Coronavirus : Don’t F*** With Nature

Sept mois après le début de l’épidémie, il faut à nouveau se confiner. Et ce que j’en retiens principalement, c’est : Don’t f*** with nature. 

C’est tout. Voilà. 

Bon, je vais développer un peu, mais ça peut vraiment se résumer à ça : Don’t f*** with nature

C’est un virus, sa seule finalité est donc de se répliquer pour survivre. Et pour cela, il a besoin de cellules hôtes. Ici en l’occurence, nos cellules humaines. 

Et comme il n’y a pour l’instant ni vaccin, ni traitement, il n’y a que deux choses à faire : laisser nos défenses immunitaires combattre le virus et empêcher qu’il puisse passer d’un organisme hôte à un autre. Je ne vais pas faire un cours de bio, ce que je veux dire, c’est que le virus n’en a rien à faire de nos libertés individuelles, des dangers pour l’emploi, de l’endettement des générations futures. Il n’en a rien à faire qu’on ait besoin d’aller au resto, au théâtre ou à la fête foraine. Il a juste besoin de cellules à infecter. On ne peut donc pas contrebalancer la lutte contre le virus par la préservation de l’emploi ou la défense de nos libertés individuelles. Ca ne marche pas comme ça. On ne négocie pas avec la nature. Don’t f*** with nature.

Je pense à celles et ceux qui, interrogés en terrasse de café, disent “oui, on doit se protéger, mais on doit aussi vivre et voir ses amis”… Ou encore les coups de gueule de certaines stars pour dire que « vivre, c’est aussi danser, chanter, s’embrasser »… J’ai même entendu à la radio qu’”aller au théâtre, c’est aussi un geste barrière !“. Mais un virus n’en a rien à faire de toutes ces occupations humaines, aussi nobles soient-elles. Pour un virus, 10 personnes qui se réunissent pour boire de la bière en rotant et 10 personnes qui se réunissent pour un Concerto, c’est plus ou moins la même opportunité d’infecter de nouvelles cellules. 

Continue reading Coronavirus : Don’t F*** With Nature

Le fascisme éternel : un article d’Umberto Eco (1995)

Si vous devez commencer la semaine en lisant une seule chose, je vous conseille vivement cet article d’Umberto Eco, sur ce qu’il appelait le « fascisme éternel » ou « Ur-Fascism ». Ca se lit d’une seule traite ! C’est long, mais c’est passionnant et tellement bien écrit ! 

J’en fais un bref résumé, pour celles et ceux qui seraient pressés, ou moins à l’aise avec l’anglais. Mais je vous conseille vraiment de lire l’article original 😉

Dans cet article, publié en 1995 par « The New York Review of Books » et aujourd’hui en accès libre, Umberto Eco tente de définir les caractéristiques du fascisme. Et pas uniquement, celles du fascisme italien, que lui a connu quand il était enfant et adolescent (il est né en 1932). Il essaye précisément de comprendre pourquoi le mot « fascisme » est devenu une synecdoque, une métonymie, utilisée pour qualifier toutes les formes de totalitarisme : le nazisme allemand, la dictature franquiste, le matérialisme dialectique stalinien, l’Estado Novo de Salazar, les Oustachis croates, etc. 

Et pour cela, il dégage 14 caractéristiques propres au « fascisme éternel ». Aucun régime totalitaire ne les possède toutes, il peut d’ailleurs y avoir des contradictions entre ces caractéristiques. Mais celles-ci forment les ingrédients de base du tout mouvement ou régime fasciste. 

Les voici : 

1) Le culte de la tradition : en réalité, une tradition tout à fait reconstruite, de manière syncrétique, avec des éléments épars de traditions différentes. Mais cette tradition est perçue comme une vérité révélée et immuable. Elle ne peut être modifiée.

2) Le refus du modernisme : en particulier le rejet des Lumières et de la Raison.

3) Le culte de « l’action pour l’action » : l’action avant, voire sans, la moindre réflexion. Penser est perçu comme une forme d’émasculation; les intellectuels comme des dégénérés, des décadents, etc.

Continue reading Le fascisme éternel : un article d’Umberto Eco (1995)

Répondre à l’exode urbain : un enjeu pour les communes rurales

Un des enjeux principaux auquel les communes rurales et les petites villes de province vont devoir faire face dans les années à venir est ce qu’on appelle l’”exode urbain” : le déplacement d’une partie de la population urbaine vers les campagnes. Mouvement inverse de l’ “exode rural”, caractéristique de la Révolution industrielle.

En matière de logement, le phénomène n’est pas neuf. On trouve effectivement des articles sur la question dès le début des années ’80 : on parlait parfois aussi d’ “exurbanisation”, pour désigner ce mouvement d’installation de jeunes urbains à la campagne (1). 

