En CrossFit : pas de différences hommes – femmes

Ce vendredi, lors des CrossFit Games, Karissa Pearce a réalisé une performance extra-ordinaire : 23 rounds sur le workout “Mary “. En 20 minutes, un maximum de fois 5 handstand push-ups, 10 pistols squats, et 15 pull-ups. Elle a donc maintenu plus d’un round par minute, durant 20 minutes ! 

La performance en soi ne parlera qu’à celles et ceux qui pratiquent le CrossFit. Mais il y a un fait plus intéressant : c’est le meilleur score hommes et femmes confondus ! Noah Ohlsen et Mathew Fraser, au coude-à-coude, dans un final trépidant, font une vingtaine de répétitions de moins (ils sont dans le 22ème round).

J’en profite donc pour parler d’un point important : dans le CrossFit, il n’y a pas vraiment de différences entre les hommes et les femmes. En fait, en tant que coach, le sexe de la personne n’est pas une information très importante quand je dois coacher quelqu’un.

Je m’explique. Si on me présente quelqu’un que je devrai coacher, ça m’intéresse de savoir si cette personne a eu des blessures dans le passé, si elle a quelques limitations physiques, si elle est actuellement sportive ou plutôt déconditionnée, quels sont ses objectifs, etc. Quand la personne est devant moi, je vais regarder si ses genoux tombent vers l’intérieur quand elle squatte, si elle est capable de maintenir une bonne position dorsale en portant une charge, si elle arrive à engager sa chaîne postérieure, si elle atteint une bonne extension au niveau des hanches, si elle a une bonne mobilité d’épaule, etc. Bref, il y a 1000 choses importantes à savoir et à observer pour coacher quelqu’un en CrossFit, avant de savoir si c’est un homme ou une femme. Il n’y a que dans la période de grossesse ou de post-grossesse que c’est important. Le reste du temps, ça ne change rien. Continue reading En CrossFit : pas de différences hommes – femmes

De la Préhistoire à aujourd’hui : une augmentation des inégalités hommes-femmes

Emile_DurkheimA l’occasion d’une relecture d’un des classiques de la sociologie, datant de 1930 : “De la division du travail social“, d’Emile Durkheim (pour un article dont je vous ferai bientôt part), je suis tombé sur un passage intéressant. 

Dans son explication de ce qu’il appelle la “division du travail sexuel”, Durkheim rappelle que la différence entre la force de l’homme et de la femme était beaucoup plus petite à la Préhistoire qu’elle n’est aujourd’hui. “Le femme de ces temps reculés, écrit-il (p.20), n’était pas du tout la faible créature qu’elle est devenue avec le progrès de la moralité” (c’est-à-dire avec le développement de la société).

Durkheim fait référence aux recherches de Paul Topinard (1830-1911), médecin et anthropologue français. Celui-ci avait remarqué que les différences entre hommes et femmes augmentaient avec la civilisation ! C’est-à-dire que des squelettes de l’ancienne Egypte, par exemple, montreraient moins de différences entre hommes et femmes que des squelettes plus récents.

On ne peut donc absolument pas justifier les différences hommes-femmes, en matière de rôles sociaux, par des différences anthropologiques qui remonteraient à la Préhistoire. Durkheim cite également Theodor Waitz (1821-1864), anthropologue et psychologue allemand, qui, dans “Die Anthropologie der Naturvölker”, avait remarqué que dans des sociétés primitives comme les Iroquois, les Natchez (Hawaï), ou dans des sociétés de peuples de Nouvelle-Zélande, les fonctions masculines et féminines étaient très similaires : “les deux sexes mènent à peu près la même existence“.

debry_man and woman eating

(man and woman, native american)

Il cite enfin Herbert Spencer (autre auteur classique des sciences sociales, 1820-1903), qui notait qu’à Cuba, les femmes étaient aussi guerrières que les hommes et qu’elles se battaient à côté d’eux. “Un des attributs aujourd’hui distinctifs de la femme, la douceur, conclut Durkheim, ne paraît pas lui avoir appartenu primitivement“.

Dans un article devenu classique, de 1987, “The Worst Mistake in the History of the Human Race“, Jared Diamond, de la Los Angeles Medical School, avait quand à lui expliqué que la révolution agricole avait encouragé les inégalités entre les sexes : dans une société où les rôles sociaux se différencient de plus en plus (certains produisent l’alimentation pour tout le monde, d’autres peuvent alors s’occuper des fonctions politiques, religieuses, guerrières, etc.), les femmes deviennent de plus en plus confinées à un rôle de production agricole, alors que dans la période pré-agricole, c’est-à-dire paléolithique, elles occupaient des fonctions plus ou moins similaires aux hommes et aux femmes.

C’est précisément cette division du travail qui constitue le questionnement principal de Durkheim…

Cela veut aussi dire que de nombreuses hypothèses sur le “cerveau archaïque” ont surtout tendance à “naturaliser” des différences entre hommes et femmes qui sont bien plus culturelles – et relativement récentes – que réellement naturelles… Au temps archaïque, les différences hommes / femmes étaient moins importantes que maintenant… Et non, pour les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, la chasse n’était pas exclusivement masculine et la cueillette féminine. C’est d’ailleurs le fait que les femmes participaient aux chasses, qui pouvaient être très longues, puisqu’il fallait parfois pister un animal durant de longues heures, qui explique que sur de longues distances (ultra-marathons), les capacités des hommes et des femmes ne diffèrent pas tellement…

Pour rester dans le domaine sportif, vous remarquerez que cette égalité hommes-femmes est prônée dans le CrossFit, en ce sens que les deux sexes font exactement la même chose. Et si, lors des compétitions, les charges sont généralement différentes, les entraînements publiés tous les jours sur CrossFit.com ne proposent jamais de poids différents pour les hommes et les femmes. C’est voulu de la part de CrossFit HQ : dans n’importe quelle salle, il arrive que des femmes soient capables de porter plus lourd que les hommes. Nul besoin de limiter les femmes à un poids inférieur aux hommes…