D’abord être moins dépendant de l’État…

Je suis pour le moins d’État possible. 

Mais contrairement aux partis libéraux et libertariens, je ne pense pas qu’une telle démarche puisse débuter par la revendication politique d’une diminution de l’État. On ne peut pas, à mon sens, revendiquer une diminution du pouvoir de l’État sur les individus sans s’assurer d’abord que ces individus aient repris du pouvoir sur tous les éléments de leur vie. 

À bien des égards, et pour bon nombre de personnes, l’État joue le rôle d’une bouée de sauvetage. On ne peut pas retirer la bouée sans s’assurer qu’un maximum de monde sache nager. 

Il faut qu’on soit moins dépendant de l’État, pour pouvoir demander moins d’État. 

C’est en cela que la notion d’empowement est à la base de tout ce que je peux écrire et revendiquer au niveau politique.

Il faut qu’un maximum de monde reprenne du pouvoir d’agir sur son alimentation, sur sa santé, sur son corps. Nous devrions toutes et tous être capables de nous nourrir en cultivant et en élevant une partie de ce que nous mangeons. Nous devrions toutes et tous être capables de faire ce qu’il faut pour être en bonne santé. 

Il faut qu’un maximum de monde soit capable de se créer ses propres moyens de subsistances, de développer son activité, de vivre de ses propres projets. Ce n’est pas seulement qu’il faut moins d’État pour favoriser l’entrepreneuriat, il faut aussi que de moins en moins de monde dépende de l’État pour son emploi et pour ses conditions de travail, pour pouvoir demander moins d’emprise de l’État sur le travail. Il faut qu’un maximum de monde soit capable de se créer des conditions de travail favorables pour ne pas avoir besoin que l’État assure ces conditions favorables. 

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L’effet d’amnésie de Gell-Mann… appliqué à la politique

Hier, la première ministre Sophie Wilmès visitait l’hôpital Saint-Pierre (Bruxelles), et le personnel hospitalier l’accueillait en lui tournant le dos. Depuis le début de la pandémie, les professionnels de la santé ne cessent de remettre en cause la gestion politique de la crise. Médecins généralistes, épidémiologistes, virologues, infirmiers et infirmières, et très récemment directeurs et directrices de maisons de repos, pratiquement tous les secteurs des soins de santé y ont été de leur carte blanche, de leur interpellation… ou de leur coup de gueule !

Si l’on veut aller de l’avant et être constructif, je pense qu’il va falloir éviter un “Gell-Mann Amnesia effect” en matière de politique… 

Je m’explique…

C’est quelque chose que nous connaissons toutes et tous, mais qui a été mis sur papier par Michael Crichton, un auteur de science-fiction américain (il a entre autres écrit “Jurassic Park”, “Sphere”, etc.). N’y voyez pas une théorie scientifique, mais simplement une heuristique pouvant nous guider dans la vie quotidienne. 

Crichton explique : Vous ouvrez un journal et vous tombez sur un article abordant un sujet que vous connaissez très bien vous-même (il prend l’exemple de son ami et physicien Murray Gell-Mann lisant un article parlant de physique dans le journal, d’où le nom de l’effet). En lisant l’article, vous vous rendez compte que le journaliste n’a rien compris au sujet dont il parle. Souvent, dit-il, l’article est tellement erroné qu’il confond les causes et les effets (il appelle ça “les histoires où les rues mouillées causent la pluie”). 

Soit vous êtes exaspéré à la lecture de cet article, soit vous en rigolez, mais ensuite vous tournez la page, et vous lisez le reste du journal… en faisant comme si tous les autres articles ne contenaient, eux, aucune erreur ! Bref, vous tournez la page et vous oubliez complètement toutes les erreurs détectées dans l’article précédent. D’où le nom d’”effet d’amnésie de Gell-Mann”. 

Et ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé : un média parle de votre commune, d’un folklore que vous connaissez particulièrement bien, de votre profession, de votre passion, etc… Peu importe. Si c’est un sujet que vous connaissez particulièrement bien, il y a de fortes chances que vous trouviez l’article peu précis, incomplet, voire erroné. Dites-vous bien que c’est la même chose pour tous les autres articles, mais que vous ne vous en rendez pas compte quand ça parle du Moyen-Orient, d’économie publique ou de technologie de pointe. 

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Parution de ma lettre au roi, sur le site de La Libre Belgique

Parution aujourd’hui, dans l’édition électronique de La Libre Belgique, d’une lettre que j’ai adressée… au roi ! 🙂

Lien : “Sire, reconstruisons la Belgique par le bas, par le niveau local

Cela peut paraître un peu dingue, mais après plus d’un an sans gouvernement, et vu l’impasse dans laquelle la Belgique est enfoncée, je pense qu’il y a une piste qui reste inexplorée, et pourtant à la fois au fondement de la démocratie ET au fondement de la Belgique : c’est celle qui consisterait à donner la main aux ASSEMBLÉES LOCALES, et par là, j’entends les conseils communaux, les conseils provinciaux et toutes les expériences démocratiques récentes sous forme d’assemblées citoyennes. 