Mais ce qu’on voit apparaître ces dernières années, et qui risque de s’accélérer avec la crise sanitaire actuelle, c’est une “exurbanisation” de l’activité économique : la petite ville de province ou la commune rurale ne seront plus simplement le lieu où on dort (sur le modèle des cités-dortoirs), mais aussi le lieu où on développe son activité professionnelle, où on scolarise ses enfants, où on profite des loisirs, etc. 

… Et cela va amener, je pense, des changements au niveau local. Changements qui devront être au coeur des politiques communales. 

Il s’agira d’une part de refaire ce que des décennies d’exode rural avaient défait, et d’autre part de répondre à de nouveaux enjeux. 

Ce qu’il faudra “recréer” : 

Des écoles : toutes les petites villes de provinces et les villages possèdent des bâtiments d’anciennes écoles (primaires et secondaires), soit transformés en logements, bureaux, commerces, soit en décrépitude. Dans toutes ces petites localités, les plus vieux et plus vieilles disent encore “l’ancienne école”, pour parler de tel ou tel bâtiment. Et on trouve encore de nombreuses “rues des écoles”, vestiges d’une époque où on scolarisait ses enfants là où on vivait. Aujourd’hui, de nouvelles écoles cherchent des bâtiments pour s’implanter. 

Des espaces commerciaux, de l’horeca, en centre-ville : une population active qui développe son activité économique au niveau local, des populations d’élèves du Secondaire, etc., ça implique des petits commerces, pour manger, pour boire un verre, et pour les besoins du quotidien. Si on ne se déplace plus en voiture tous les jours via les grands axes routiers inter-urbains (autoroutes, nationales, etc.), on a moins l’opportunité de s’arrêter dans les grands zonings commerciaux en bordure des grands axes routiers, à l’extérieur des villes. 

Une mobilité interne au territoire : l’exode rural a amené à penser majoritairement la mobilité du point de vue inter-urbain – comment se rendre facilement à la grande ville tous les matins ? C’est-à-dire concrètement : comment rejoindre l’autoroute ou la nationale la plus proche ? Comment rejoindre la gare ? Il va falloir repenser une mobilité à l’intérieur du territoire : comment se déplacer facilement – et en toute sécurité – au sein du village ou au sein de la petite ville ? Cette mobilité implique des moyens de transport différents (mobilité douce) et des populations différentes : enfants, personne âgées, etc. Pour caricaturer un peu, celles et ceux qui seront “mobiles” à 8h du matin en semaine, ce ne seront plus uniquement les adultes actifs conduisant leurs enfants en voiture, dans la grande école de la grosse ville voisine, avant de se rendre au travail dans le gros pôle économique des environs…

Continue reading Répondre à l’exode urbain : un enjeu pour les communes rurales

Parution : Néo Santé, n°103, septembre 2020

Nouvelle parution : “Mieux respirer grâce au monoxyde de carbone”, Néo Santé, septembre 2020, n°103, p. 24. Parution ce mois-ci du 3ème volet de ma série sur la respiration, dans Néo Santé. Et pour cela, je propose au lecteur un petit test : lire l’article en ne respirant que par le nez. Inspiration et expiration. Le but : ralentir l’expiration du CO2.⠀

Rendre son corps plus tolérant au CO2, par des exercices de respiration lente ou d’apnée, présente effectivement de nombreux bénéfices. On les connaît dans le domaine du sport (l’effet « Bohr »), mais cela est vrai également pour le système immunitaire, comme le montrent de nombreuses études. ⠀

Chose intéressante : on raconte qu’à Sparte, dans l’Antiquité, avait lieu chaque année une épreuve destinée aux jeunes garçons : ils devaient courir 10 miles avec de l’eau dans la bouche. Ils n’étaient évidemment pas autorisés à cracher ou avaler l’eau avant la ligne d’arrivée. Des pratiques similaires ont également été observées dans certaines tribus amérindiennes. ⠀

Enfin, on manque encore de recul sur le Covid-19, mais de nombreuses études ont été faites sur les précédentes épidémies de SARS-CoV (2002 et 2004) et certaines ont montré que le monoxyde d’azote produit par nos sinus inhibait la réplication du virus. Monoxyde d’azote dont la production est également favorisée par la pratique d’exercices d’apnée, et d’autres techniques de respiration… ⠀

A lire dans Néo Santé…

Parution : Néo Santé, n°102, juillet-août 2020

Nouvelle parution : “L’art de bien expirer”, Néo Santé, juillet-août 2020, n°102, p. 23.

Parution ce mois-ci du deuxième volet de ma série sur la respiration, dans la revue Néo Santé ! Le premier article parlait de l’inspiration. Très logiquement, ce deuxième article parle de l’expiration. Et celle-ci est loin d’être secondaire ! C’est même là que tout se passe, puisque l’oxygénation de nos cellules se fait durant l’expiration !

