Coronavirus : Comment gagner ? Par Yaneer Bar-Yam

Yaneer Bar-Yam (New England Complex Systems Institute) a été l’un des premiers à tenter d’alerter quant à l’épidémie (dès janvier) et a, au préalable, beaucoup travaillé sur d’autres épidémies, comme celle d’Ebola.
Il y a quelques jours, il a co-signé “Covid-19 : How to win“, avec Chen Sen.

Ce n’est qu’une page (en anglais 🇬🇧), lisez-la ! Je vous en fais néanmoins un petit “digest” en français 🇫🇷… ⤵️

La pandémie s’est développée de manière exponentielle (objet des alertes de Bar-Yam en janvier), son recul peut être exponentiel également en appliquant ces 9 mesures.

1) Impliquer tout le monde (gouvernements, communautés, entreprises, individus,…).

2) Rester confinés (faire attention aussi au sein des familles).

3) Mettre en quarantaine les personnes contaminées (détecter maison par maison, et établir des hôpitaux dédiés au Covid-19).

4) Porter des masques dans les espace publics.

5) Restriction des voyages (sinon le “tracing” est impossible). Chaque État, chaque région, doit mettre en quarantaine tout nouvel arrivant.

6) Les services essentiels doivent être maintenus par livraison, ramassage des déchets, etc.

7) Tester, tester, tester ! Si on ne sait pas qui est contaminé, on ne sait pas qui isoler.

8) Produire des conseils de santé : comment renforcer son immunité, par l’alimentation, le sommeil, l’exercice, comment filtrer l’air, etc.

9) Soutenir le personnel médical, avec tout l’équipement nécessaire.

> > > Ce sont, selon Yaneer Bar-Yam, les 9 mesures qui permettront de sortir le plus vite de cette crise et de reprendre tout un ensemble d’activités.

Les enjeux humains (dont économiques) sont des taille !

Lien vers l’article : https://static1.squarespace.com/static/5b68a4e4a2772c2a206180a1/t/5e8a5baee37ead7fc5851c1f/1586125742608/WinningCOVID.pdf

Qu’est-ce qui expliquerait l’”extraordinaire médiocrité” de certains dirigeants politiques ?

Depuis le début de cette pandémie, il ne se passe pas un jour sans qu’on se rende compte qu’un de nos dirigeants ou une de nos dirigeantes a pris de mauvaises décisions. Et je crois que ça vaut autant pour la France 🇫🇷 que pour la Belgique 🇧🇪.

Du coup, beaucoup se posent cette question : comment est-il possible qu’on ait des gens qui semblent aussi incompétents, aux plus hautes fonctions politiques ?

Et chacun et chacune y va de sa réponse : du “tous pourris” à “tous pistonnés”, lorsqu’on ne leur prête pas des intentions réelles de nous nuire.

Mais existe-t-il une explication plus sociologique ?

Et bien OUI ! Et elle nous est fournie par Pierre Bourdieu. Il appelle même ça “la loi fondamentale des appareils bureaucratiques”. Et je vais essayer de vous l’expliquer rapidement 😉 ⤵️

Bourdieu explique cela dans deux petits textes qui sont, à mon sens, parmi les textes les plus intéressants écrits au 20ème siècle, pour comprendre la politique. Il s’agit de “La représentation politique” (1981) et “La délégation et le fétichisme politique” (1984), tout deux regroupés dans le recueil “Langage et pouvoir symbolique” (2001).

En gros (avec mes mots), Bourdieu explique que les partis mettent aux plus hauts postes, leurs meilleurs soldats. Et ce sont leurs meilleurs soldats, non pas parce qu’ils sont plus compétents, plus intelligents, plus brillants… mais parce que ce sont leurs soldats les plus *fidèles*.

Et pourquoi sont-ils leurs soldats les plus fidèles ? Parce que ce sont celles et ceux qui doivent tout au parti ! Et par conséquent, ils ou elles ne feront jamais un pas hors de la ligne du parti, ne le quitteront pas, ne se retourneront pas contre lui.