Tout est expliqué longuement dans la lette, mais en résumé : 

– Une nation – et à plus forte raison un nation démocratique – se construit du bas vers le haut. Et ça a été le cas pour la Belgique. Ce pays est avant tout une union de provinces (Cfr la Déclaration d’indépendance et la Constitution, jusqu’au régionalisme). 

– Les provinces ont toujours participé à un mouvement centripète d’union nationale; alors que les communautés et régions ont répondu à une logique centrifuge, de division nationale. 

– On ne crée pas une fédération avec un nombre aussi limité que 3 entités fédérées (régions ou communautés). Surtout, dans un état fédéral, aucune entité fédérée ne devrait être assez grande pour défier l’autorité fédérale. Là réside tout le mal belge. Le modèle suisse, avec 26 cantons, pour un territoire à peine plus grand que la Belgique, est bien mieux pensé. 

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Quelle est la bonne taille pour une ville ?

Petite synthèse sur les villes à taille humaine (et durables)

Si vous me suivez depuis un petit temps, vous savez que la question de l’échelle est primordiale pour moi, en particulier le fait de garder des échelles “humaines” dans le développement de nos sociétés. Ca rejoint aussi la question de la structuration du territoire.

Ces questions, Léon Krier, architecte et urbaniste luxembourgeois, né en 1946, y a admirablement répondu dans un texte que l’on peut trouver ici en ligne

Je vous en fait un résumé en français :

1) L’unité territoriale de base, c’est le quartier (“urban quarter”). La ville (“city”) doit être pensée comme une fédération de quartiers autonomes. Grande ou petite ville, ça dépend uniquement du nombre de quartiers fédérés.

2) Chaque quartier doit avoir son propre centre, sa périphérie et ses limites. En fait, chaque quartier est comme une “petite ville” dans la ville. L’article de Léon Krier a pour titre The City Within the City.

3) Un quartier doit intégrer toutes les fonctions quotidiennes de la vie urbaine : logement, travail, loisir… dans un territoire dont les dimensions se basent sur le confort d’une personne qui se déplace à pied (c’est-à-dire pas plus de 35 hectares et 15.000 habitants). Continue reading Quelle est la bonne taille pour une ville ?

Manque de confiance en politique et partis radicaux

Cette enquête ULB, VUB, KUL, illustre parfaitement ce que j’ai récemment expliqué ici 👉 “Brève réflexion sur la croyance en politique” .

Moins on a confiance dans le système politique (moins on “croit” dans le système politique), moins on va voter pour celles et ceux qui “représentent” ce système politique, c’est-à-dire les partis “traditionnels”.

L’enquête montre que la confiance dans la politique chute encore depuis 2014 et 2009. Et que celles et ceux qui ont le moins confiance dans la politique ont le plus voté pour les extrêmes : Vlaams Belang en Flandre et PTB en Wallonie.

Sur une échelle de 0 à 10, la confiance dans les partis politiques et dans les politiciens et politiciennes ne dépasse pas le score de 3 en Wallonie. Et ce n’est guère mieux en Flandre (entre 3 et 4).

Tableau : https://press.vub.ac.be/gebrek-aan-vertrouwen-in-politiek-en-ideologie-bepalen-proteststem

Tout le problème, c’est que si les partis traditionnels ne cessent de répéter ” la démocratie, c’est NOUS”, le changement qu’attendent de plus en plus de gens aura toutes les chances d’être beaucoup moins porté par des idéaux démocratiques. C’est ce qu’on voit dans l’enquête : les électeurs et électrices du PTB et du VB sont les moins satisfaits vis-à-vis de la démocratie. Et ça rejoint assez bien ce qu’il se passe ailleurs : Hongrie, Italie, Brésil, etc…

 Il faut donc construire une réelle alternative, radicalement différente de ce qui se fait actuellement (et qui n’arrive plus à susciter de confiance), mais fondée sur des idéaux et des mécanismes démocratiques.

👉 Et ça passera par davantage de rotation au pouvoir, par une réflexion sur la bonne échelle territoriale, une priorité donnée au niveau local, davantage de pouvoir aux assemblées, moins de bureaucratie, plus de participation, etc.

📄 Un document d’une trentaine de pages, en néerlandais, reprend les principales observations de cette enquête (avec les chiffres, etc.) : téléchargeable ici !

📰 Article Vrt.be (photo de couverture) : https://www.vrt.be/…/le-manque-de-confiance-dans-la-politi…/

Brève réflexion sur la croyance en politique

Tout système politique doit créer de la croyance : la croyance qu’il permet de sélectionner les bonnes personnes pour gouverner.

Et cela se fait de manière “tautologique” (comme beaucoup de choses qui participent au “fétichisme politique” décrit par Bourdieu*) :

On se dit que ce sont les bonnes personnes au pouvoir, parce qu’elles ont été choisies par le bon système politique.

ET (en même temps)

On se dit que c’est le bon système politique, parce qu’il a permis de mettre les bonnes personnes au pouvoir.