Retenir son souffle est donc extrêmement important, d’où l’intérêt des techniques ancestrales (qu’on retrouve dans le Yoga), d’où l’intérêt de l’expiration par le nez (plus lente que par la bouche), d’où l’intérêt des exercices d’apnée !

Quoi que vous fassiez, retenez qu’on respire de moins en moins BIEN, ce qui nous oblige à respirer de plus en plus. En 1929, un individu moyen respirait 4,9 litres par minute. Depuis les années 2000, nous respirons en moyenne 12 litres par minutes !

Tout comme l’alimentation, la respiration est une chose sur laquelle vous pouvez agir et qui aura un immense bénéfice pour votre santé !

Tout est expliqué dans l’article…

Parution : Néo Santé, n°101, juin 2020

Nouvelle parution : “La respiration au regard de l’évolution”, Néo Santé, juin 2020, n°101, p. 23. Dans le numéro de juin de Néo Santé, je publie “La respiration au regard de l’évolution”. Alors que la pandémie de Covid-19 a mis en évidence le phénomène de détresse respiratoire, j’essaie de faire le point sur la respiration, du point de vue de notre évolution. C’est le premier article d’une série sur le sujet, et on y parle de la respiration nasale, du monoxyde d’azote relâché par nos sinus, et de la technique ancestrale de la respiration “Om”, bien connue en Yoga…
Je suis vraiment persuadé que, plus encore que l’alimentation, agir sur sa respiration est la manière la plus simple et la plus accessible à tout le monde d’améliorer sa santé !
A lire dans Néo Santé, n°101, juin 2020…
Bonne lecture !

Brève réflexion sur le retrait de Greg Glassman à la tête de CrossFit HQ…

Greg Glassman qui se retire de la direction de CrossFit, Inc., suite à ses propos offensants, et Dave Castro qui devient CEO, c’est l’histoire universelle du meurtre symbolique du père. Une communauté encore primitive doit nécessairement tuer le père pour se fonder en tant que “vraie” communauté, civilisée et organisée (1). On ne pouvait pas vraiment y échapper.

C’est-à-dire que celles et ceux qui s’étonnent que 2 tweets et un mail puissent déclencher un tel sacrifice, passent, je pense, à côté du fait que c’est quelque chose qui devait arriver, tôt ou tard. Et c’est assez logique que ça arrive dans une période de bouleversements et de violence, avec d’un côté une pandémie qui bloque la planète entière et de l’autre une mobilisation sans précédent contre les violences raciales.

Et en fait, c’est plutôt sain : la communauté créée par Glassman est devenue plus forte que lui, en tant que père. Et c’est précisément ce que nous avons vu avec les nombreux messages de salles CrossFit et de “red shirts”, les membres du Staff L1 et L2 (ici un post de Karl Steadman). L’idée générale est : nous sommes fiers de faire partie de cette communauté, et nous ne voulons pas que les propos de Greg Glassman (ou peut-être son attitude générale), dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas, mettent en danger cette belle et forte communauté, composée de 15.000 salles affiliées, qui aident au quotidien des millions de personnes à être en meilleure santé.

Nous sacrifions donc le “père”, pour sauver la communauté. Classique. Pour la sauver et pour la pacifier ! (2) On ressent très bien cette volonté de “pacifier” dans le texte “Why Didn’t CrossFit Just Say Something?” publié aujourd’hui sur CrossFit.com.

Continue reading Brève réflexion sur le retrait de Greg Glassman à la tête de CrossFit HQ…

D’abord être moins dépendant de l’État…

Je suis pour le moins d’État possible. 

Mais contrairement aux partis libéraux et libertariens, je ne pense pas qu’une telle démarche puisse débuter par la revendication politique d’une diminution de l’État. On ne peut pas, à mon sens, revendiquer une diminution du pouvoir de l’État sur les individus sans s’assurer d’abord que ces individus aient repris du pouvoir sur tous les éléments de leur vie. 

À bien des égards, et pour bon nombre de personnes, l’État joue le rôle d’une bouée de sauvetage. On ne peut pas retirer la bouée sans s’assurer qu’un maximum de monde sache nager. 

Il faut qu’on soit moins dépendant de l’État, pour pouvoir demander moins d’État. 

C’est en cela que la notion d’empowement est à la base de tout ce que je peux écrire et revendiquer au niveau politique.

Il faut qu’un maximum de monde reprenne du pouvoir d’agir sur son alimentation, sur sa santé, sur son corps. Nous devrions toutes et tous être capables de nous nourrir en cultivant et en élevant une partie de ce que nous mangeons. Nous devrions toutes et tous être capables de faire ce qu’il faut pour être en bonne santé. 