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Coronavirus & “La Peste” de Camus

Voici la scène de “La Peste” de Camus que nous rejouons à chaque étape de cette pandémie…

👉 Surlignés en jaune, les propos du Dr. Rieux, héros/narrateur du roman, qui lutte contre la peste. Il essaie d’alerter les autorités :
> > > En résumé : Peu importe comment on définit cette maladie, peu importe les hésitations médicales, il faut prendre des mesures de précaution au plus vite, sinon la moitié de la ville va mourir…

👉 Surlignés en rose, les propos du Dr. Richard, de l’Association médicale d’Oran, qui est au contact des autorités :
> > > En résumé : Il faut attendre d’avoir des certitudes, on n’a pas de preuves, on n’a pas de définitions, etc…

Remplacez “peste” par “coronavirus” et repensez à toutes les étapes depuis le début de la pandémie :

  • faut-il cesser les vols avec la Chine ?
  • faut-il mettre en quarantaine celles et ceux qui reviennent de l’étranger ?
  • faut-il fermer les cafés et restaurants ?
  • faut-il annuler les grands événements ?
  • faut-il organiser les municipales ?
  • faut-il fermer les écoles ?
  • faut-il décréter le confinement ?
  • faut-il porter un masque ?
  • Etc…

L’opposition Rieux / Richard, c’est aussi l’opposition entre la médecine “de terrain” qui veut avant tout soigner et une certaine forme de science (scientisme ?) qui veut avant tout des “preuves”.

Je vous invite vraiment à lire les 2 pages ci-dessous (en espérant que le texte soit lisible une fois réduit au format de Facebook), parce que c’est très bien écrit (c’est Camus quand même !). Et évidemment, je vous invite à lire tout le livre ! 🤓

Les références de mon édition, pour retrouver le passage : “La peste”, Paris : Éditions Gallimard, 1947.

Coronavirus : Est-ce qu’on peut espérer que les choses changent après cette crise ?

Une des questions du moment est certainement : est-ce qu’on peut *espérer* que les choses changent après cette crise ? Ou faut-il plutôt être *fataliste* et se dire que finalement, tout le monde reprendra sa vie “normale” , parce que les contraintes sont trop grandes.

J’avais envie de partager quelques réflexions, simples et pragmatiques  :

Premièrement, pour faire changer les choses, il ne faut pas nécessairement être un militant ou une militante, qui se *sacrifie* pour une cause.

On imagine souvent celles et ceux qui font changer les choses comme des guerriers prêts à tout quitter pour révolutionner la société ! C’est ce mythe de la clandestinité, de la révolution en Amérique latine, de la vie en ZAD, etc. Ca existe, et ça peut jouer un rôle dans les changements sociaux, mais ça ne concerne qu’une infime minorité.

(C’est un peu comme se dire que faire du CrossFit, c’est s’entraîner comme un athlète des CrossFit Games ! …. cette analogie parlera à tous les pratiquants et pratiquantes de CrossFit) 😉

Surtout, derrière cette image du militant, il y a l’idée que faire changer la société implique privation, abnégation, sacrifice. Bref, se priver des “bonnes choses”, “restreindre” son bonheur, pour le bien de la société. C’est quand même fortement là-dessus qu’est construit tout le militantisme pour le climat.

Alors que ce qu’on voit actuellement, c’est que la demande de changement porte plutôt sur des choses assez simples de la vie quotidienne… des choses qui nous rendent, sur le coup, plus heureux et plus heureuses.

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Coronavirus : Une conséquence inattendue du confinement

Une conséquence peut-être inattendue de cette situation de confinement : Combien de personnes vont se rendre compte qu’elles apprécient certains éléments de cette situation ?

Je veux dire…

Combien vont remarquer qu’ils apprécient travailler à distance, selon leur propre rythme, depuis leur terrasse, leur jardin, leur salon, en profitant du temps passé avec leurs enfants ?

Combien vont apprécier de ne plus passer 1 à 2 heures matin et soir dans des transports en commun bondés ou dans des embouteillages ?

Combien vont se rendre compte qu’une baisse de salaire, même significative, n’est pas aussi dramatique que ce qu’ils craignaient, s’ils adoptent un mode de vie moins *inutilement* dépensier, centré sur l’essentiel ?

