtant, je pense que le problĂšme est bien lĂ .

Voici un exemple – beaucoup moins tragique. Lorsque j’étais enseignant, je coordonnais les stages, et donc les dĂ©fenses de stage, dans ma section. Mes collĂšgues et moi Ă©tions censĂ©s Ă©valuer la prĂ©sentation de chaque Ă©lĂšve. Et pour cela – dans le but d’ĂȘtre “objectifs”, nous avions des “critĂšres”. Bien sĂ»r, chaque annĂ©e, d’un enseignant Ă  l’autre, les notes pouvaient varier Ă©normĂ©ment. Sur le mĂȘme critĂšre, l’un mettait une cote de 9/10, alors que l’autre mettait 2/10. Comment Ă©tait-ce possible, alors que nous jugions la mĂȘme prĂ©sentation ? Peut-ĂȘtre que les critĂšres Ă©taient mal dĂ©finis ? Ou que certains Ă©taient trop “subjectifs” ? Dans un cas comme dans l’autre, nous nous disions chaque annĂ©e qu’il faudrait “revoir nos critĂšres”. AprĂšs tout, si nous divisions davantage les critĂšres, nous aboutirions bien Ă  quelque chose de “vraiment objectif”, non ? Par exemple, au lieu d’avoir un critĂšre “prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale” sur 6 points, nous divisions en 3 critĂšres :

  • Tenue vestimentaire : 2 points
  • Introduction (A-t-il dit bonjour ? Etc
) : 2 points
  • Langage : 2 points


 Sauf que ça n’allait toujours pas, des divergences persistaient. Alors, on se disait : “Divisons encore plus les critĂšres ! ‘PrĂ©sentation gĂ©nĂ©rale’, c’est trop subjectif”. Et on divisait :

  • Cravate (pour un homme) : Il a une cravate -> 1 point. Il n’a pas de cravate -> 0 point
  • Se tenir droit : Oui -> 1 point. Non -> 0 point

Et ainsi de suite. Avec cette illusion tout Ă  fait bureaucratique qu’à un moment, nous pourrions juger comme des “automates” : OUI/NON. Et quoi de plus objectif et rationnel qu’un automate ?


 Sauf qu’un problĂšme Ă©mergeait souvent : un Ă©lĂšve pouvait remplir tous les critĂšres (il portait une cravate, il parlait comme il fallait, il avait citĂ© tous les points importants, son powerpoint Ă©tait comme demandĂ©, etc.)
 et pourtant, l’impression gĂ©nĂ©rale Ă©tait que sa prĂ©sentation Ă©tait
 nulle. Si nous avions Ă©tĂ© des employeurs et avions dĂ» l’embaucher, personne ne l’aurait pris. Et pourtant, il remplissait tous les critĂšres “objectifs” de notre grille d’évaluation “objective”.

Inversement, il arrivait qu’un Ă©lĂšve nous ait laissĂ© une trĂšs bonne impression gĂ©nĂ©rale
 alors qu’objectivement, critĂšre par critĂšre, il fallait bien avouer qu’il avait oubliĂ© sa cravate, qu’il ne s’était pas prĂ©sentĂ© avec les formules de politesse convenues en commençant, etc. Si nous avions Ă©tĂ© employeurs, nous l’aurions engagĂ© sur le champ
 mais nous devions lui mettre de mauvaises notes



 et nous dĂ©cidions donc de revoir nos critĂšres pour les dĂ©fenses de stage de l’annĂ©e suivante.

Sans comprendre que :

  1. Le “tout” est plus que la somme des parties ( = l’image qu’on a de quelqu’un ne peut pas se rĂ©duire Ă  une somme de critĂšres)
  2. Il y a une diffĂ©rence entre un jugement pur, dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© et sans consĂ©quences (Ă©valuer parce qu’il faut Ă©valuer) et un jugement pratique, qui aura des consĂ©quences (juger qui on va engager dans notre entreprise, juger Ă  qui on va confier nos enfants pour une soirĂ©e, etc.)

La question est celle du “skin in the game” et de la responsabilitĂ© dans un cadre bureaucratique.

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Les “Devoirs” de CicĂ©ron (8): Nature humaine, survivalisme et entrepreneuriat

Dernier volet de ma sĂ©rie sur “Les Devoirs” de CicĂ©ron. Et je conclurai sur un Ă©lĂ©ment que j’apprĂ©cie particuliĂšrement chez lui – et chez la plupart des auteurs antiques – qui est le fait que la Nature est trĂšs prĂ©sente dans son approche de l’Homme.

Il n’y a pas d’humanisme, Ă  mon sens, qui ne replace l’Humain dans la nature.

Mon point de départ est cette phrase de Cicéron :

[#110] (…) rien n’est convenable (…) en contradiction et opposition avec la nature

D’autres traductions proposent cette phrase : “Ce qui se fait en dĂ©pit de la nature ne sied jamais bien“.

J’aime tellement bien cette idĂ©e que j’en ai fait le point de dĂ©part d’une de mes confĂ©rences sur l’alimentation ! La meilleure voie vers la bonne santĂ©, c’est d’Ă©viter tout ce qui n’est pas naturel. Et ça rejoint cette phrase d’un autre auteur antique, Quintus Ennius (239 – 169 av. JC) : “Le bien est principalement l’absence de mal“.

De fait, les Ă©tudes sur la santĂ© montrent que rien n’a plus d’impact positif sur la santĂ© publique que de rĂ©duire ce qui est nĂ©faste. Ainsi, par exemple, aucun traitement mĂ©dical n’aura eu un meilleur impact sur la santĂ© d’une population donnĂ©e que la rĂ©duction de la consommation de tabac au sein de cette population.
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