Il faut qu’un maximum de monde soit capable de se créer ses propres moyens de subsistances, de développer son activité, de vivre de ses propres projets. Ce n’est pas seulement qu’il faut moins d’État pour favoriser l’entrepreneuriat, il faut aussi que de moins en moins de monde dépende de l’État pour son emploi et pour ses conditions de travail, pour pouvoir demander moins d’emprise de l’État sur le travail. Il faut qu’un maximum de monde soit capable de se créer des conditions de travail favorables pour ne pas avoir besoin que l’État assure ces conditions favorables. 

Continue reading D’abord être moins dépendant de l’État…

L’effet d’amnésie de Gell-Mann… appliqué à la politique

Hier, la première ministre Sophie Wilmès visitait l’hôpital Saint-Pierre (Bruxelles), et le personnel hospitalier l’accueillait en lui tournant le dos. Depuis le début de la pandémie, les professionnels de la santé ne cessent de remettre en cause la gestion politique de la crise. Médecins généralistes, épidémiologistes, virologues, infirmiers et infirmières, et très récemment directeurs et directrices de maisons de repos, pratiquement tous les secteurs des soins de santé y ont été de leur carte blanche, de leur interpellation… ou de leur coup de gueule !

Si l’on veut aller de l’avant et être constructif, je pense qu’il va falloir éviter un “Gell-Mann Amnesia effect” en matière de politique… 

Je m’explique…

C’est quelque chose que nous connaissons toutes et tous, mais qui a été mis sur papier par Michael Crichton, un auteur de science-fiction américain (il a entre autres écrit “Jurassic Park”, “Sphere”, etc.). N’y voyez pas une théorie scientifique, mais simplement une heuristique pouvant nous guider dans la vie quotidienne. 

Crichton explique : Vous ouvrez un journal et vous tombez sur un article abordant un sujet que vous connaissez très bien vous-même (il prend l’exemple de son ami et physicien Murray Gell-Mann lisant un article parlant de physique dans le journal, d’où le nom de l’effet). En lisant l’article, vous vous rendez compte que le journaliste n’a rien compris au sujet dont il parle. Souvent, dit-il, l’article est tellement erroné qu’il confond les causes et les effets (il appelle ça “les histoires où les rues mouillées causent la pluie”). 

Soit vous êtes exaspéré à la lecture de cet article, soit vous en rigolez, mais ensuite vous tournez la page, et vous lisez le reste du journal… en faisant comme si tous les autres articles ne contenaient, eux, aucune erreur ! Bref, vous tournez la page et vous oubliez complètement toutes les erreurs détectées dans l’article précédent. D’où le nom d’”effet d’amnésie de Gell-Mann”. 

Et ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé : un média parle de votre commune, d’un folklore que vous connaissez particulièrement bien, de votre profession, de votre passion, etc… Peu importe. Si c’est un sujet que vous connaissez particulièrement bien, il y a de fortes chances que vous trouviez l’article peu précis, incomplet, voire erroné. Dites-vous bien que c’est la même chose pour tous les autres articles, mais que vous ne vous en rendez pas compte quand ça parle du Moyen-Orient, d’économie publique ou de technologie de pointe. 

Continue reading L’effet d’amnésie de Gell-Mann… appliqué à la politique

Interview par Florian Odwa-Etter : la notion de “care” et de “communauté”

Dans cet entretien, je passe de l’autre côté, et c’est moi qui réponds aux questions ! 😉 Merci à Florian Odwa-Etter pour cette opportunité de pouvoir parler de choses qui me passionnent !

Cette première vidéo est consacrée à l’idée du “CARE” en anglais 🇬🇧 (ou le fait de “se soucier de” en français 🇫🇷 ). Ca m’a donné l’occasion de replacer cette notion, très présente dans le CrossFit, dans une approche centrée sur l’HUMAIN, et présenter un peu ce que l’on fait à CrossFit Nivelles.

Et puis, on a parlé “COMMUNAUTÉ”, et j’ai réexpliqué ce que certains et certaines avaient peut-être entendu lors du séminaire #HealthyBusiness : la notion de “communauté” au sens des pères fondateurs de la sociologie, et les implications en matière de “community management” dans une salle CrossFit.

Ca me permettait aussi de répondre à cette question classique : En quoi le CrossFit n’est pas “une secte” ? 🙂 Et comment articuler cela avec le fait qu’il puisse y avoir un “culte” autour du CrossFit, et avec le fait qu’on réponde probablement à un besoin de communauté, là où les religions n’y répondent plus tout à fait…
👉 D’ailleurs, si le sujet vous intéresse, je vous conseille aussi d’aller écouter le Lockdown Calling que j’ai fait avec Ahmed Yetrib, théologien, où on parle de tout cela également ! 😉

Merci à Florian pour cette opportunité ! Et hâte de pouvoir partager la suite !!