Combien vont envisager de réduire leur temps de travail, et développer un side project en ligne, en mode “digital nomad” ?

Combien vont sérieusement réfléchir à se libérer du temps pour cultiver leurs légumes, élever quelques bêtes, et aller vers plus d’autonomie financière, alimentaire, énergétique ?

A la suite de ces semaines de confinement, l’économie sera impactée :

  • Il y aura des licenciements, mais je pense qu’il y aura aussi des démissions, suivies de reconversions professionnelles.
  • La production aura du mal à reprendre, mais il est probable que la consommation diminue également par rapport à avant.

Quoi qu’il se passe, et quoi qu’on souhaite (gens “de gauche”, gens “de droite”, etc.), rien ne peut empêcher qu’une situation aussi EXTRAORDINAIRE fasse RÉFLÉCHIR, chacun et chacune, sur son mode de vie.

… Et c’est souvent quand les gens réfléchissent que les choses changent… 👍

Stay in the game !

C’est probablement le meilleur conseil que je puisse donner à celles et ceux qui sont confinés à domicile. 

Ca veut dire : restez prêt et prête à reprendre une vie « normale » après : le boulot, l’école, les entraînements, vos projets. 

Ca veut dire concrètement de continuer à avoir un horaire, une discipline, une organisation. Continuez à vous lever tôt, à manger à heures fixes, à vous prévoir des plages de travail, à prévoir vos entraînements. 

C’est l’inverse de se dire qu’ « on n’a rien à faire de la journée »… parce que ça, c’est effectivement le meilleur moyen de ne rien faire de la journée. Si vous vous dites que, de toute façon, vous pouvez vous levez à l’heure que vous voulez, qu’il n’y a aucune raison de se faire des repas à heures fixes, puisque vous pouvez manger quand vous voulez, qu’il n’y a aucune raison de se dépêcher à s’entraîner puisque vous avez toute la journée, etc…, c’est le meilleur moyen de glander en pyjama toute la journée, et grignotant des chips devant Netflix ! 🙂

DONC : STAY IN THE GAME !! 

Levez-vous, douchez-vous, déjeunez, organisez votre journée et mettez-vous à la tâche ! Le confinement passera beaucoup plus vite ! 

J’aime bien cette idée du « Stay in the Game », parce que ça renvoie au sport. Imaginez cette période de confinement comme une période où nous nous sommes toutes et tous sur la touche, et où on peut profiter de cette mise sur la touche pour faire le point, réfléchir à la meilleure manière de progresser, et affûter nos compétences. 

Avancez-vous sur vos projets ? QU’EST-CE QUE VOUS POURRIEZ FAIRE POUR QUE VOTRE VIE D’APRÈS-CORONAVIRUS SOIT MIEUX QUE CELLE D’AVANT-CORONAVIRUS ? Chaque journée de confinement est une occasion de bosser là-dessus ! 

STAY IN THE GAME !! Pour revenir plus fort ou plus forte après !! 

(And stay at home !!) 😉 

Parution : Néo Santé, n°99, avril 2020

Nouvelle parution : “Les avantages de la viande de pâturage”, Néo Santé, n°99, avril 2020, p. 24. Manger “paléo”, c’est bien sûr manger comme on a mangé durant des millions d’années. Mais pour bien faire, en matière de viande, il faudrait aussi manger des animaux qui ont, eux aussi, mangé comme ils l’ont fait durant des millions d’années…

Et puis, on préconise de “bouger” comme on a bougé durant des millions d’années… Mais il faudrait aussi que les animaux dont on se nourrit aient eu la possibilité de bouger comme ils sont censés bouger.

Dans cet article, je fais le point sur les avantages de la viande élevée en pâturage. En particulier les boeufs (“grass-fed beef”) et les poulets (“free range”)… À lire dans Néo Santé…

Coronavirus : C’est à la manière dont seront sanctionnées les erreurs politiques que nous pourrons juger nos démocraties.

En France, comme en Belgique, comme un peu partout dans le monde, cette pandémie de Covid-19 a révélé, plus que jamais, la faillite de celles et ceux qui nous dirigent. 