… Et tant que cette croyance se maintient et se reproduit dans une part assez grande de la population, tout se passe plus ou moins bien. L’élu incarne la validité du système politique, et le système politique fonde la validité de l’élu.

Jusqu’à ce que, comme maintenant, le système politique n’arrive plus à créer cette croyance. C’est flagrant en Belgique, comme en France.

Alors, là, tout s’inverse : Continue reading Brève réflexion sur la croyance en politique

Création d’un organe permanent de la participation citoyenne à Madrid

Le conseil municipal de Madrid vient, ce mardi 29 janvier, de créer l’Observatoire de la ville (El Observatorio de la Ciudad) : un organe permanent de la participation citoyenne !

Cet Observatoire de la Ville sera composé de citoyens et citoyennes tirés au sort. Ceux-ci suivront l’action municipale et formuleront des recommandations, durant un an.

Le dispositif s’inspire de ce qui a été fait au Canada, en Australie, ou en Irlande, par exemple, où avait été créée une commission constitutionnelle composée de 33 responsables politiques et de 66 citoyens et citoyennes tirés au sort. C’est ce processus participatif qui avait, en Irlande, ouvert la porte à une dépénalisation de l’avortement.

A Madrid, il est prévu que les membres de l’Observatoire débattent des sujets qui concernent la ville. Ils peuvent même proposer des consultations sur base de propositions citoyennes via la plateforme de participation “Decide Madrid“.

“Decide Madrid” est une création de la coalition au pouvoir actuellement à Madrid. Cette plateforme d’une part permet aux Madrilènes de proposer, délibérer et voter sur les politiques de la Ville, et d’autre part, assure de la transparence dans le fonctionnement municipal.

C’est mardi prochain, le 5 février, que la Mairie de Madrid procèdera au premier tirage au sort, qui devrait permettre de sélectionner 30.000 foyers. Dans ces foyers, celles et ceux qui accepteront l’invitation participeront à un deuxième tirage au sort, le 12 mars. Ce deuxième tirage au sort tiendra compte des caractéristiques d’âge, de sexe et de répartition géographique.

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Pour poursuivre après l’émission “A votre avis”, sur les mouvements citoyens

Comme je savais que mes interventions seraient très courtes, je m’y étais préparé, et j’ai dit ce que je voulais dire (à 34:11 et 54:46). J’espère que c’était suffisamment clair.

Si vous n’avez pas pu regarder le débat en direct, les liens sont ci-dessous :

Et pour aller plus loin, je voulais rebondir sur quelques éléments liés à la demande actuelle de participation de la part des citoyens (qu’ils soient rassemblés en liste ou pas, d’ailleurs), afin de poursuivre la discussion :

1.

On a très peu parlé du niveau local, c’est pourtant d’abord, et principalement, là que doit s’inscrire la participation des citoyens et citoyennes. Souvent, quand on parle de consulter la population, on s’imagine uniquement consulter “Les Belges”, sur des questions un peu démesurées : les flux migratoires, la scission du pays, la peine de mort. Avant d’en arriver là, il y aurait des milliers d’occasions d’impliquer les citoyens et citoyennes dans la prise de décision, au sein des 589 communes de Belgique, sur des questions comme la revitalisation de leur centre-ville, la préservation du patrimoine, la mobilité qui sera favorisée, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, etc.
Il y a déjà des choses qui se font, mais ça reste très rigide et minimaliste. Il y a énormément de choses à faire pour créer une réelle culture de la participation politique, d’abord sur les enjeux qui concernent le plus directement les citoyens et citoyennes.
La démocratie se construit mieux du bas vers le haut.

2.

C’est en favorisant tous ces dispositifs participatifs, en ramenant comme “évident” le fait qu’en démocratie, celles et ceux qui sont directement concernés par un enjeu peuvent prendre part aux décisions, qu’on créera (ou re-créera) de la culture politique. Avoir des cours de la citoyenneté à l’école ne sert pas à grand chose, si une fois qu’on quitte l’école, le rôle de citoyen se limite à aller voter une fois toutes les x années. En fait, c’est un peu comme toutes ces heures passées à utiliser un compas à l’école. Parfois, à 40 ans, on se demande un peu à quoi ça a servi 

La citoyenneté, c’est comme pour tout, il faut la PRATIQUER. “Repolitiser le citoyen”, comme l’a dit Stéphane Michiels (53:43), de Belvox, c’est à mon sens permettre au citoyen de jouer pleinement, et régulièrement, son rôle politique.

Je cite souvent cet exemple : John Stuart Mill (1806 – 1873), grand penseur libéral, faisait tout à fait le lien, dans son célèbre “De la liberté” (1859), entre la participation des individus à la gestion des “affaires communes” et l’éducation. Et pour lui, le fait d’avoir des jurys d’individus dans les “institutions libres et populaires à l’échelon local et municipal” représentait “la partie pratique de l’éducation politique d’un peuple libre”. Continue reading Pour poursuivre après l’émission “A votre avis”, sur les mouvements citoyens