Dès le mois de janvier, des experts ont tenté de les avertir du danger de cette épidémie, de la nécessité de couper toute liaison aérienne avec la région chinoise concernée, de préparer nos services hospitaliers, etc. Mais ils n’ont pas écouté. 

Résultats : une épidémie muée en pandémie mondiale, des milliers de morts, une économie mondiale à l’arrêt, des populations confinées à domicile. 

Et il faut bien comprendre une chose : un des points essentiels de la démocratie, c’est que les dirigeants ne peuvent pas faire n’importe quoi en toute impunité. Ca, c’est le propre de la dictature ou de la tyrannie. 

Un dictateur peut se permettre de mettre en danger son peuple, d’affamer sa population, voire même d’en massacrer une bonne partie, sans craindre de ne pas être réélu… parce que, précisément, c’est une dictature ! 

La démocratie, ça doit être exactement l’inverse de cela ! Le pouvoir, en démocratie, doit être quelque chose de toujours très précaire. De très risqué, même ! Risqué, parce que quand on a une fonction, en démocratie, on a des comptes à rendre constamment face à la population. Ca implique donc de très grandes responsabilités. On est RESPONSABLE des décisions qu’on prend devant le peuple, généralement représenté par une assemblée. 

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Coronavirus : Et si nous *décidions* de prendre ça comme une alerte quant à notre mode de vie ?

Je ne veux pas du tout tomber dans cette idée qu’avec le coronavirus, la Nature nous « enverrait » un message. Je ne pense pas que « la Nature » puisse avoir une intention, un dessein, une volonté. Ce serait faire ce qu’on appelle du « finalisme », et ce n’est pas mon truc. 

Par contre, je pense qu’on peut *décider* de prendre un événement comme un message, une alerte, un avertissement. Un peu comme quelqu’un qui n’aurait pas une vie très saine, et qui ferait un petit accident cardio-vasculaire ou qui développerait, assez jeune, du diabète. Est-ce son corps qui le prévient qu’il doit changer de comportement avant qu’il ne soit trop tard ? Je ne pense pas que notre corps puisse développer une telle intention, indépendante de notre propre Raison. Par contre, je crois qu’on peut rationnellement décider de prendre cela comme un avertissement… ou au contraire, décider de s’en foutre et de continuer comme avant. 

Cet exemple est assez facile à comprendre. Et c’est au final assez proche de la « téléologie transcendantale » de Kant (telle que je la comprends). En deux mots, nous devons moralement et cognitivement « supposer » que la nature a une volonté, pour d’une part agir, et d’autre part, comprendre cette nature.

Tout ça pour dire que les premières études qui arrivent déjà sur le Covid-19 ne peuvent que faire réfléchir… et agir.  

1) 99% des personnes décédées en Italie souffraient déjà de problèmes de santé, avant de contracter le coronavirus. Et parmi ces facteurs de co-morbidités, 73,8% des personnes décédées souffraient d’hypertension, 33,9% de diabète et 30,1% de maladies coronariennes (pour citer les principales causes). 

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Coronavirus : la propagation d’une communauté à l’autre

Yaneer Bar-Yam fait partie des scientifiques qui ont été les premiers à prendre la mesure des dangers du coronavirus, dès le mois de janvier. 

Le 19 mars, il a publié cette note très intéressante sur la contagion de communauté à communauté. 

A lire ici : https://necsi.edu/eliminating-covid-19-a-community-based-analysis

Une très brève synthèse, ci-dessous, mais je vous invite à lire l’article : 

1) La plupart des études s’intéressent uniquement à la contagion d’individu à individu. 

2) Cette analyse s’intéresse au nombre moyen de communautés qu’infecte une communauté infectée. 

3) Peu importe la taille de la communauté : pays, ville, etc…

4) La contagion de communauté à communauté est *proportionnelle* à la probabilité qu’un individu d’une communauté infectée voyage jusqu’à une communauté non-infectée, et *exponentielle* par rapport à la longueur du délai des actions prises au sein de la communauté. 

Dit autrement : 

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